Une nouvelle qui se passe vers chez moi... vision d'avenir, née d'une discution avec un écolo qui propose de réduire les distances entre les domicils, lieux de travail, et autre des gens.. ça plus une bonne croissance démographique, voila ce que ça m'inspire...
************************************************************************
Zacharie leva les yeux au ciel. Non par exaspération, mais pour l'azur, pour l'espace. Il y avait bien longtemps maintenant qu'elle n'était plus montée en Deuxième Surface. Ici, elle avait l'impression de revivre, de respirer plus librement... mais l'accès à ce niveau était payant, et cher.
La jeune fille vivait au Premier Sous-Sol, c'est à dire trois niveau en-dessous de celui-ci. Elle y était née, et malgré son caractère aventureux, s'était résignée à y faire ses études: les autres universités demandaient un droit d'entrée trop exorbitant pour les "extra-niveaux". Etudiante en histoire, elle rêvait d'être née dans le monde Moderne, des années 1900...
Elle parcourut la Surface des yeux. Comme elle aurait aimé vivre ici, sans rien d'autre que de la terre sous ses pieds! Mais voilà, l'humanité et la ville, toujours en expansion, avaient eu besoin de plus de place, et le premier sous-sol avait été creusé...La première surface crée...puis les autres niveaux. Ici, sur la Deuxième Surface, située à quelques trente mètre de la surface du sol, les ingénieurs et designers avaient recréé un environnement campagnard des années vertes.
Zach arrêta son regard sur une balise rouge. Elle était sur une plate-forme d'environ dix hectares, reliée à d'autres plates-formes semblables par de petits ponts de pierre, tels qu'il en existait autrefois au-dessus des rivières: mais ceux-ci n'enjambaient que le vide surplombant la première surface, et les autres niveaux. Elle inspira une bouffée de cet air toujours plus pollué mais frais, et commença sa promenade.
Au loin, une église sonnait quatre heures. La jeune fille, les joues enfin un peu plus colorées que d'habitude, sonda le ciel du regard: le jour durerait encore quelques heures. Elle avait marché pendant plus de cinq heures, ne s'arrêtant que pour dévorer son sandwich et quelques champisucres. Depuis longtemps elle n'était plus sur les chemins balisés, préférant suivre les itinéraires plus sinueux des chevreuils et lapins sauvages. Non qu'ils soient très sauvages d'ailleurs, l'un d'eux lui avait chapardé son dessert, une pomme, pendant son repas. Mais ils avaient le mérite de connaître ces champs et ces bois mieux que personne....Zach s'allongea dans l'herbe. Elle n'était pas loin d'un ascenseur, et la douceur de la température invitait à la sieste.
La nuit tomba sur la jeune fille endormie sans que rien ne la dérange. Les promeneurs avaient rejoints leurs niveaux d'habitation ; les animaux les plus craintifs, comme les chats, les renards et les rats sortaient à leur tour. Qu'ils soient jugés "dangereux", "nuisibles", ou seulement trop nombreux pour mériter l'amitié des passants, leur domaine s'étendaient dans l'ombre et le silence. La présence de la dormeuse ne les gênait guère...Elle s'éveilla quand la lune et le vent vinrent caresser son visage.
D'abord, la mémoire lui fit défaut. Puis ce fut le calme qui s'enfuit de son être, et quelques larmes de confusion roulèrent dans la nuit. Mais bien vite, après avoir vérifier que tous les ascenseurs proches étaient à l'arrêt, le plaisir piquant de l'interdis prit le dessus. Elle était dehors, la nuit.
Son regard se promena sur ces vallons qui lui était, de jour, si familiers. Elle devinait, en face d'elle, le hameau et la maison jaune qui abritait l'ascenseur qu'elle empruntait généralement. Plus proche, un petit bout de forêt formait une masse sombre qui contrastaient avec les pâturages éclairés par les lumières célestes de la lune et des stations orbitales. Sur sa gauche, la forêt de chêne qui descendait vers le fond de la vallée paraissait un peu menaçante; mais Zacharie, passée la première minute, avait décidé de ne pas avoir peur.
Un bruit tout proche la fit sursauter: son regard fouilla l'obscurité, mais comment être sûre ?.. Un renard bondit. Avec un petit cri de terreur, la jeune fille fit un bond en arrière, puis, réflexion faite, se moqua d'elle-même. Ce dont elle avait toujours rêvé...
Tout proche, il y avait ce chemin, qui rejoignait la route goudronnée descendant vers "le Rhône". Bien sur, le véritable Rhône était bien loin en-dessous, au niveau Sol, mais restait une faille, large, entre les plateaux artificiels. Elle ne descendrait pas jusque là-bas. Laissant à sa gauche la petite étable chancelante qui devait abriter nombre de chats, elle rejoignit la route, la traversa ; et après une hésitation devant le sentier qui serpentait entre les broussailles, elle repartit sur le goudron, ses pieds raclants bruyamment le sol.
Elle avait plus de huit heures devant elle. Ayant dormis d'un bon sommeil pendant l'après-midi, elle se sentait pleine d'allant, et, en arrivant près du croisement qui pouvait la conduire près de "son" ascenseur, elle prit à l'opposé. A droite.
