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Qui porte les culottes?11/05/2006

Couple, qui porte les culottes?

Dans certaines sociétés, les hommes arborent les cheveux longs, alors que les femmes se rasent la tête. Dans d’autres, elles portent le pantalon, et les hommes, la jupe. Chez certains couples, les rôles sexuels démentent les clichés qui entourent la répartition du pouvoir. Et chez nous, qui détient l’autorité?

Par Débora Pinheiro


 

Chez les Toda, en Océanie, c’est aux hommes qu’il incombe de s’occuper des tâches domestiques. Chez eux, certains rôles sexuels sont contraires aux nôtres, et les rapports de domination sont inexistants. Ici, il semble qu’on s’inspire plus souvent qu’on ne le pense de la dynamique politique dans nos rapports amoureux.

En effectuant les entrevues dont vous pouvez lire ici le compte rendu, Femme plus a découvert que l’organisation dans un couple requiert un sain équilibre entre amour généreux et influence mutuelle. Au-delà du «politiquement correct», trois couples nous confient de quelle manière ils partagent le pouvoir.

 

Du monde diplomatique


Ângela et Hermes
Ângela et Hermes Peixoto, mariés depuis 12 ans, vivent un amour qu’on peut qualifier de diplomatique, même s’ils conviennent que c’est souvent monsieur qui porte les culottes. «Puisque, dans notre société, l’aspect financier détermine la plupart des enjeux, j’ai un pouvoir de décision un tantinet plus grand que celui de mon épouse», admet Hermes, un ingénieur en informatique de 36 ans. Celui-ci assume donc le rôle de ministre des finances au sein de la famille, qui comprend un garçon de huit ans et une fille de neuf ans. Ce n’est toutefois pas uniquement dans l’administration du portefeuille familial qu’Hermes s’affirme davantage: c’est lui qui a fait les premiers pas avec sa femme, qui était une amie il y a une vingtaine d’années.

Ce fait n’empêche pas Ângela de contester parfois la politique financière de son mari. «L’an dernier, nous avons dû négocier en famille l’achat d’un jeu vidéo dont les enfants raffolaient», se rappelle l’avocate de 39 ans. Alors que les enfants exerçaient leur lobby pour obtenir le modèle dernier cri, Ângela a insisté pour l’achat d’un jouet moins cher. «Devant son plaidoyer, je me suis trouvé dans une situation moins avantageuse», dit en souriant Hermes. Après une discussion familiale, lui et les enfants ont accepté le point de vue d’Ângela: il valait mieux attendre un an ou deux avant de se procurer un jeu vidéo plus puissant, compte tenu du prix du jouet, de la situation financière de la famille et de l’âge des enfants.

Mais il est un domaine où l’avocate n’obtient pas toujours gain de cause avec Hermes, et c’est celui de l’alimentation. Alors qu’elle se soucie de préparer des repas équilibrés, son mari cède souvent aux caprices des enfants, qui réclament de la malbouffe. «Ça me fâche, mais je n’en fais pas tout un plat!», dit-elle avec un clin d’œil. Sa stratégie est de rester zen et de tenter de convaincre son mari avec de bons arguments. Dans leur code de déontologie amoureuse, le plus fort est celui qui parvient à convaincre l’autre que, pour le bien de tous, il vaut mieux faire tel choix plutôt que tel autre. «Toutes nos décisions sont le fruit de notre capacité à dialoguer, que nous soyons plus ou moins d’accord ou que nos opinions soient aux antipodes l’une de l’autre», résume-t-elle.

Politiquement amoureux


Vincent et Stéphanie
Si l’un de vos amis vous demandait qui porte les culottes dans votre couple, que répondriez-vous? «Que ce n’est pas de ses affaires!», rétorque sans hésitation Vincent Lacroix, un charpentier-menuisier de 22 ans qui a quitté Québec pour rejoindre son amoureuse à Montréal. Quant à sa compagne, Stéphanie Walsh, 24 ans, coordonnatrice des ressources humaines dans une usine, la réponse vient aussi tout naturellement: «Je semble faire preuve de plus de leadership que mon conjoint. J’ai une personnalité plutôt extravertie, et lui est plutôt introverti. Il est plus doux que moi et plus ouvert à mes suggestions que je peux l’être aux siennes. Mais attention, nuance-t-elle, car l’amour exige un renoncement au pouvoir. Quand on aime quelqu’un, on devient vulnérable; on s’abandonne et on permet à l’autre de nous influencer. Bref, on accorde un pouvoir important à la personne qu’on aime.»

