La suite de Zacharie, ou "quelques années plus tard..."
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Le dernier ascenseur était descendu.
Près du champ de blé, une femme avait guetté ce moment: plus personne aux alentours, la Deuxième Surface était à elle.
Zacharie, perchée dans un cerisier, poussa un petit soupir décidé. Une dernière perle rouge entre les dents, elle se laissa glisser au sol.
Il ne faisait pas encore nuit. Depuis quelques temps, les horaires des ascenseurs s'étaient resserrés: le soleil effleurait à peine l'horizon que les visiteurs devaient déjà regagner les niveau "viables". Si on avait demander son avis à la jeune professeur, elle aurait sans doute déclarer préférer vivre l'air libre que dans l'aseptisation du sous-sol où elle vivait, mais voilà, la santé n'était plus une affaire privée... Et l'air de la deuxième surface, autrefois recommandé, était aujourd'hui promesse de maladie selon les dires des médecins eux-mêmes.
C'est vrai qu'elle avait bien changée, cette deuxième surface, depuis l'enfance de Zacharie.
Tout d'abord, son accès s'était popularisé : le gouvernement, ensemble d'élus qui signaient les propositions des citoyens, avait de son propre chef considérablement baissé le prix de l'accès, pour finir par supprimer totalement le droit d'accès. la jeune femme, comme beaucoup de promeneurs, s'en était réjouie, mais bien vite la foule avait changé le visage de l'endroit. La végétation s'était dégradée, les animaux s'était faits plus rares.
Ensuite, pour la sécurité et le plaisir des populations, la surface avait été réaménagée: on trouvait maintenant des terrains de jeux pour les enfants, des terrains de sports, et partout, partout, de petits escaliers qui menaient à des "métros". Les politiques s'étaient vantés d'avoir fait les chose comme il fallait, s'il vous plaît! : les rames avaient été soigneusement copié sur les modèles existant durants les années vertes. Ainsi, tout les cinq cents mètres et sur tout les chemins balisés, on voyait un petit pylône signalant une bouche de métro...
Très rapidement, il avait été interdis de s'éloigner des chemins. Zacharie, frustrée, avait cependant dû reconnaître au bénéfice d'un de ses amis que les conséquences en avait été bénéfiques: entre les chemins, la végétation souffrante avait reprit courage, et maintenant voir un lapin redevenait courant. Mais plus le temps passait, plus la Deuxième Surface ressemblait à la première.
Zacharie sentit un frisson lui parcourir la nuque. Lentement, elle s'assit dans un pâturage en-dessous du champs de blé. Elle avait dans son sac quelques provisions, autant pour la bouche que pour s'occuper l'esprit ; la peur aimait rôder dans les cœurs pleins d'ennui...
Allongée dans l'herbe, la tête relevée par son pull posé en oreiller, la jeune femme regarda le soleil se coucher. Puis, une à une, quelques étoiles apparurent entre les masses plus ou moins sombre des stations en orbite basse. Lorsque la lune se leva sur l'horizon, Zach attrapa son sac.
Elle avait l'impression d'effectuer un pèlerinage... Elle n'était jamais revenue, de nuit. Depuis ses dix-huit ans, le jour où la tombée du jour l'avait vue endormie dans un champs. Dans ce champs, d'ailleurs, juste là en face. Dix ans déjà avaient passé.
Elle savait où elle voulais aller. Dépassant la maison jaune, elle s'engagea sur la petite route qui menait au croisement prés de la faille. Là, elle retrouva le croisement tel qu'elle l'avait vu longtemps auparavant, tel qu'elle ne l'avait jamais retrouvé : le cèdre, la pierre taillée, la croix de pierre... L'étudiante d'alors avait pris la route qui se trouvait maintenant en face d'elle, mais ce soir, Zacharie choisit le chemin le plus court. Elle prit la route de gauche.
Malgré l'obscurité, la pétillante brune s'amusa à marcher en équilibre sur la rambarde de bois qui longeait la route; elle savait devoir garder tout son entrain, pour tenir ce petit frisson de peur à distance. Elle dépassa les étangs, le château; puis s'engagea sur le petit pont de pierre qui était le passage vers l'autre plate-forme.
Sous le fronton de la mairie, Zach arrêta ses pas. Personne. Rien, même pas une trace de charbon un peu récente par terre. Pourtant, elle avait bien cru apercevoir Lilo, ici même, quelques jours avant... de jour. Et voilà que le brasero était toujours caché dans la caserne des pompier, et sentait le feu de la veille!
Un souffle de vent fit lever la tête à la jeune fille.
Deux hommes apparurent. Grands. Très vite, tandis qu'ils approchaient, Zacharie sentit l'odeur d'alcool dont ils étaient imbibés. Ce n'étaient pas Griff et Soléo, bien sûr. Les deux hommes, de leurs véritable nom David et Julien, lui avaient jadis dit ne boire que très rarement ; l'alcool était alors trop cher pour eux, et depuis les campagnes sanitaires en avaient encore fait monter le prix. L'estomac de la jeune femme se contracta. Derrière les deux ivrognes apparaissaient d'autres silhouettes.
