Portraits

Elles sont passionnées!
Elles mènent une vie passionnante et sont des sources d’inspiration pour quiconque refuse de s’abandonner à l’apathie ou au cynisme.
Rencontres avec des femmes d’exception tout feu tout flamme.
Par Débora Pinhero et Solange Beaulieu
|
© Charles Bilodeau et Nathalie Mongeau
|
Claudine Roy
La passion de sa région
Pour la Gaspésie, Claudine Roy déplacerait des montagnes. Voici le portrait d’une femme qui fait beaucoup pour une région qui en a bien besoin.
«Découragement? Pour le moment, cet état m’est inconnu», déclare Claudine Roy qui, à 50 ans, s’occupe de ses projets avec le même enthousiasme qu’il y a 20 ans, lorsqu’elle a commencé à mettre en valeur sa Gaspésie natale. Fondatrice de la Grande Traversée de la Gaspésie, un événement mobilisant plus de 300 skieurs et bénévoles par année, elle est aussi l’âme du bistro-bar le Brise-Bise. Son établissement est devenu un incontournable rendez-vous culturel. Avec son enthousiasme contagieux, Claudine est aujourd’hui une référence en matière d’engagement. L’an dernier, la Grande Traversée de la Gaspésie a reçu un prix de l’Association touristique du Québec. En 2005, le ministère des Affaires municipales et des Régions du Québec a rendu hommage à Claudine Roy pour son implication sociale et sa contribution à l’amélioration de la qualité de vie de ses concitoyens. À l’origine de ses réalisations: une passion inextinguible.
Gaspésienne de cœur
|
© Charles Bilodeau et Nathalie Mongeau
|
Cet amour passionné pour sa terre natale lui a été transmis par des parents et des grands-parents fiers d’être Gaspésiens. Tout a commencé à Pointe- à-la-Frégate, où le grand-père de Claudine, un pêcheur de morue qui ne savait ni lire ni écrire, lui enseignait que la mer allonge le regard, élargit l’œil et agrandit l’intérieur. «Il me disait: “Prends ce qui est grand et navigue avec ça!”»
Dans la jeune vingtaine, Claudine décide de s’éloigner de son foyer pour étudier l’éducation physique à Québec. «Alors que d’autres jeunes Gaspésiens avaient honte d’être originaires de ce coin apparemment pauvre et oublié, je me suis toujours sentie fière de cette région qui m’a vue grandir», se rappelle-t-elle. Baccalauréat en main, elle est revenue au bercail et a participé à des campagnes nationales centrées sur l’activité physique. Celles-ci ont peu à peu pris de l’ampleur.
Du guts!
Claudine reconnaît, sans fausse modestie, qu’elle possède une énergie énorme, plus considérable que la moyenne des gens. «Je me lève habituellement vers 3 h 30, 4 h du matin. C’est que le temps passe vite!» Pour elle, la passion est galvanisante: «Elle m’habite, elle me fait plaisir, elle me fait avancer. Je suis fougueuse! Elle me permet de me retrouver, non pas de me perdre. Même si je suis passionnée, je cherche l’équilibre. J’ai un milieu de vie exceptionnel avec des espaces immenses, je fais de l’activité physique et j’ai un fils merveilleux; c’est le plus beau cadeau de ma vie.»
Nadia Bini
La passion de l’environnement
Sociologue et ébéniste, Nadia Bini concentre son énergie sur la création d’habitations écologiques. Une passion… renouvelable!
Les propos réfléchis et les gestes posés de Nadia Bini cachent une âme incandescente. L’énergie de la jeune femme semble être sans limite, et sa passion pour l’environnement s’inscrit dans une réalité concrète. Pensons tout simplement à sa participation à l’émission Les citadins du rebut global, dans laquelle une équipe a pour mission de rénover de fond en comble un immeuble en misant sur des solutions écologiques. «J’ai toujours été passionnée par les questions touchant à l’environnement; cela fait partie à la fois de ma nature et de mon choix de vie en tant que citoyenne. C’est un besoin irrépressible qui me donne de l’énergie», affirme cette spécialiste de l’éco-construction et de l’installation de systèmes d’énergie renouvelable.
