Obscurité
Humidité.
Jehanne venait de se réveiller.
Lentement, elle se redressa .
Le faible rayon de lumière qui filtrait d’ordinaire par l’étroite lucarne avait disparut : il faisait donc nuit dehors.
A tâton, elle chercha la cruche, qu’elle savait près de la porte. Il n’y restait que quelques gorgées, d‘une eau qu’elle aurait vu verdâtre s’il avait été possible de voir quelque chose. Mais elle but avec soulagement. A coté, sa main rencontra un quignon de pain.
Mordant dedans, elle réprima une grimace de dégoût : hier sec comme du bois, le pain noir et insipide avait ramolli durant la nuit, et avait pris un goût de moisi auquel, bien que peu surprise, Jehanne ne parvenait pas à s’habituer.
Elle eu la surprise de trouver, en plus du pain, quelques bouts de légumes, à moitiés pourris. A y prêter tant d’attention, elle remarqua leur odeur infecte ; mais l’air lui-même portait des odeurs pires encore après sept jours passés dans cet espace clos, confiné, étouffant.
D’un mouvement las, elle se mit debout, et s’appuya contre le mur. Ses muscles soubresautaient, nerveusement. Après tant de temps sans bouger, la fatigue et le froid s’unissaient pour ravir son corps à sa volonté. Frottant ses mains gelées, elle parcourut la geôle, ou plutôt l’obscurité, du regard.
Le silence était oppressant.
Les premiers jours elle avait chanté : elle avait chanté jusqu'à ce que la fatigue et le désespoir brisent sa voix. Et lorsque le son de sa voix était devenu plus effrayant même que le silence, alors elle s’était tue. Maintenant, elle attendait.
Trois pas. Elle rejoignit le fond de la cellule. Sur les quelques brins de paille, elle s’assit, puis se roula en boule.
Elle fut réveillée le lendemain par une clef qui tournait dans la lourde serrure de la porte. Tremblante, pleine d’espoir et de peur, elle leva la tête, pour aussitôt la rabaisser. A genoux, elle tenta de retenir ses larmes d‘humiliation.
Colin… Sire Colin ! L’ami d’enfance, si différent à présent…La lumière, dégoûtant de la torche crépitante, soulignait la trop grande brillance des yeux de la jeune femme.
Un mot, une phrase.
Une fêlure ? Non. Colin avait refermer les portes de son passé longtemps avant.
Des gardes.
Sans précautions, ils l’avaient relevée. Relevée, emmenée… La lumière du jour était douleur. Douleur aussi les cris de la foule. Puis douleur du fouet, et le rire de Sire Colin aux grasses plaisanteries des gardes.
Une larme coula.
La nuit était tombée, tout était fini.
Les scène repassaient en boucle dans sa tête, et son regard se perdait dans l’obscurité. Le fouet, le pilori, les humiliations… Demain il faudrait faire face à nouveau, et rien n’aurait changé.
Depuis la mort de son père.. Depuis ce jour, tout avait changé. Et parfois, souvent, lorsque comme ce soir-là l’enfance remontait, Sire Colin aurait tout donné pour redevenir cet enfant qui courrait dans les cuisines avec son amie serve.
Commentaire sans titre
ou le début d'une histoire à suivre ?