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Lune d'argent.

Lune d'argent.

Posté à 09:53 le 23/04/2007 dans Mes textes

Un texte "inspiré" d'une nouvelle écrite quand j'avait environ dix ans...

Autant dire qu'il ne reste pas grand-chose des multiples rebondissements avec

vampires et autres squelettes sous-marins... cette version est.. plus soft!! 

Lune d'argent.


Christophe atterri les deux pieds joints, dans la boue grisâtre qui couvrait le sol.

Promenant son regard autour du vaisseau qu'il venait de quitter, il réprima un frisson.

Un gloussement. Derrière lui, dans la partie habitable du module, son père et sa mère chahutait comme des adolescents amoureux.

D'une grimace mal contenue, Christophe exprima son exaspération. Tout les voyage avait été ponctué de ces scènes dont il était, forcément, exclu.

Christophe avait onze ans. D'un caractère aventureux, il avait tout de suite donner son accord pour l'expédition fantastique que lui avait proposer son père: une semaine sur le troisième lune de Julyton, une planète encore inexplorée autour d'Alpha du centaure... L'ingénieur spatial n'avait pas préciser que ce serait la, pour lui et pour sa femme, une seconde lune de miel.

La famille avait donc délaissé son petit pavillon pour un stage exprès de vie en apesanteur, puis pour ce module où depuis trois jours, Christophe voyait ses parents s'amuser sans lui prêter grande attention.


Rejetant les recommandations sécuritaires que lui lançait son père entre deux baisers, Christophe s'enfuit dans la végétation.

Drôle de végétation en fait, puisqu'elle était grise. Les feuilles étaient grises, les fleures étaient grises, la terre et le ciel étaient gris. Ce monde semblait ignorer la couleur.

Il n'était pas laid, ce monde en gris: les nuances, délicates, les textures étranges que Christophe rencontraient lui donnaient plutôt une impression attirante...

Christophe courrait, regardant autours de lui dés que le terrain s'aplanissait.


Très peu de temps après avoir quitter le vaisseaux, il fut arrêter dans sa course par une faille, large, rocailleuse, profonde. L'enfant s'approcha, précautionneusement.

Il voyait une lueur, en bas. Comme le reflet du soleil dans de l'eau...

Un cailloux confirma cette impression. "plouf".

Le son était étouffé, et soudain Christophe se rendit compte qu'aucun autre son que celui de ses baskets n'avait troublé le silence pendant sa course. Non que cela soit pesant, mais ce monde semblait tout à coup bien vide... Pourtant, de l'eau, des plantes, son père aurait de quoi raconter, et sans aucun doute des biologistes viendraient bientôt!

Peut-être y avait-il des poissons...


Christophe se pencha. Se pencha encore. Se pencha trop.

D'un coup de rein, il voulut éviter la chute, mais il était déjà trop tard. Douze mètres plus bas, dans l'eau glacée, le garçon cherchait son souffle...

Il était dans une grotte. Au plafond, entourant le ciel aux reflets changeants, des stalactites semblaient le menacer de leurs pointes rocheuses. En bas, le lac souterrain s'échouait en vaguelettes sur une plage de graviers. Floush, floush, faisaient les graviers remués par l'eau. Une île.

Sur cette île, Christophe distinguait quelque chose de blanc, à moitié caché dans les rochers. Comme un ballon... Frissonnant, le jeune garçon prit pied sur le fond en pente douce. Un coup d'oeil à sa montre... Trois heures trente, elle marchait toujours. Il y avait vingt minutes qu'il avait quitter ses parents, et, un peu penaud, Christophe du admettre qu'il espérait de ceux-ci un secoure rapide. Mais ils ne s'inquiéteraient pas tout de suite, et le temps risquait de paraître long. Autant aller voir ce truc blanc...


Le visage de l'enfant tourna au blanc grisé, comme pour se mettre en accord avec les teintes de ce monde. Un crâne! Un crâne humain, en plus. Et le reste du squelette était là, enfoui dans les gravillons. Son père avait parlé d'une expédition, il y avait quelques centaine d'années, dont les membre n'avaient jamais redonner signes de vie...

Christophe sentait ses yeux se mouiller, et la peur s'emparer de lui.

Un bruit de pas le fit se retourner...

* * * * * *


Ðæġħ avait déjà vu un être semblable. Celui justement dont les restes avaient pourris juste là, devant sa porte, sans qu'il ose les approcher. Mais quand il était arriver, Ðæġħ était chez lui... et il n'était pas sortit avant plusieurs semaines.

Aujourd'hui, l'inconnu se dressait entre lui et son refuge.