Une passion pragmatique
À 31 ans, Nadia pense que son intérêt pour l’environnement ne fait que croître, même si son discours n’est plus enflammé comme à l’adolescence, une époque où elle était plus émotive et plus romantique.
Au début de la trentaine, elle a une vision du monde réaliste qui tient compte des enjeux de son époque. «Je suis devenue très pragmatique», confie-t-elle. Comment peut-on être à la fois passionnée et terre à terre?
À son avis, la motivation doit être émotive mais, pour que la passion dure, elle doit être vécue avec un esprit pratique. Nadia constate que, de nos jours, les gens ne sont pas encouragés à travailler avec passion. Elle note que beaucoup d’enjeux se réduisent à la notion du pratique. «L’économie est à la base de tout et, dans le monde dans lequel on vit, pour que ce soit viable, il faut que ce soit pratique et surtout économiquement rentable», résume-t-elle.
Communauté d’esprit
Nadia aime travailler avec discipline, en s’appuyant sur des convictions et en comptant sur un réseau solide. Le fait de fréquenter des gens qui ont les mêmes préoccupations qu’elle est une question de survie émotionnelle. «Par moments, je me trouve un peu à l’écart. Parfois, on ne voit pas à quoi ça sert de se battre pour une cause, mais il faut croire à ce qu’on fait et partager nos valeurs avec des gens qui nous comprennent.» Aux autres, Nadia croit pouvoir quand même transmettre son intérêt pour les solutions écologiques, en agissant concrètement. «Prôner, ce n’est pas très efficace...», conclut celle qui prêche plutôt par l’exemple.
Lise Coupal
La passion des enfants
Lise Coupal enseigne depuis 18 ans aux petits du primaire avec la même ferveur et s’émerveille encore de chacun de leurs progrès. Cette enseignante de vocation pourrait s’afficher comme un modèle dans la profession, mais elle préfère parler de son amour des enfants.
Lise Coupal est professeure dans Parc-Extension, un quartier populaire multiethnique de Montréal. Ses élèves viennent des quatre coins du monde, ce qui donne à sa classe des allures de Nations Unies en miniature! Chaque année, elle accueille une vingtaine d’élèves en première année. Sa mission: apprendre à lire, à écrire et à compter à ces enfants d’immigrants qui, à la maison, parlent le penjabi, l’espagnol, l’arabe ou le chinois. «Certains arrivent ici en ne sachant que quelques lettres de l’alphabet, mais à la fin de l’année ils savent lire et écrire; c’est magique! C’est ma plus grande récompense.»
Le regard allumé et la voix enthousiaste, l’enseignante enchaîne sur ce qui lui fait tant aimer la compagnie des enfants: leur ouverture d’esprit et leur absence de préjugés. «Entre eux, il n’y a pas de discrimination. À cet âge, ils sont complètement ouverts. La couleur de la peau? Aucune importance pour eux. Je me demande à quel âge ça commence à changer...», lance-t-elle.
Des séparations difficiles
Les séparations de fin d’année sont à la mesure de l’ardeur que Lise met dans son enseignement: intenses! Mais l’expérience lui a appris un sain détachement. Et puis, chaque rentrée est comme un recommencement. «Chaque groupe est différent, c’est étonnant. Quand je commence l’année, je ne sais vraiment pas ce qui m’attend.» Ce qui la fascine le plus dans ses classes, c’est la capacité d’adaptation des enfants. Certains sont au Québec depuis quelques semaines et progressent à pas de géant. «Ils partent de très loin et réussissent à s’en sortir. Plusieurs d’entre eux sont promis à un brillant avenir. Leur persévérance, leur curiosité et leur intelligence les mèneront loin. Et pourtant, ils ne parlaient même pas français au début de l’année. Ils m’épatent.»
