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Avior 16 ans à Salvador de Bahia17/07/2007


Village global

Mai 2007

Avoir 16 ans… à Salvador de Bahia

Taiana Silva habite à Salvador de Bahia, l’une des villes brésiliennes les plus influencées par la culture africaine. Dans cette cité de plus de trois millions d’habitants, située au bord d’une baie (d’où le nom Bahia), l’adolescente nous fait découvrir son pays.


Par Debora Pinheiro

Taiana SilvaTaiana, présente-nous ton pays.
C’est un pays énorme où il y a des paysages à couper le souffle et un peuple de battants! Au Brésil, il y a une grande diversité de cultures, de physiques, voire de climats. Ici à Bahia, par exemple, on voit beaucoup de Noirs, et il fait chaud. Dans le sud du pays, c’est tout autre chose: on rencontre beaucoup plus de blonds aux yeux pâles, et il neige parfois. Malgré ces différences, nous nous sentons tous Brésiliens et nous avons en commun une grande joie de vivre, le goût de la fête et une bonne dose de détermination.

Quels mets typiques préfères-tu?
Je craque pour la lasagne, mais je ne peux pas me passer de la nourriture typique de Bahia, préparée avec l’huile de dendê. Cette huile de palme rouge orangé est utilisée pour faire cuire l’acarajé, un beignet à base de haricots blancs. On mange ces beignes accompagnés de crevettes, d’une sauce à base de yucca et de poisson, et d’un peu de légumes et de piment. On peut prendre une cocada (une galette faite de noix de coco et de sucre) en guise de dessert. C’est délicieux!

Décris-nous ton quotidien.
Je vais à l’école le matin; ensuite, je consacre mon temps libre au candomblé, une religion afro-brésilienne (voir l’encadré). En ce moment, je suis en période d’initiation; c’est pourquoi je porte des vêtements blancs. Je dois aussi participer à une série de rituels pendant trois mois.

Ton école est-elle mixte?
Oui, comme la plupart des écoles brésiliennes. L’amitié entre les filles et les garçons n’est pas taboue chez nous.

As-tu beaucoup d’amis?
J’ai de bonnes amies dans mon voisinage — le fait que je n’ai que des filles comme amies est un pur hasard!

As-tu un amoureux?
Non! À vrai dire, ça me fait un peu peur. J’avoue que je suis un peu timide avec les garçons. Mais le fait d’être amoureux inspire plus les gens, apparemment...

Généralement, les filles brésiliennes rêvent-elles de se marier, de faire carrière, d’avoir des enfants?
Certaines accordent plus d’importance au travail, d’autres ne veulent que plaire aux garçons, et il y en a qui réussissent à trouver un bon équilibre entre leur vie amoureuse et leur vie professionnelle. Une chose est sûre: au Brésil, quand on est jeune, on assume des responsabilités. À 16 ans, on peut participer à l’élection du président!

Et toi, de quoi rêves-tu?
Je ne rêve pas nécessairement de me marier, mais je veux mener une carrière, vivre dans une maison et avoir des enfants.

Travailles-tu?
Non, mais je compte obtenir un diplôme en radiologie et travailler dans ce domaine d’ici cinq ans. À quelle heure dois-tu être à la maison?
Il faut toujours que je m’arrange pour y être avant 22 h. Mais pendant mon initiation au candomblé, je dois toujours rentrer avant 18 h.

Quelles sont tes activités préférées?
J’adore aller à la plage et cuisiner. J’aime beaucoup aussi me promener dans le vieux Salvador de Bahia. À Pelourinho, il y a toujours des fêtes, des concerts et des événements culturels. De plus, on y trouve de très beaux monuments chargés d’histoire.