Ðæġħ n'était pas bien grand. D'une hauteur totale de moins d'un mètre, il étalait ses cinq appendices visqueux sur seulement deux mètres trente. Ses trois membres osseux qui lui permettaient d'avancer, eux, étaient long de quelques dizaines de centimètres; et son corps long d'où pointaient ses organes sensitifs n'était pas plus épais que le bras de Christophe.

Il savait que ce genre de créature émettait des sons. Il se souvenait aussi qu'ils pouvaient comme lui voir, et entendre. Il savait que l'eau ne les effrayait pas, et peut-être même qu'elle ne les blessait pas, et que pour se déplacer ils ne se servaient que de deux de leurs quatre membres.

Ðæġħ était un être ouvert. Il avait peur, la forme de l'intrus l'interpellait et sa couleur le révulsait un peu, mais il avait aussi envie de découvrir... Alors il se souvint des sons que l'autre avait prononcé, et les fit jouer dans sa trompinette.

- Aie! Merde de merde de fais chier, tient !


Christophe sentit la panique le gagner. Il avait en face de lui une sorte de crayon géant à trois pattes qui traînait sous son ventre comme des intestins de secours, et voilà que cette bestiole parlait!


Le « crayon » se rendit compte que ses mots n'avaient pas changer beaucoup l'attitude de l'étranger à son égard. Il en fit jouer d'autre, pour voir...

- Y'a quelqu'un ?

Des mots que le premier étranger avait prononcer nombres de fois, plus forts que les autres, quand Ðæġħ laissait filtrer hors de sa tanière de petits bruits de cailloux qui roulent...

Et puis..

- Bonjour... Sang de bon sang, il y a quelque chose de vivant, ici ? Vient me voir, p'tite bestiole, j'devient fou tout seul...

Ses derniers mots. Il s'avançait vers le refuge de Ðæġħ quand il avait trébucher, et de la partie qui était avant la plus haute de son corps était sortit un liquide rouge.


Christophe reculait. Ses pieds se prenaient dans les algues qui couvraient la berge, il les dégageaient sans quitter des yeux l'étrange "chose" qui lentement, par petits paliers, s'approchait de lui.


Ðæġħ baissa les yeux. Sous ses pieds, ou du moins sous les extrémités de ses membres, il avait sentit quelque chose de dur... Les restes blancs du précédent visiteur. Luttant pour ne pas fuir, il toucha pour la première fois cette matière inconnue du bout de l'un de ces appendices mous. Par peur, ou bien par respect, il ne les dérangea pas: mais il les explora, les examina, et finalement se demanda pourquoi la peur l'en avait si longtemps garder éloigné...

Un bruit d'eau lui fit lever la tête. En face de lui, l'être avait atteint l'eau.

Ðæġħ releva l'avant de son corps, et regarda d'un air intéressé ce qui allait se passer.


Christophe ne comprenait pas. La créature s'était arrêté vers les ossements, et presque soigneusement les avaient effleurés, sans les bouger. Elle faisait preuve d'une douceur rassurante... Et puis au moment où Christophe mettait les pieds dans l'eau, l'autre avait changer l'inclinaison du "crayon" qui formait son corps, et la petite bille bleue qui brillait au bout du.. nez de cette chose avait cessé de bouger. La chose le regardait, compris tout à coup l'humain.


- Bonjour, répéta simplement Ðæġħ sans savoir la signification de ce mot.


Christophe était américain. Il n'avait jamais été particulièrement attentif à l'école, mais il avait passé une semaine dans une base spatiale internationale. Il connaissait ce mot.

Tout d'un coup, dans sa tête, le monde se mit à tourner. Il se rappela où il était, il se rappela les dessins animés, les films, les articles sur les Ovnis... Il se revit en train de jouer aux explorateurs spatiaux avec ses amis du Wyoming. Et soudain, l'excitation et la fascination prirent le pas sur la peur.

* * * * * *

- Good morning.

Sa voix était tremblante, hésitante, faible. Il avait une pointe d'envie de vomir, il sentait encore le monde tourner autours de lui. Mais soudain, il se sentit plus sur de lui, presque l'envie de rire, et surtout une impression... comme un goût du matin de Noël, quand on découvre les paquets encore emballés sous le sapin.

L'autre avait aussi peur que lui.


Ðæġħ avait fait un bond en arrière.

C'est une chose que de savoir qu'une créature est susceptible de parler, c'en est une autre que de l'entendre ! Ses pattes l'avaient porté jusqu'à l'entrée de sa tanière avant qu'il ne puisse s'arrêter. Et puis, timidement, un pas après l'autre, il était revenu, presque jusqu'aux bâtons blancs qu'avait laissé l'autre. Et la créature aux deux pattes qui ne servaient à rien s'était avancer à son tour...