Au-dessous de ses pieds, le monde grouillait de vie. Au-dessus de sa tête, le ciel était encombré de stations universelles, qui vivaient toujours dans l'ombre de la terre. Là-haut se trouvaient les pénitenciers, les stations scientifiques... Le monde entier y envoyait ses esprit les plus brillants et ses individus les plus repoussants. On distinguait aussi quelques citées résidentielles ; les habitations de ceux qui travaillaient "dans l'ombre" étaient plus éclairées, paraissaient plus vivantes.
Très vite, elle dut passer un premier pont : guettant les mouvements au-dessous, elle s'élança au bon moment : les fêtards qui brayaient en-dessous ne virent passer qu'une ombre, et ils étaient bien trop saoul pour la remarquer. Le bruit décrut.
Droit devant elle, elle le savait, se dressait une ferme en pierre de pays, massive. On racontait qu'elle avait été entièrement soulevée, d'un bloc, avant que les ingénieurs ne fassent glisser dessous le plateau de la Surface. En tout cas, elle était d'époque, son piètre état en témoignait. Un nouveau souffle de vent fit battre un plastique, dans la masure, et le cœur de Zach bondit une fois de plus: elle découvrit ainsi, à force de froncer les yeux, que des plastiques pendaient des fenêtres brisées... quelqu'un restaurait cette maison.
La route, après un angle droit, se perdait dans les champs. La fissure n'était pas loin, tentait de se rassurer la jeune fille. Et puis, s'il n'y a personne, que peut-il m'arriver ? Je ne risque pas de me faire mal, alors... Cet discussion avec elle-même tenait la peur à distance. Courte distance, mais distance quand même.
Une maison, encore. La jeune fille entrait dans le village, elle connaissait l'endroit. Mais ces maisons mortes ne lui semblaient pas plus rassurantes que le vide des anciennes prairies...Un croisement, flanquée d'une croix. La jeune fille savait qu'elles n'était que le vestige du temps où la religion était partout, mais son Christ en fer-blanc l'effrayait. Elle prit la route de gauche, vers le centre du village.
L'émotion, la solitude lui pesaient. Arrivée sur la place, elle s'assit quelques instants, les bras étalés sur le dossier du banc et les yeux levés vers le clocher muet de l'église. Puis, le cœur à nouveau serré par la pensée qu'il lui faudrait attendre l'aube pour rentrer, elle reprit la direction de l'ascenseur du hameau "l'Ove".
Des voix. Elle s'approchait de la fissure, mais elle s'arrêta brusquement: ces voix ne venait pas de la fissure. Des réverbères antiques bordaient la rue, mais ils étaient éteints : la nuit, personne n'était autorisé à rester en surface. A sa droite, un bâtiment plus récent que les autres. Devant elle, un croisement: autrefois, ces petites rues desservaient les lotissements qui s'étalaient de chaque coté de la grande route.
Lotissements qui auraient dut être vides...
Les pieds de Zacharie se faisaient plus légers que le coton. Le bâtiment était une mairie. Sous le fronton marqué Liberté-égalité-fraternité, trois jeunes se frottaient les mains au-dessus d'un brasero.
Les sans domicile fixe étaient rares. Le logement, hors de prix et inaccessible pour beaucoup pendant la période sombre des années 2100 à 2200 , était redevenu bon marché quand les sous-sols avaient été creusés. Mais toujours, une part d'exclus vivotaient en marge de la société...
L'un des jeunes, habitué au sombre silence de la lune, remarqua la clarté des vêtements de la jeune fille. Les traits éclairés par le brasero sourirent, et d'un ton simple, il lui proposa de se joindre à eux. Jamais d'ordinaire Zacharie n'aurait accepter. Jamais elle n'aurait osé. Mais ce soir, justement, n'en avait-elle pas déjà osé tellement ? Prenant l'invitation comme un défi, le cœur battant la chamade, elle rejoignit la présence malgré tout rassurante des sans abris.
Sept heures... La jeune fille se glissa entre ses draps. Il lui avait fallut une heure, depuis qu'elle avait quitter la Deuxième Surface, pour avoir droit à ce plaisir. Déjà, en haut, éviter les ouvriers que déversait le premier ascenseur du matin. Puis, les quelques minutes de descente: la machine était vieille, lente, et surtout la faille profonde à cet endroit. Puis, au Sol, elle avait dû changer d'ascenseur: et enfin, arrivée au troisième sous-sol, elle s'était aperçut qu'elle ne connaissait pas ce quartier, pourtant proche de chez elle.
Les fenêtres qui commençaient à s'éclairer lui rappelait l'heure avancée: si ses parents s'éveillaient avant qu'elle ne soit rentrée, ils s'inquiéteraient. Elle avait sortit ses clefs au moment où, de l'autre coté du mur, le réveil de son père sonnait. Discrète, elle se faufila dans la maison, et personne n'en sut rien. Dans quelques heures, à onze heure précisément, elle avait cours d'histoire de l'architecture... A ce moment-là, Emilaura, sa plus proche amie, l'aurait déjà traitée d'irresponsable et de folle, mais rien au monde ne pourrait empêcher Zacharie de remonter sous les étoiles, une nuit, peut-être bientôt...
************************************************************************
Lire la suite...
*************************************************************************