Si tu recevais une amie d’un autre pays, quels sont les endroits où tu l’amènerais?
Je commencerais par l’Édifice Lacerda. C’est un ascenseur immense qui peut accueillir jusqu’à 128 personnes. Il relie la ville haute et la ville basse. On prend l’ascenseur Lacerda pour aller dans le vieux Salvador de Bahia, la ville basse, devant le Mercado Modelo. Dans ce marché, il y a des souvenirs et de beaux produits artisanaux. Mais il évoque une époque triste: ce lieu était, à l’origine, un immense poste de douane, où arrivaient les esclaves arrachés à leur Afrique natale. On a fait de ses caves un lieu commémoratif pour qu’on n’oublie pas, en faisant les magasins, ce qui a eu lieu avant que l’esclavage soit interdit au Brésil.

Est-il vrai que Bahia est le berceau de la capoeira?
Oui, car cette région était le principal point d’arrivée de nos ancêtres africains. C’est un autre héritage de l’esclavage.

La capoeira est-elle un art martial ou une danse?
Les deux! C’est un art martial; certains coups sont potentiellement mortels. On peut pratiquer la capoeira ou en faire une démonstration. Il y a souvent des présentations de capoeira dans les rues de Pelourinho. C’est très joyeux et très rythmé, car les démonstrations de cet art martial se font sur des airs joués par des instruments de musique typiquement brésiliens.

Joues-tu d’un instrument de musique?
Oui, je joue du tam-tam. J’en ai un qui est énorme!

Et quel genre de musique aimes-tu écouter?
Absolument tous les genres! Outre certains compositeurs de ma région, j’aime bien la chanteuse Beyoncé.

Connais-tu le Canada?
J’avoue que je sais très peu de choses au sujet du Canada, mais j’ai l’impression que les filles canadiennes ont un mode de vie très semblable à celui des Américaines. J’espère avoir l’occasion d’en savoir plus sur ce pays!

Qu’est-ce qui te préoccupe le plus en ce moment?
Nous ne nous donnons pas de bonnes conditions pour bien vivre. Je vois beaucoup de filles de mon âge qui ont une grossesse non désirée et qui consomment des drogues. J’ai souvent l’impression que les gens s’abandonnent au désespoir. Alors, le chômage et la famine ne font qu’augmenter, et les préjugés persistent.

Penses-tu que les gens te regardent de travers à cause de ta religion?
On a beau me qualifier de sorcière, ça ne m’affecte pas! À vrai dire, ça me fait plutôt rigoler, car je sais que ma religion ne m’empêche pas de respecter les autres, de faire ce que j’ai à faire et de m’amuser librement.


POUR EN SAVOIR DAVANTAGE

Le candomblé
Selon le candomblé, il existe une âme propre à la nature. Chaque dieu est associé à un élément naturel — la mer, les rivières, la forêt, le feu, l’éclair… S’inspirant de multiples croyances africaines, le candomblé a été introduit au Brésil par des esclaves issus de la traite des Noirs, qui a eu lieu de 1549 à 1888.

Salvador de Bahia en résumé
Troisième ville du Brésil (2 673 560 habitants, selon le recensement effectué en 2005), Salvador de Bahia abrite le plus grand nombre de descendants africains dans le monde. Capitale de l’État de Bahia, elle a également été la première capitale du Brésil. Aujourd’hui, Salvador de Bahia joue un rôle fondamental dans l’économie brésilienne, car elle est à la fois un port, un centre industriel et une ville touristique. De plus, elle possède de nombreuses universités et une base navale. Enfin, Salvador de Bahia figure dans le Livre Guinness des records, car elle détient le titre de la ville ayant le plus grand carnaval de rues du monde.

SAVAIS-TU? 3,3 millions d’habitants dans la grande Salvador de Bahia
Monnaie: le réal (R)
Langues parlées: le portugais est la langue officielle; l’anglais et l’espagnol sont enseignés dans les écoles. Seule une infime minorité de la population parle le français.
Meilleures périodes pour visiter: de septembre à mai. Salvador de Bahia reçoit souvent des pluies très fortes et intermittentes en juin, en juillet et en août.
Renseignements: fr.wikipedia.org/wiki/Salvador

Population:

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Quatre femmes et leur flamme 3/07/2006

 
Portraits

Elles sont passionnées!

