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Janvier 2006 ___________________________________
Trois hommes nous parlent d’amourIls parlent peut-être moins que nous, mais ils en ont long à dire sur l’amour! Toute une vie n’y suffirait pas, affirment les plus enthousiastes. Parmi eux, trois hommes présentent aux lectrices de Femme plus leur vision du plus grand des sentiments. Par Debora PinheiroDans les temps anciens où les femmes étaient les souveraines du monde, le Soleil s’en est un jour indigné; en glissant ses rayons entre les jambes d’une vierge, il a engendré une fille dont la mission serait de ravir aux femmes les flûtes sacrées qui assuraient leur pouvoir pour les offrir aux hommes. Une fois en possession des flûtes sacrées, ils se sont mis à écarter les femmes de leurs rituels et à ne transmettre leurs secrets qu’aux garçons. C’est là que serait survenue la rupture de communication entre hommes et femmes, selon cette légende mexicaine publiée par l’écrivain Eduardo Galeano dans Memoria del fuego (Mémoire du feu). Cette coupure serait à l’origine du peu de loquacité des hommes quant aux choses de l’amour.
La science confirme, elle aussi, que les femmes parlent plus que les hommes: une étude de la British Medical Association démontre que, chaque jour, nous utilisons en moyenne de 6 000 à 8 000 mots — et plus de 2 000 sons vocaux —, tandis que nos hommes produisent entre 2 000 et 4 000 mots. Des examens de résonance magnétique ont permis de constater que, chez nous, la région du cerveau qui donne la parole est plus active que chez l’homme. Des spécialistes prétendent que les femmes parlent pour établir une relation et les hommes, pour communiquer des faits. Alors, que se passe-t-il quand on essaie de les faire parler d’amour? MOTS BRASSÉS
Stephan Gervais - 36 ans, marié, chercheur universitaireBientôt papa et marié depuis deux ans, Stephan se dit féministe, ce qui est pour lui une façon de mettre en pratique son amour des femmes. Pour lui, ceux qui catégorisent les femmes, même avec de bonnes intentions, font fausse route; c’est pourquoi il admet ignorer ce que les femmes attendent des hommes. «Les femmes ont longtemps subi l’effet des stéréotypes sexuels, autant socialement que dans les rapports amoureux. Les espérances de chacun sont davantage liées à des valeurs qu’à un rôle sexuel», lance-t-il. Dans sa vie sentimentale, il évite donc les rôles prédéterminés.
Féministe, certes, il ne renie pas pour autant son penchant pour le romantisme. Prêt à démentir le cliché selon lequel les films d’amour sont affaire de filles, Stephan est toujours partant pour une soirée cinéma arrosée de preuves d’amour, de scènes de tendresse explicite et d’élans de passion. «J’aime bien les films romantiques, admet-il. Ils nourrissent l’imaginaire et fournissent l’énergie nécessaire pour se donner à fond à la relation amoureuse.» Et comment montre-t-il ses sentiments? «En étant présent, complice et en restant à l’écoute de l’autre, répond-il sans hésiter. Je m’organise pour qu’on puisse profiter des fins de semaine ensemble, pour qu’on se promène; bref, on se garde du temps pour nous deux», raconte-t-il. Pour lui, le rire vient renforcer sa complicité avec sa compagne. «On rit de soi et de l’autre; l’humour sert aussi à alimenter la flamme et à briser une cadence qui risque de nous éloigner l’un de l’autre.» Stephan décrit l’amour comme une capacité de se donner, doublée d’un sentiment d’interdépendance. «Je ne peux pas me passer d’elle!», avoue-t-il, lorsqu’il est question de sa compagne de vie. MOTS INSPIRÉS Christian Brouillard - 47 ans, célibataire, enseignant au cégepPour Christian, la meilleure manière de s’exprimer en amour, c’est de s’enraciner dans le présent. «En se nourrissant de ses expériences passées — mais sans s’y accrocher —, et en restant ouvert sur le futur — sans le prédéterminer.» Christian nous explique avant d’aller plus loin qu’en ce moment, il se remet («si on peut dire», précise-t-il) d’une peine d’amour. Christian est un passionné et il ne le cache point. «Pour exprimer mon amour, j’écris de la poésie!» indique-t-il. Du même souffle, Christian affirme que la grande passion ne dure jamais plus de six mois, sauf exception! Le grand feu s’éteint à mesure qu’il a à composer avec le quotidien. Il croit toutefois qu’un couple qui dure n’est pas condamné à une vie routinière, morne et monotone.