- Good morning, avait-elle répéter.

- Good morning, avait reprit l'indigéne.




Ðæġħ apprenait vite. Christophe lui montra l'eau, et dit le mot. Il lui montra le ciel, la terre, lui dit son nom, et l'autre retenait quelques fois. Le jeune garçon ne réfléchissait pas, goûtant simplement cette découverte de l'autre... Et puis Ðæġħ fit à son tour jouer quelques sons dans l'une de ses "oreilles". Tirali, tirali tara. Christophe ne pouvait pas imiter ces sons, mais il essaya, et il devina sans mal que le trémoussement des "intestins" de l'autre exprimait une sorte de rire.

Ðæġħ s'approcha des restes de l'autre Christophe, celui qui était venu longtemps auparavant. Il les effleura, et répéta les mots qu'il avait prononcer... Il se souvenait de beaucoup. Il les était tant répétés...


"Aie! Merde de merde de fais chier, tient! ...

Merde... comment je vais sortir, moi ? Ma radio.. tu parle. Trempée...

...

Bon, c'est pas tout, mais il caille ici!

HE! C'était quoi ça ?

Y'a quelqu'un ?

Ohé ?

Do you speak english ?

Je suis con, moi.. sur une planète paumée, je te demande si tu parle anglais... "


Après avoir dit ces mots, Ðæġħ se tut un moment, puis il reprit.

"Bon, il se fait faim, là...

La ptite bestiole de tout à l'heure, elle est plus dans son coin ?

Et ça, ça se mange ? Les algues, c'est comestible, non ?

...Y'a quelqu'un ?...

Hum... ça pourrait être pire comme goût..."

Et après un autre silence, il reprit:

"Laa laa laa laa lala, on ignoraiiit la peur, les lendemaiiiins, avaient un goût de mieeeel...Ton bras prenait mon...

...Y'a quelqu'un ?

Bonjour... Sang de bon sang, il y a quelque chose de vivant, ici ? Vient me voir, p'tite bestiole, j'devient fou tout seul..."


Et Ðæġħ se tut.

Christophe avait compris qu'il répétait les mots de l'autre... Visiblement, le crayon ne les comprenaient pas plus que lui.

Le jeune garçon se pencha sur le squelette : Le crâne, posé sur un rocher, était cassé à la base de la nuque. Des algues s'emmêlaient encore dans les chevilles osseuses, Christophe choisit de croire à un accident.


Ðæġħ ramassa l'un de ses appendices en boule. Christophe se boucha le nez.

Une odeur fétide montai soudain de l'eau.

Les deux créatures se regardèrent, comprirent que leurs mouvements avaient la même signification, le même but. Et rirent. Puis Ðæġħ recula, s'éloigna encore de l'eau, et Christophe suivit le mouvement. Il était étrange de suivre comme une ami un animal qui, à tout prendre, ressemblait beaucoup moins à son copain Rodrigue qu'à un phasme géant sans antennes, avec intestins extérieurs et oreilles rondes. Mais jamais Christophe n'avait entendu un phasme lui dire bonjour...

* * * * * *

Christophe passa deux jours dans la tanière de Ðæġħ. Il savait maintenant que les "oreilles" de la créature étaient ses "bouches", une pour parler et une pour manger, que la petite bille qui se déplaçait sur sa peau au bout de son nez n'était une verrue mais son œil, que Ðæġħ détectait les odeurs avec l'un de ses intestins, qu'il entendait grâce à ses "taches de rousseurs" qu'il ne voyait pas beaucoup de monde et qu'il ne mangeait pas très varié. Ðæġħ connaissait les oreilles, les yeux, le nez et la bouche de Christophe, il savait reconnaître son rire et que le ciel était attirant pour lui.

Car Christophe allait souvent sur la petit plage, et levait la tête.. Il se demandait si ses parents le cherchait. S'il le retrouverait. Où bien si lui arriverait à sortir seul...


Au bout de deux jours, Ðæġħ décida que Christophe n'était pas dangereux.

Il lui avait bien marcher un peu sur l'un de ses membre visqueux, mais visiblement par accident... et Ðæġħ, lui, avait tiré peut-être un peu fort sur les courts fils noirs qui sortaient du crâne de Christophe. Les aléas de la découverte...

Le jeune indigéne s'enfonça dans le boyau rocheux qui prolongeait sa tanière. Après un instant d'hésitation, et un dernier regard pour le gris clair du petit bout de ciel, Christophe attrapa délicatement "l'intestin" numéro trois de Ðæġħ, et s'engagea à sa suite dans l'obscurité.