Elles mènent une vie passionnante et sont des sources d’inspiration pour quiconque refuse de s’abandonner à l’apathie ou au cynisme.
Rencontres avec des femmes d’exception tout feu tout flamme.
Par Débora Pinhero et Solange Beaulieu
 
 
© Charles Bilodeau et Nathalie Mongeau

Claudine Roy

La passion de sa région


Pour la Gaspésie, Claudine Roy déplacerait des montagnes. Voici le portrait d’une femme qui fait beaucoup pour une région qui en a bien besoin.

«Découragement? Pour le moment, cet état m’est inconnu», déclare Claudine Roy qui, à 50 ans, s’occupe de ses projets avec le même enthousiasme qu’il y a 20 ans, lorsqu’elle a commencé à mettre en valeur sa Gaspésie natale. Fondatrice de la Grande Traversée de la Gaspésie, un événement mobilisant plus de 300 skieurs et bénévoles par année, elle est aussi l’âme du bistro-bar le Brise-Bise. Son établissement est devenu un incontournable rendez-vous culturel. Avec son enthousiasme contagieux, Claudine est aujourd’hui une référence en matière d’engagement. L’an dernier, la Grande Traversée de la Gaspésie a reçu un prix de l’Association touristique du Québec. En 2005, le ministère des Affaires municipales et des Régions du Québec a rendu hommage à Claudine Roy pour son implication sociale et sa contribution à l’amélioration de la qualité de vie de ses concitoyens. À l’origine de ses réalisations: une passion inextinguible.


Gaspésienne de cœur


© Charles Bilodeau et Nathalie Mongeau
Cet amour passionné pour sa terre natale lui a été transmis par des parents et des grands-parents fiers d’être Gaspésiens. Tout a commencé à Pointe- à-la-Frégate, où le grand-père de Claudine, un pêcheur de morue qui ne savait ni lire ni écrire, lui enseignait que la mer allonge le regard, élargit l’œil et agrandit l’intérieur. «Il me disait: “Prends ce qui est grand et navigue avec ça!”»

Dans la jeune vingtaine, Claudine décide de s’éloigner de son foyer pour étudier l’éducation physique à Québec. «Alors que d’autres jeunes Gaspésiens avaient honte d’être originaires de ce coin apparemment pauvre et oublié, je me suis toujours sentie fière de cette région qui m’a vue grandir», se rappelle-t-elle. Baccalauréat en main, elle est revenue au bercail et a participé à des campagnes nationales centrées sur l’activité physique. Celles-ci ont peu à peu pris de l’ampleur.


Du guts!


Claudine reconnaît, sans fausse modestie, qu’elle possède une énergie énorme, plus considérable que la moyenne des gens. «Je me lève habituellement vers 3 h 30, 4 h du matin. C’est que le temps passe vite!» Pour elle, la passion est galvanisante: «Elle m’habite, elle me fait plaisir, elle me fait avancer. Je suis fougueuse! Elle me permet de me retrouver, non pas de me perdre. Même si je suis passionnée, je cherche l’équilibre. J’ai un milieu de vie exceptionnel avec des espaces immenses, je fais de l’activité physique et j’ai un fils merveilleux; c’est le plus beau cadeau de ma vie.»
 
 
© Pascale Manon Lévesque

Nadia Bini

La passion de l’environnement


Sociologue et ébéniste, Nadia Bini concentre son énergie sur la création d’habitations écologiques. Une passion… renouvelable!

