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Pas de deux 1/12/2005

 
Parution
Décembre 2005
 
___________________________________
 
Pas de deux pour duo amoureux...
 

Et si la danse en couple retrouvait ses lettres de noblesse? Faisons une pirouette du côté des pistes où hommes et femmes sont de plus en plus nombreux à bouger harmonieusement!

 

Par Débora Pinheiro

 

 

 

 Laura et Paul: tango
 © Julien Faugère


 

Oui, nous sommes prêtes à nous laisser mener par eux — le temps d’une danse, bien sûr —, confirment de plus en plus de Québécoises qui adoptent la danse en couple. Claudine Audet, conseillère en politique culturelle, déplore que la tradition des danses en couple ait disparu pendant un bon moment au Québec. Enfant, elle voyait ses parents aller danser le samedi soir. «Avant de commencer à danser le tango, il y a cinq ans, j’enviais cette habitude de mes parents.» Dans les bras de Damjan Jocic, Claudine Audet a appris à s’épanouir sur une piste de danse. «Il y a peu de partenaires avec qui j’ai autant de plaisir à danser la milonga», affirme Damjan. Au fil des ans, une belle amitié est née entre eux et ils se sont apprivoisés par la danse. Ce qui n’empêche pas Damjan d’avoir d’autres partenaires — et de flirter avec elles, à l’occasion. «Voir un couple évoluer sur la piste m’inspire; dans la danse, je peux me dépayser comme pendant un voyage...»

Féminine et féministe


Pour l’artiste multidisciplinaire Mecha Gomez, une personne qui danse bien, avec ou sans technique, a forcément de la profondeur, une bonne dose d’intensité et une solide expérience de vie. «La danse est la démonstration du choix conscient de se donner à part entière. Ce n’est pas une mode, un geste caricaturé ou un soulier de tango qu’on met et qu’on enlève dès que la mélodie est terminée. La danse est une manière de célébrer la vie, d’être une femme entière, avec tout ce que ça implique.»

Pour une femme, danser avec un homme signifie-t-il «se laisser mener»? «Si nous partageons les responsabilités dans la vie, la danse en couple implique que l’un des deux doit guider l’autre, explique la chorégraphe. Dans la danse, ce rôle est dévolu à l’homme, ajoute cette artiste passionnée et audacieuse qui, dans ses spectacles, laisse volontiers la rectitude politique au vestiaire.

Adieu, féminisme? «Pas du tout! Dans les pas de deux, le respect de la femme est de mise et chaque mouvement est le fruit d’un consentement mutuel où l’abus n’a pas sa place», considère-t-elle. Mecha Gomez a consacré sa vie au tango. Depuis plusieurs décennies, elle dirige des couples de danseurs qui présentent des spectacles de tango et de danses folkloriques aux quatre coins des Amériques, y compris dans son Argentine natale. LA dame du tango affirme que danser en couple, c’est surtout une affaire de cœur. «Comme en amour, la danse nécessite un abandon total, ce que nous faisons plus facilement que les hommes... Et c’est tant mieux pour nous, estime-t-elle. Et qu’on ne vienne pas me parler de soumission!»

Lire entre les pas

 

 

 
 Leonora et Marcos: gafieira
© Pascale Lévesque
 
 
 
«L’association de la danse et de la séduction est inévitable, mais ce n’est pas seulement l’espoir de faire des rencontres amoureuses qui motive les gens à choisir la danse en couple», signale Claudine. Son ami Damjan fait d’ailleurs la différence entre sensualité et sexualité. Selon lui, la danse en duo est une chance d’établir un contact physique naturel et essentiel. «On a perdu ce contact, étant donné que notre mode de vie est axé sur la communication à distance, le discours oral, les télécopies et les courriels, bref, des supports impersonnels. Ces modes de communication stimulent notre côté cognitif mais accentuent l’isolement. Nous récupérons dans la danse une partie de notre humanité, car nous réapprenons à nous exprimer avec notre corps.»

Tout le monde s’accorde sur un point: la danse est une manière de se dévoiler, parfois malgré soi. «On peut saisir si son partenaire est un homme mou, impoli, violent... Sa personnalité se manifestera dans ses mouvements», affirme Leonora Luz, professeure de gafieira (un style associé aux racines noire de son Brésil multiculturel). Et qu’en est-il de ceux qui ne savent pas danser? «La technique, c’est du peaufinage. Un homme bien dans sa peau accueillera la danse comme un mouvement naturel, déclare-t-elle. À son avis, il y a de bonnes chances qu’un homme qui danse bien soit un bon partenaire sexuel. La danse peut se révéler une excellente façon de vérifier si notre partenaire nous rejoint affectivement et physiquement, sans qu’on se précipite au lit.

Selon Jacques, danseur chevronné, un homme qui exprime sa sensibilité avec des mots semblera toujours suspect aux yeux d’une femme. «C’est un poète ou un charmeur! Par contre, lorsqu’il danse, cette même sensibilité semblera authentique et plus facile à accepter, estime-t-il, car il est presque impossible de mentir avec son corps.» Et les hommes, que peuvent-ils apprendre de nous en nous faisant danser? «Votre parfum, la douceur de vos mains, votre aisance et surtout votre regard pendant la danse en disent long sur votre personnalité: séductrice, joyeuse... ou arrogante!» À son avis, les femmes sont plus douées que leurs partenaires pour saisir les nuances du langage corporel. «Pour un homme, c’est totalement différent, souligne-t-il. L’apprentissage est plus ardu, comme si nous devions réapprendre à marcher. Mais quand la machine est lancée, nous pouvons surprendre!»