«L’amour, ça se construit à petits pas...» dit-il en résumé. Christian estime que nous devrions tous nous laisser des moments et des espaces «d’excès» qui permettent de redonner un sens à la relation. «Par excès, je n’entends pas des gestes délirants, mais une caresse, un poème, une bonne bouffe...» explique-t-il. Pour lui, l’amour est l’occasion de communiquer en toute confiance avec une personne, sur les plans sexuel, émotionnel, intellectuel, etc. Il observe, à titre de célibataire, que faire la cour est considéré aujourd’hui comme une attitude déplacée, et que les femmes ne semblent pas vouloir se laisser charmer. «On dirait que faire la cour est devenu sexiste: l’homme a le beau rôle devant "la faible créature"...» dit-il en formant avec les mains des guillemets dans les airs. «Dans notre société, on ne peut plus prendre son temps. Trop souvent, la séduction doit être immédiate, pour qu’on puisse consommer au plus vite et passer à autre chose... ou à quelqu’un d’autre!» déplore-t-il. MOTS À RÉINVENTER François Bachand - 62 ans, marié, opérateur dans une usine de produits chimiquesFrançois reconnaît qu’on n’a pas toujours envie de se bécoter. Il ajoute que, en 36 ans de mariage — «et de bonheur!», précise-t-il —, carburer au romantisme 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, aurait été un peu lourd... Pour lui, l’amour dans la vraie vie est à des années-lumière des rapports amoureux montrés dans les médias. «À l’aide d’un bon scénario, tout peut se résoudre en deux heures mais, dans la réalité, on doit apprendre à réaliser notre histoire d’amour au jour le jour, sans directives écrites d’avance, juste avec notre volonté et notre nature», explique-t-il.Volontiers terre à terre quand il s’agit de parler d’amour, François dévoile néanmoins sa sensibilité et son romantisme au détour de la conversation. Il y a tant de manières de dire «Je t’aime»! Ça peut être par exemple: «Ne te lève pas, je vais te chercher ton verre d’eau!» Des gestes anodins deviennent ainsi chargés de sens. «J’exprime mon amour à mon épouse par des attentions, des mots affectueux, mais avec le souci de ne pas devenir prévisible, de ne pas poser les mêmes gestes au même moment.» Toutefois, cela n’exclut pas les déclarations explicites: «Être ensemble depuis 36 ans ne nous empêche pas de nous dire que nous nous aimons!» Pour François, la séduction est aussi l’art de surprendre et de se laisser surprendre. «Les femmes sont un mystère extraordinaire, et une vie n’est pas suffisante pour bien connaître celle que j’aime. Il me faut donc l’aimer et continuer à la découvrir», déclare-t-il. Pour surprendre sa compagne, il cherche à ponctuer la routine de cadeaux inattendus, de repas en amoureux et de charmantes promenades. «Cependant, dans un sens plus profond, l’amour communique tout seul, nuance-t-il. En faisant preuve de compréhension, en restant sur ma faim dans des moments où elle a besoin de solitude, en acceptant le fait que nous ne sommes pas égaux et qu’on ne peut pas toujours être sur la même longueur d’onde, bref, en l’aimant inconditionnellement, j’exprime le sentiment qui m’habite et qui évolue au fil des ans, comme un arbre vivace», conclut François. Trois hommes célèbres qui ont écrit sur l’amour
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