Les propos réfléchis et les gestes posés de Nadia Bini cachent une âme incandescente. L’énergie de la jeune femme semble être sans limite, et sa passion pour l’environnement s’inscrit dans une réalité concrète. Pensons tout simplement à sa participation à l’émission Les citadins du rebut global, dans laquelle une équipe a pour mission de rénover de fond en comble un immeuble en misant sur des solutions écologiques. «J’ai toujours été passionnée par les questions touchant à l’environnement; cela fait partie à la fois de ma nature et de mon choix de vie en tant que citoyenne. C’est un besoin irrépressible qui me donne de l’énergie», affirme cette spécialiste de l’éco-construction et de l’installation de systèmes d’énergie renouvelable.


© Pascale Manon Lévesque

Une passion pragmatique


À 31 ans, Nadia pense que son intérêt pour l’environnement ne fait que croître, même si son discours n’est plus enflammé comme à l’adolescence, une époque où elle était plus émotive et plus romantique.

Au début de la trentaine, elle a une vision du monde réaliste qui tient compte des enjeux de son époque. «Je suis devenue très pragmatique», confie-t-elle. Comment peut-on être à la fois passionnée et terre à terre?

À son avis, la motivation doit être émotive mais, pour que la passion dure, elle doit être vécue avec un esprit pratique. Nadia constate que, de nos jours, les gens ne sont pas encouragés à travailler avec passion. Elle note que beaucoup d’enjeux se réduisent à la notion du pratique. «L’économie est à la base de tout et, dans le monde dans lequel on vit, pour que ce soit viable, il faut que ce soit pratique et surtout économiquement rentable», résume-t-elle.
 

Communauté d’esprit

Nadia aime travailler avec discipline, en s’appuyant sur des convictions et en comptant sur un réseau solide. Le fait de fréquenter des gens qui ont les mêmes préoccupations qu’elle est une question de survie émotionnelle. «Par moments, je me trouve un peu à l’écart. Parfois, on ne voit pas à quoi ça sert de se battre pour une cause, mais il faut croire à ce qu’on fait et partager nos valeurs avec des gens qui nous comprennent.» Aux autres, Nadia croit pouvoir quand même transmettre son intérêt pour les solutions écologiques, en agissant concrètement. «Prôner, ce n’est pas très efficace...», conclut celle qui prêche plutôt par l’exemple.

 
© Michel La veaux

Lise Coupal

La passion des enfants


 
Lise Coupal enseigne depuis 18 ans aux petits du primaire avec la même ferveur et s’émerveille encore de chacun de leurs progrès. Cette enseignante de vocation pourrait s’afficher comme un modèle dans la profession, mais elle préfère parler de son amour des enfants.

Lise Coupal est professeure dans Parc-Extension, un quartier populaire multiethnique de Montréal. Ses élèves viennent des quatre coins du monde, ce qui donne à sa classe des allures de Nations Unies en miniature! Chaque année, elle accueille une vingtaine d’élèves en première année. Sa mission: apprendre à lire, à écrire et à compter à ces enfants d’immigrants qui, à la maison, parlent le penjabi, l’espagnol, l’arabe ou le chinois. «Certains arrivent ici en ne sachant que quelques lettres de l’alphabet, mais à la fin de l’année ils savent lire et écrire; c’est magique! C’est ma plus grande récompense.»

Le regard allumé et la voix enthousiaste, l’enseignante enchaîne sur ce qui lui fait tant aimer la compagnie des enfants: leur ouverture d’esprit et leur absence de préjugés. «Entre eux, il n’y a pas de discrimination. À cet âge, ils sont complètement ouverts. La couleur de la peau? Aucune importance pour eux. Je me demande à quel âge ça commence à changer...», lance-t-elle.