Lorsqu’il est question de pouvoir, le couple est d’accord sur un point: le sens de la justice finit par l’emporter. «On ne pourrait pas fonctionner dans un partage injuste, c’est pourquoi on cherche toujours à se mettre à la place de l’autre. Cette démarche nous amène à faire la synthèse de deux opinions, de deux manières de faire différentes, voire de deux positions antagonistes», explique Stéphanie. Vincent ajoute que la meilleure manière de gérer le pouvoir est de privilégier un esprit de collaboration. «Si on fait attention l’un à l’autre, si on évite de se blesser mutuellement, on échappe à des comportements destructeurs qui mèneraient à une compétition mesquine», estime-t-il.

Grâce à cette dynamique amoureuse, le couple parvient à trouver un bon équilibre dans sa vie domestique, du portefeuille jusqu’à la cuisine en passant par les moments d’intimité. Si l’argent est fraternellement partagé, c’est Stéphanie qui gère les relations sociales du couple: elle s’occupe des sorties et des rencontres avec les amis et la famille. En contrepartie, elle accepte que son conjoint décide du menu, qu’il s’occupe du transport (la voiture est à lui) et qu’il s’exprime librement lorsqu’il a envie de lui faire la cour. Vincent raconte qu’il aime louer des films qui leur plaisent à tous les deux, faire couler un bain pour Stéphanie ou mettre le paquet en l’invitant en croisière. Vincent a gardé le contact avec Stéphanie lorsqu’elle a décidé de s’installer dans une autre ville et il n’a pas tardé à l’y rejoindre. Ils se connaissaient alors depuis deux mois. On croit volontiers la jeune femme quand elle dit que son amoureux est plus romantique qu’elle. Et ce n’est pas tout: «Depuis que nous habitons ensemble, il trouve toujours une manière de me surprendre, de me faire plaisir, d’apporter de petites joies dans notre vie routinière», remarque-t-elle. Comment s’y prend-il? Stéphanie rougit. Cette fois, ce n’est manifestement pas de nos affaires...

Les culottes, ça se partage


Marcia et Roberto
Chez Márcia Ribeiro, 30 ans, et Roberto Nieto, 35 ans, qui travaillent tous deux au sein du même organisme d’appui aux immigrants, personne ne porte les culottes: le pouvoir est circonstanciel et n’est jamais tenu pour acquis. La place que chacun prend dans le couple résulte d’un commun accord entre les besoins et les talents naturels de l’un et de l’autre. Au lieu de commenter les expressions «leadership» et «délégation de pouvoirs», ils préfèrent parler de prise d’initiative. «Soit dit en passant, lorsqu’il est question de séduction, je suis souvent celle qui prend l’initiative!», dit Márcia avec un sourire taquin. Pour transformer une vieille amitié en une relation amoureuse, c’est elle qui a fait les premiers pas. Elle a invité son compagnon à prendre une bière après l’enregistrement d’une émission pour une radio communautaire où tous deux collaboraient bénévolement.

«Pour faire le ménage aussi, c’est souvent moi qui prend l’initiative», précise-t-elle. «Et je fais ma part!», tient à ajouter Roberto. C’est elle également qui gère le portefeuille familial: «Je n’oublie jamais les dates d’échéance des factures!» Dans la cuisine, en revanche, c’est souvent lui qui prend les décisions, admet le couple sans hésiter. «Il est beaucoup plus doué que moi pour la cuisine. Et quand je fais de la popote, il aime intervenir, ce que j’accepte volontiers. C’est aussi lui qui s’occupe de l’auto, ce qui ne m’intéresse pas du tout», confesse cette Québécoise d’origine portugaise.
Né au Québec, Roberto est le fruit de l’union d’une Allemande et d’un Colombien qui ont élevé, à Montréal, un garçon multiculturel, féministe et foncièrement progressiste. Pour lui, le port des culottes dans la vie d’un couple relève plus des valeurs personnelles que de la culture nationale. «Je partage avec ma compagne un idéal qui se reflète dans le partage des tâches de notre vie quotidienne. Nous avons une vision progressiste de la société, et notre manière de fonctionner vise une cohérence avec ces valeurs, qui privilégient l’ouverture d’esprit, la justice et des relations équitables», explique-t-il.

