Voilà une première nouvelle, que j'ai écrite au mois de décembre dernier...
Droit devant elle s'étendait le Pays Nu. Un endroit plat. Une région grande comme celle où elle avait vu le jour, mais une région ou rien ne vivait, où rien ne pouvait survivre. Il y avait très longtemps, alors qu'elle n'était qu'une enfant, Malya y avait apperçu comme une ombre, le temps d'un éclair; une énorme masse noire. Mais rien n'y était passé depuis des éternités.
L'odeure de l'ombre, derniere créature (vivante?) avoir passé là, sautait encore aux narines de Malya de façon extremement agaçante, génante.
Un frisson la parcourut, de terreur glacée mèlé d'éxitation.
La région où elle vivait, avec sa famille, était perdue, isolée, au bout du monde. Son père et sa mère avaient toujours vécu chichement: le sol était pauvre, on n'y trouvait que du lin.. du lin, à perte de vue.
Mais plus loin, derriere le Pays Nu, on racontait qu'il se trouvait un pays fantastique, un pays où la nourriture était abondante, et de qualitée. Là-bas, l'on n'y craignait pas les pluies destructrices, et les odeurs nauséabondes, ici tellement fréquentes, n'y étaient qu'un désagrément rare et passager.
Malya, en âge de fonder une famille, avait décidé de traverser, de traverser le Pays Nu, vers ce paradis.
Un pas.
Un deuxième.
Un troisième, puis elle se mit à courir.De toute la force de son corps, si petite au milieu de ce grand espace, elle courrait.Elle savait que le temps lui serait compté, que si elle s'arrêtait, l'odeur acide qui régnait ici lui ferait perdre connaissance avant qu'elle n'atteigne "l'autre coté".
La distance était longue.
Course contre la montre, contre la misère, course contre cet air qui lui brûlait les poumons.Course contre elle-même, contre la fatigue, grandissante, bientôt omniprésente. Course contre la douleur.
Le sol était élastique.
Au début, c'était agréable:rebondissants, ses pieds se posaient à peine sur le sol. La vitesse la grisait.
La fatigue venant, des articulations se tordaient, douloureuses, et les faux pas se multipliaient.
Le sol était clair.
Au début, c'était agréable: Elle voyait loin, plus loin que d'ordinaire. Sur cette grande étendue, ou rien ne faisait obstacle à son regard, elle avait l'impression de voir le bout du monde.
Le temps passant, ses yeux fatigués se fermaient d'éblouissement, et sa course, de moins en moins rapide, se faisait zig-zagante.
Alors qu'elle se savait a mi-chemin, les vapeures odorantes qui saturaient l'atmosphère lui brouillaient les idées, le regard. Elle croyait voir, dans le lointain,droit devant, des couleurs. Des couleurs, du jaune, du bleu, du rouge.Pour Malya, qui n'avait jamais connu les couleurs que par ternes paillettes, ce ne pouvait être qu'une illusion. Le gris disparraissait.
Cepandant cette vision ne s'éloignait pas tandis qu'elle avançait, et grandissait, grandissait jusqu'à former une muraille de couleurs, de plus en plus.. immense. Immense, c'était le mot. Malya n'avançait plus que par petits pas, fascinée, contemplant cet étalage, entassement de couleurs vives.
Jamais elle ne pourrait franchir cela.
Si le pays merveilleux était derrière , ou au sommet de ces montagnes colorées, il était innaccessible.
Pourtant, et malgré la douleur dans son corps, elle avançait toujours. Et bientot, progressivement, se dessina dans la paroi un escalier naturel qui semblait glisser le long de la muraille, raide ici, presque horizontal a d'autres endroits. L'espoir lui revenait.
Sa course reprit: ses yeux, déja brouillés, lui disaient que ses forces et sa résistance seraient tout juste suffisantes pour arriver, avant de perdre la raison.
Enfin, elle y était.
De blanc, le sol devint soudain rouge. D'un rouge intense.
D'élastique, le sol devenait plus doux, plus moelleux, plus végétal: elle n'avançait plus sur un sol nu.
Un pas.
Un deuxième.
Là-bas, elle appercevait du mouvement, elle percevait des voix. Amis où ennemis? Peu importait. ils étaient loin encore.
Malya, épuisée, asphixiée, s'éloignait par petits pas de la zone mortelle.
Le sentier avait beau faire des épingles à cheveux de plus en plus sérrées, la pente était rude. Mais il n'était pas temps de s'arrêter: un faux pas, et la chute serait longue, jusqu'au sol blanc qu'elle apercevait encore.
Depuis combien de temps était-elle partie?
Des rayons de soleil lui chatouillaient le regard, mais elle ne savait pas en lire l'horloge.
Elle avait besoin de se reposer, de manger surtout. Profitant d'un petit écart en bord du chemin, d'un replis de terrain plus large ici qu'ailleurs, elle s'assit avec soulagement: et glissant un regard autour d'elle, elle reconnut pour la première fois qu'elle était arrivée à destination.
Autour d'elle, à portée de main, la nourriture foisonnait. Partout où elle posait le regard, tout lui semblait commestible.Elle se mit a genoux, et, pleurant de bonheur, mordit a pleines dents dans le sol... Pur coton!
Elle ne le savait pas, mais il s'agissait d'un tee-schirt acheté la veille seulement, que je ne pourrais jamais mettre: affamée, elle y fit un trou immense au niveau de la poitrine, et tous les insecticides du monde n'avaient pu l'en empêcher.
Sympa !!
Félicitation, ça sort de l'ordinaire ;)
Cordialement.
Mat