Les vergetures de l'univers
Cosmos.
Sans bruits, les couleurs glissent. Sous la lumière froide des étoiles lointaines, les nappes de poussière se colorent dans un tintement sans fin.
Bleue, blanche, jaune, rouge.
A l'ombre d'une supernova les météorites frodonnent doucement. Une comète, paresseuse et endormie, émet une lumière haute et vibrante, presque aiguë. Une note reprise de tout côtés par de timides soleils. Le chœur se décline en milles couleurs semblables, mais toutes différentes.
La galaxie émet sa grande symphonie, tournant sur son axe millénaire.
Pourtant, quelque part, la musique soudain change. Un nouvel acteur se met en marche, et accorde sa propre partie au ballet continu. L’entrée en scène se fait progressive, pour ne pas rompre le charme de la musique céleste. D'abord une, puis deux, puis des milliers de petites voix entrent en scène.
Ce ne sont pas des mots. Ce sont des images.
Un monstre d'acier et d'argent, tout d'abord, ventru et lourd. Glissant sur des ailes inutiles, il passe lentement dans le rien d’entre les mondes. Presque doux. Grave. Une voix suffisamment puissante pour se faire presque entendre, presque. Il sait rester discret, encore.
Et puis, des centaines de voix. Des milliers. Des voix de moins en moins lourdes et graves, de moins en moins discrètes, et modulées comme par un archet sur la corde d’un violon. Voltigeants de-ci de-là, les petits vaisseaux tournoient, s'éteignent, se renouvellent à un rythme infernal, inédit, saccadé même. Sur tout les tons. Mais en harmonie, toujours.
Et puis, ces petites voix, ces multiples petites voix grossissent. Jouant avec le temps, l'espace, elles passent, toujours plus vite, plus vives. La musique devient leur.
Dans leurs sillages, doucement, un écho apparaît. Au début, la musique s’en enrichi, comme de tout. La musique devient plus complexe, plus pleine. Plus belle. Mais l’écho se renforce, d'abord faiblement, puis de plus en plus fort, jusqu'à gêner la mélodie. De longues traînées blanches, tordues, ramifiées, suivent désormais les vaisseaux où dorment les humains en voyage. Des milliers gouttelettes de vie dans un univers minéral, qui s’échappent des pores encrassés de ces navettes. Quand on s'approche, leurs voix discordantes se précisent: déchets, atomes de gaz légers, perdus dans l'immensité du vide, et.. De petites vies, rongeant, grattant, cognant les particules qui sont leurs mondes.
La musique se perd dans son écho.
Chaque note est indistincte de sa voisine.
Cacophonie.
Plus un musicien ne sait quelle mesure entonner pour que l’ensemble retrouve un semblant de cohérence.
L'univers, grand chef d'orchestre, se tourne, se retourne. Lui qui n'était qu'harmonie connaît à présent une vie de grattouillis, de tension, de migraine. Son corps infini le tourmente, et se dérègle. Les comètes, globules d’un système sclérosé, ne parviennent plus à évacuer tout les déchets vers les trous noirs, système digestifs, qui s'irritent et se bouchent. Les rayons des multiples soleil, nerfs de l’univers, se perdent dans les nappes de poussière et hurlent leur détresse. L'obscurité, adrénaline du vide, se répands et augmente encore la confusion.
Le temps, l'espace, l’épiderme, mille fois étirés, détirés, se fatigues.
Les traînées blanches sont les vergetures de l'univers.