La passion à portée de main
La passion de Lise Coupal se vit au quotidien, par de toutes petites victoires. Un enfant qui peut dessiner un sapin de Noël, sans jamais en avoir vu un vrai. Une fillette qui sort de son mutisme pour révéler, à six ans, d’étonnantes capacités de leader! Un petit élève à l’élocution difficile, mais mû par tant de volonté et de persévérance qu’il finit par surmonter les obstacles. La passion peut se nourrir de petites choses. «J’ai voulu devenir enseignante très tôt. Je savais que c’était ma place. Et si je n’avais pas l’amour des enfants, je ne ferais pas ce métier», affirme celle qui, à la retraite, rêve de s’engager bénévolement auprès d’enfants malades.
Lise Coupal a participé au film de Sylvie Groulx, La classe de madame Lise, qui a remporté le prix Jutra du Meilleur documentaire, en mars dernier.
Nathalie St-Germain
La passion de la solidarité
Nathalie St-Germain a choisi de donner aux femmes la possibilité de se sentir belles, et elle le fait avec amour et détermination. Elle s’engage activement auprès de celles qui, souvent, n’ont pas le luxe de s’offrir une mise en beauté.
Pourquoi cette coiffeuse de 40 ans ne se contente-t-elle pas de s’occuper de son salon de coiffure situé Plateau Mont-Royal, à Montréal, et de jouir des fruits de son travail, après plus de 20 ans d’expérience? «Je suis particulièrement sensible aux choses les plus tristes de la vie», explique-t-elle lorsqu’on lui parle de son engagement auprès de La rue des femmes, un organisme de soutien aux femmes en difficulté. En plus de coiffer gratuitement ces dernières, Nathalie utilise l’infrastructure de son salon pour organiser, tout au long de l’année, une campagne de financement pour l’organisme. «Je garde toujours une boîte sur mon comptoir et je sollicite des clients qui ont des entreprises», dit-elle.
Le mot d’ordre: compassion
Dans son quotidien, Nathalie redonne tout son sens au mot «compassion», en conjuguant son amour de la coiffure et son amour du prochain. Le tout, sous le signe de la passion, bien sûr. «La passion est inépuisable; c’est ce qui nous aide à vivre. En me donnant entièrement, je me ressource, je deviens plus forte», explique-t-elle.
L’une de ses plus grandes satisfactions est de constater que, même chez les femmes qui ont une vie difficile, la passion peut revenir. Et à sa façon, Nathalie leur transmet un peu de sa détermination par des gestes simples, qui les inspirent. «Je crois que bien des femmes en difficulté qui s’assoient sur ma chaise de coiffeuse redécouvrent la passion grâce à l’encadrement que La rue des femmes leur donne», estime Nathalie.
Une histoire de solidarité
Chez les St-Germain, la solidarité, la compassion et le cœur au ventre font partie de l’histoire familiale. «J’ai eu de bons exemples dans ma famille. Ma mère, qui a aujourd’hui 68 ans, a toujours été très dévouée. Elle a élevé ses huit enfants toute seule», explique-t-elle. Aujourd’hui, ce sont les petites choses de la vie qui aident Nathalie à garder la flamme. «Je m’accroche aux joies les plus anodines, ainsi qu’à ce que j’ai de plus précieux dans ma vie: mon fils, mon travail, ma vie sociale», dit-elle.
Des passionnées qui nous inspirent
- Site Web du restaurant Brise-Bise: www.brisebise.ca
- Site Web de la Grande Traversée de la Gaspésie: www.brisebise.ca/tdlg
- Site Web de l’émission Les citadins du rebut global: www.citadins.tv
- Le documentaire La classe de madame Lise, de Sylvie Groulx, sera présenté sous peu à Radio-Canada et à Télé-Québec.
- Pour faire un don à La rue des femmes, au Salon Horizon: 912, rue Marie-Anne Est, Montréal, H2J 2B3
|
|