Que font-ils lorsqu’il faut trancher? «On trouve toujours un compromis, ne serait-ce que grâce à un coup de chance!», lance Márcia. Elle se souvient d’un spectacle auquel elle tenait absolument à assister avec son bien-aimé. Le problème, c’était le prix du billet, qui ne cadrait pas du tout avec le budget du couple. Márcia avait un billet gratuit, mais il fallait débourser une petite fortune pour acheter le second. «Habituellement prêt à me faire plaisir, Roberto a décliné mon invitation, pour des raisons financières. J’ai eu beau insister et lui proposer de payer son billet avec mon argent, il estimait que ce n’était pas juste, et que nous n’avions pas les moyens d’aller à ce concert.» La solution résidait dans un juste milieu entre le désir de l’un et le souci de l’autre: Roberto a accepté d’attendre devant la billetterie avec Márcia, qui espérait se voir offrir une place gratuite à la dernière minute, dans le cas où quelqu’un ne se serait pas présenté. «On l’a eue!», se rappelle-t-elle. Elle ajoute qu’on peut réaliser une foule de rêves avec de la bonne volonté et de la patience.
 

 

Parution Avril 2006

 
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Faut-il vraiment qu'on porte les culottes?25/05/2006
Je me suis demandé, en premier lieu, le pourquoi du titre. Faut-il que dans le couple l'homme (autrefois) ou la femme porte les culottes? L'idée même de «porter les culottes» n'est-elle pas un peu dépassée?

En ce qui a trait au premier couple interviwé, Ângela et Hermes Peixoto, on dirait que les choses se compliquent du fait qu'il y a les enfants. Leur témoignage ne me semble pas satisfaisant. Ce dont ils parlent reste, en quelque sorte, en dehors des rapports homme/femme dans le quotidien d'un couple. Bien sûr que les enfants sont importants et que leur présence change la donne. Néanmoins il ne faudrait pas qu'ils servent de paravent...

Quant à Vincent Lacroix et Stéphanie Walsh, voilà qu'ils me semblent tout à fait intéressants. Les mots «justice» et «collaboration» (de si mauvais souvenir,celui-là) m'ont accrochée! Voilà un couple intéressant sur la bonne voie du respect mutuel...

Márcia Ribeiro et Roberto Nieto montrent beaucoup de jugement quand ils (je crois que c'est lui qui le dit) évoquent la nécessité de respecter les «besoins et talents naturels de l'un et l'autre.» Voilà un couple tout à fait moderne (dans le sens d'actuel) qui semble privilégier le compromis, un mot, hélàs, bien galvaudé...

Et voilà, ma chère Débora! Ai-je été trop longue?

Bien à toi

Maria.
Posted by Maria

Qui porte les culottes26/07/2006
Quand cessera-t-on de n'envisager les relations homme-femme comme une compétition dont la seule issue soit la domination de l'un sur l'autre ? Si cela doit-être la référence, à quoi bon vivre en couple ?
Faudrait-il en conclure que, finalement, seule la relation homo-sexuelle est équilibrée ?
cela me semble être un raccourci un peu trop simpliste et dérisoire.

De plus, sachant que chaque couple est une histoire et un potentiel différent, vouloir établir les bases d'un "contrat social" en devient d'autant plus stupide.
Dans chaque cas il convient d'examiner honnêtement et sereinement les enjeux

un couple où l'un travail et l'autre pas ne peut se régir sur les mêmes bases qu'un où les deux ont une activité.
y a-t-il ou non des enfants, quel(s) âge(s) ?
où réside-t-on et quels sont les "potentiels" du site ?
quelle activité pratique-t-on, quels sont les implications, lieux, coûts, débouchés commerciaux et évolution personnelle, ouvertures et contacts, etc ..?
le couple est-il d'origine du pays (voir de la région), est-il multi-ethnique, quel degré d'intégration,
niveau social et économique des partenaires
communauté de projets et de finalité (au-delà de la vie partagée)
jusqu'à quel point de concession chacun est-il prêt à s'engager, tant l'un par rapport à l'autre qu'en fonction de l'environnement
et tant d'autres facteurs que vouloir établir les bases d'un "contrat social" en devient d'autant plus stupide.

Les éléments d'une base commune sont, me semble-t-il, la volonté d'une réalisation commune autant que personnelle, dans le respect de l'autre :

PARTAGE et COMPLICITE

Peut-être suis-je trop vieux jeu ?
Posted by dromo

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