Les cinq soûlards l'entourèrent. Habillés de nuit, cols remontés, ils n'étaient visiblement pas là pour lui demander son prénom. Une bousculade la fit chuter. Un homme lui posa le pied sur la figure, mais la jeune femme avait décider de ne pas broncher, de se faire oublier le plus possible. Aussi resta-t-elle à terre, assise, sans un mot. Sa stratégie fut payante... un peu. Avec une gifle violente, l'un des hommes les plus éméchés lui jeta quelques mots. Kekse tu fout là ?, demanda-t-il sur un ton un peu ironique. Zach ne répondit pas. La question était de pure rhétorique.
Une autre silhouette s'avança. Une autre gifle, mais celle-ci fut beaucoup plus douloureuse: l'homme avait visé le haut de la pommette. L'œil fermé par la violence du coup, Zacharie se ramassa sur elle-même. La tête calée entre ses genoux, elle glissait des coups d'œils de droite et de gauche. Mais le cercle de ses assaillants était bien fermé, et aucune échappatoire ne lui apparaissait.
Les coups se mirent à pleuvoir. Coups de poings, de pieds... la chevelure brune se vit arrosée d'urine, et les vêtement de la victimes furent aspergés d'eau saumâtre. Visiblement, les deux hommes s'en donnaient à cœur joie.
Derrière, les trois autre attendaient.
Quand les plus soûls furent fatigués, les autres rompirent le cercle, et sans un mot tous s'éloignèrent.
La jeune femme s'écroula, laissant couler ses larmes. Au moins ne l'avaient-ils pas violée... Elle aurait voulu ne jamais être venue là, elle aurait voulu être dans son lit. Elle aurait voulu être propre, et que les ascenseurs marchent de nuit comme de jour.
Très vite, Zacharie se releva. Toujours choquée, hébétée, le dégoût de ces vêtement qui lui collaient à la peau et de ses cheveux qui empestaient lui furent cependant une motivation suffisante; et presque en courant, elle se dirigea vers les étangs.
L'eau, elle le savait, était plus verte que bleue. Cependant, dans sa situation, et de nuit... Elle devait se laver, immédiatement, c'était un besoin. Rageusement, les joues ruisselantes de larmes, elle quitta tous ses habits. Puis, plus calmement, elle glissa un pied dans l'eau froide. Ce fut bref ! l'eau était froide. Mais la jeune femme persévéra, et bientôt elle claquait des dents en se rinçant la tête.
Plusieurs heures plus tard, au plus profonds de la nuit, une ombre émergea de la petite bergerie de pierre où s'était réfugiée la jeune femme. Devant elle s'étendait des buissons, et quelques dizaines de mètres plus loin, l'étang où elle s'était baignée. La température était fraîche, et bien qu'elle se soit bien réchauffée sous le foin, un chat sur le ventre, Zach pensait avec envie au pull tassé au fond de son sac à dos. Lequel sac, bien sur, était resté devant la mairie.
L'aller se déroula sans problèmes; mais alors qu'elle repassait une fois de plus le pont au-dessus de la faille, des voix la surprirent, venant de devant elle.
Des voix, dont deux un peu trop récentes à sa mémoire.
Trois autres, plus posées, moins braillardes, mais pas plus rassurantes. Ils étaient tout proches... Son seul pull sur les épaules, Zacharie se sentait plus perdue que jamais. Le corps tendu comme une corde de guitare, elle s'arrêta, et écouta. Ils parlaient d'elle.
Il y a longtemps, disait une voix calmement.
Elle avait débarqué un soir, et était rester avec eux pendant la nuit. La deuxième voix, plus rauque, était féminine.
Ils ne l'avaient jamais revue, et même ce soir là, ils n'avaient pas tellement sympathisé... juste passé la nuit ensemble.
Une troisième voix - plus forte, plus alcoolisée - lança, presque sur le ton de la plaisanterie, Je ne l'avait même pas reconnue!
Une deuxième femme déclara, d'accord, c'est pour ça que vous deux ne vous en êtes pas mêlé...
Non, enfin.. peut-être. Le ton indiquait que c'était sans importance. Elle serait revenue plus tôt, peut-être que...
Zacharie fit marche arrière.
Dans sa poitrine, un tambour cherchait à étouffer ses souvenirs. La nausée l'envahit. Réfugiée dans son abris, d'ou elle entendait encore les rires des SDF, elle laissa ses larmes couler comme jamais. La rage, l'incompréhension surtout l'habitait.
Jusqu'à l'aube, elle pleura silencieusement, et les hoquets discrets durèrent quand les larmes se furent taries. A midi, quand ses vêtements furent moins dégoulinants, elle jeta un regard dehors; et, ne voyant personne, elle se glissa sur le chemin de son ascenseur.
Nul ne la vit cheminer dans le sous-sol, et tant mieux, se dit-elle. Elle n'aurait pas eu la force d'expliquer. Demain, si les mots venaient pour raconter, Emilaura la traiterait de folle, et de ses petit mots rigolos lui feraient passer cette envie de pleurer tout le temps... cette envie de pleurer que pour l'instant il allait falloir cacher à son mari, à ses fils.