Chacun a une manière unique de s’exprimer dans la danse, soutient Mecha Gomez. Pour cette dame qui dirige des artistes sur scène depuis des décennies, la vie et la danse sont intrinsèquement liées. Elle a d’ailleurs vécu un grand amour avec un partenaire de tango. La scène s’est passée au Chili, plus précisément dans les coulisses du luxueux théâtre Bim Bam Bum, rue Huérfanos. «Je m’apprêtais à monter sur scène, mais je me suis aperçue que j’avais oublié quelque chose dans la loge. J’ai ouvert une porte et je l’ai vu en train d’embrasser une fille sur la bouche. Même si ça m’a brisé le cœur, j’ai continué à danser avec lui comme si de rien n’était. Je crevais de jalousie et de ressentiment, mais j’aimais tellement danser que, pendant nos répétitions et nos spectacles, j’oubliais tout.»
 

Entre l’amour et l’amitié

 

 

 Marzena et Gregory: danses latines

 

© Julien Faugère

 

Outre leur métier de professeures de danse, Marzena, Leonora et Laura ont en commun le fait de vivre la fusion de l’amour et du travail. Ces trois danseuses professionnelles partagent avec l’homme de leur vie intimité, travail et passion pour leur art. Gregory, Marcos et Paul sont à la fois leurs amoureux respectifs et leurs partenaires de danse officiels.

«Il faut d’abord éprouver pour l’autre une amitié indéfectible, estime Marzena, qui a épousé il y a presque 20 ans son premier amoureux (et partenaire de danse) avant de quitter la Pologne pour le Québec. Nous comptons l’un sur l’autre et c’est à la base de tout ce que nous entreprenons», assure cette professeure de danses latines, diplômée de l’UQAM.

Comme dans l’amour, la danse est un savant dosage d’abandon de soi et de résistance. «Si on se donne passivement, on devient un poids trop lourd pour le partenaire. Dans une certaine mesure, il faut savoir résister, afin de s’adapter aux tournures les plus imprévues», conseille Leonora Luz. Pour elle, le tonus s’impose, non seulement dans la danse mais aussi dans la vie.

C’est grâce à la gafieira que Leonora a rencontré son mari et partenaire, Marcos, avec qui elle enseigne aussi la danse brésilienne. Le couple s’est formé dans un bal du midi, refuge secret des professionnels de Rio de Janeiro qui s’échappent du bureau, à l’heure du dîner, pour danser la gafieira. «Certains allongent la pause en prétextant une visite chez le dentiste. C’est pourquoi dans la plupart des documentaires sur le bal du midi, les habitués refusent de s’identifier, pour ne pas indisposer leur patron», raconte-t-elle.
Il faut être deux...
«Trouver son axe est fondamental pour interagir avec son partenaire», remarque Laura Steinmander, danseuse et professeure de tango. Elle fait tandem avec Paul, partageant sa passion des rythmes argentins et le désir de bâtir une vie commune. Pour elle, le plaisir que procure la danse équivaut à celui de l’orgasme! De plus, le fait d’être tout le temps en face de l’homme — comme c’est le cas dans le tango — amène à être à l’écoute du partenaire et de son corps. «C’est à nous d’apprendre à nous centrer, avant même de commencer à danser avec lui», dit-elle. Cette formule s’applique-t-elle aussi bien aux relations de couple? «Certainement! Le fait de laisser l’homme conduire ne nous enlève pas la responsabilité de gérer notre poids, de nous tenir alignée sur notre axe et de répondre à ses mouvements. L’homme guide pour entamer un dialogue, pour que la femme réagisse et soit mise en valeur; la femme ne doit pas se laisser pousser. Si nous faisons preuve d’astuce, nous pourrons créer, introduire des figures entre ses mouvements à lui», indique-t-elle.

Conseils de pro


Contracter nos abdominaux et transférer notre poids vers l’avant nous aidera à nous mouvoir avec plus de grâce et de vitesse, au besoin.

«Cela n’a rien à voir avec la corpulence!» souligne Laura Steinmander, observant que des maigrichonnes peuvent devenir très lourdes pour leur partenaire, alors que des potelées bougeront avec légèreté si elles apprennent à bien distribuer leur poids.

«La différence entre ceux qui demeurent trop axés sur la technique et ceux qui apprennent à danser avec sensualité est évidente, remarque Mecha Gomez. L’une des danseuses les plus sensibles que j’ai côtoyées dans mon dernier spectacle est d’origine égyptienne. Elle se donne avec sincérité et elle s’intéresse vraiment à la culture argentine. Ça paraît dans la beauté de ses mouvements», note la chorégraphe.

Leonora nous exhorte à résister. «Trop relax, on aura l’air d’une automate. Si on est assez alerte pour comprendre l’action de l’autre, on répondra à son appel avec plus de prestance.» Elle affirme ne pas rester passive devant les gestes de son partenaire... dans la danse comme dans la vie conjugale!

«Ne craignons pas l’inconnu!» affirment les danseurs à l’unisson. Certes, c’est plus facile quand on connait les pas par cœur, mais, quand tout devient prévisible, le besoin d’interaction est moins fort et, par conséquent, la magie s’estompe.

Encourageons notre partenaire à danser pour le plaisir, sans accorder d’importance à la performance. Lorsqu’on commence à se justifier et à annoncer ses prochains pas, la spontanéité disparaît...

Pour en savoir plus sur les pas et l’histoire de la danse en couple

  • Danses latines: Le désir des continents, Elisabeth Dorier-Apprill, Éditions Autrement, 2001, 368 p.
  • Danser en société: Bals et danses d’hier et d’aujourd’hui, Henri Joannis-Deberne, Éditions C. Bonneton, 1999, 224 p., 40,90 $

Pour naviguer dans quelques styles

 

 

http://femmeplus.canoe.com/ellelui/article1/2005/11/18/1312888-fp.html

 

 

 
 
(Posté dans elle et lui)
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