Ðæġħ n'était pas une créature unique. Dans les tunnels souterrains, d'autres créatures semblables regardaient passer l'humain, avec souvent plus de répulsion que de sympathie. Et surtout, avec méfiance.

Christophe jugea le langage de ces « gens » fort compliqué: il semblait que la bouche-pour-manger joue elle aussi un rôle dans l'émission des sons. De jeunes créatures soufflaient des sons mal formés, Christophe cru même deviner quelques grossièretés quand un immense "crayon" fouetta doucement un plus petit du bout de son intestin.

Ils étaient intelligents... si proche d'une famille humaine! Les petits pleuraient, faisant gronder un tonnerre dans le fond de leur bouche-pour-manger, les adultes occupés les câlinaient rapidement, leur donnaient à téter le bout d'un de leurs "intestin"... nettoyaient les déjections des petits, qui sortaient elles aussi par un des cinq membres visqueux.

Christophe se demandait souvent, avec un petit rire, par quel appendice il avait saisit Ðæġħ pour le suivre jusqu'ici.

* * * * * * *

La montre de Christophe marquait huit heure du matin lorsqu'il se réveilla.

Ðæġħ, à coté de lui, ne semblait pas avoir dormis, comme toujours.

Ils avaient quitter la famille de Ðæġħ (où bien celle qu'il avait présenté à Christophe) après trois jours, et sur l'insistance du jeune garçon seulement. Le « crayon » ne l'avait suivit qu'a contrecœur, se résignant lorsqu'il avait engagé par défi son corps dans un nouveau boyau rocheux. Les bruits de trompettes qui avaient suivis faisaient croire à Christophe que les autres le craignaient et souhaitait le voir surveillé par Ðæġħ...

Mais Ðæġħ voulais simplement ne pas prendre CE boyau-là. Pourtant, il était si pentu qu'il devait rejoindre rapidement l'air libre...Alors Christophe s'y était engagé malgré tout.

Ils avaient débouché dans une autre salle, où Ðæġħ avait eu fort à faire pour calmer les petites familles installées là. Puis Christophe s'était engagé dans le tunnel le plus vertical, et l'ascension interrompue avait repris. Derrière lui, l'autre peinait . Avec trois pattes solides seulement, il avait eu du mal à assurer ses appuis sur ce terrain si raide... Mais quelques heures après, les deux amis s'étaient allongés dans un recoin à cinq mètres à peine de la sortie.


Huit heure...

Christophe regarda son compagnon. Celui-ci avait eu une réaction extrême, la veille, quand Christophe s'était avancer vers la sortie : tournant sur lui-même, il avait fait de ses cinq "intestins" une espèce de corde qu'il avait ensuite balader de droite et de gauche, violemment. Il était clair que l'extérieur l'épouvantait...Il ne suivrait plus le jeune homme.

Au réveil, Ðæġħ fit quelques pas vers la sortie, puis, à deux mètres de la sortie, recula vivement, en regardant attentivement l'humain. Mais Christophe était décidé... Le « crayon » se laissa tomber sur ses appendices mous. Attendrait-il le retour de son ami ?

Christophe lui sourit, conscient que son compagnon ne comprendrait pas le sens de cette mimique. Puis il sortit à l'air libre.


Il lui fallut cinq jours pour retrouver le vaisseau.

Et deux autres pour le reconnaître. La végétation autours avait poussé, les tôles avaient rouillé, la poussière s'était accumulée. Le coeur battant, incapable de faire la moindre hypothèse, Christophe entra dans le module. Il y trouva ses affaires, remises en ordre par sa mère probablement, et une lettre.

Une lettre de ses parents.


Ils l'avaient chercher, disait la lettre. Ils l'avaient chercher pendant un an.

Un an ?

Et puis ils avaient perdus espoir. Perdu espoir de le retrouver, eux ; ils espéraient qu'un jour, lui les retrouverait...Ils ne voulaient pas croire la mission de secours, qui disait qu'un enfant n'aurait jamais pu survivre seul sur une planète pareille. Alors, on leur avait accordé cela : leur module resterait ici, avec les affaires de leur enfant. Mais eux devaient repartir, les autorisations pour explorer scientifiquement cette lune n'ayant pas encore été données. Alors ils l'embrassaient, et espéraient très fort le revoir un jour.


Le jeune garçon tourna la tête... là, sur sa table de nuit. Son réveil digital... il marchait encore. La tête pleine de brouillard, le monde vacillant autours de lui, Christophe essuya la poussière du cadran avec sa manche. Il était onze heure du matin, le 27 juillet 4007. En cinq jours de sa vie, Christophe avait éclipsé trente-deux ans, trois mois et dix-sept jours du temps universel.

 

 
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