© Michel La veaux

Des séparations difficiles


Les séparations de fin d’année sont à la mesure de l’ardeur que Lise met dans son enseignement: intenses! Mais l’expérience lui a appris un sain détachement. Et puis, chaque rentrée est comme un recommencement. «Chaque groupe est différent, c’est étonnant. Quand je commence l’année, je ne sais vraiment pas ce qui m’attend.» Ce qui la fascine le plus dans ses classes, c’est la capacité d’adaptation des enfants. Certains sont au Québec depuis quelques semaines et progressent à pas de géant. «Ils partent de très loin et réussissent à s’en sortir. Plusieurs d’entre eux sont promis à un brillant avenir. Leur persévérance, leur curiosité et leur intelligence les mèneront loin. Et pourtant, ils ne parlaient même pas français au début de l’année. Ils m’épatent.»
 

 

La passion à portée de main


La passion de Lise Coupal se vit au quotidien, par de toutes petites victoires. Un enfant qui peut dessiner un sapin de Noël, sans jamais en avoir vu un vrai. Une fillette qui sort de son mutisme pour révéler, à six ans, d’étonnantes capacités de leader! Un petit élève à l’élocution difficile, mais mû par tant de volonté et de persévérance qu’il finit par surmonter les obstacles. La passion peut se nourrir de petites choses. «J’ai voulu devenir enseignante très tôt. Je savais que c’était ma place. Et si je n’avais pas l’amour des enfants, je ne ferais pas ce métier», affirme celle qui, à la retraite, rêve de s’engager bénévolement auprès d’enfants malades.

Lise Coupal a participé au film de Sylvie Groulx, La classe de madame Lise, qui a remporté le prix Jutra du Meilleur documentaire, en mars dernier.
 
 

 
© Jean Langevin

Nathalie St-Germain

La passion de la solidarité


Nathalie St-Germain a choisi de donner aux femmes la possibilité de se sentir belles, et elle le fait avec amour et détermination. Elle s’engage activement auprès de celles qui, souvent, n’ont pas le luxe de s’offrir une mise en beauté.

Pourquoi cette coiffeuse de 40 ans ne se contente-t-elle pas de s’occuper de son salon de coiffure situé Plateau Mont-Royal, à Montréal, et de jouir des fruits de son travail, après plus de 20 ans d’expérience? «Je suis particulièrement sensible aux choses les plus tristes de la vie», explique-t-elle lorsqu’on lui parle de son engagement auprès de La rue des femmes, un organisme de soutien aux femmes en difficulté. En plus de coiffer gratuitement ces dernières, Nathalie utilise l’infrastructure de son salon pour organiser, tout au long de l’année, une campagne de financement pour l’organisme. «Je garde toujours une boîte sur mon comptoir et je sollicite des clients qui ont des entreprises», dit-elle.


© Jean Langevin

Le mot d’ordre: compassion


Dans son quotidien, Nathalie redonne tout son sens au mot «compassion», en conjuguant son amour de la coiffure et son amour du prochain. Le tout, sous le signe de la passion, bien sûr. «La passion est inépuisable; c’est ce qui nous aide à vivre. En me donnant entièrement, je me ressource, je deviens plus forte», explique-t-elle.

L’une de ses plus grandes satisfactions est de constater que, même chez les femmes qui ont une vie difficile, la passion peut revenir. Et à sa façon, Nathalie leur transmet un peu de sa détermination par des gestes simples, qui les inspirent. «Je crois que bien des femmes en difficulté qui s’assoient sur ma chaise de coiffeuse redécouvrent la passion grâce à l’encadrement que La rue des femmes leur donne», estime Nathalie.


Une histoire de solidarité


Chez les St-Germain, la solidarité, la compassion et le cœur au ventre font partie de l’histoire familiale. «J’ai eu de bons exemples dans ma famille. Ma mère, qui a aujourd’hui 68 ans, a toujours été très dévouée. Elle a élevé ses huit enfants toute seule», explique-t-elle. Aujourd’hui, ce sont les petites choses de la vie qui aident Nathalie à garder la flamme. «Je m’accroche aux joies les plus anodines, ainsi qu’à ce que j’ai de plus précieux dans ma vie: mon fils, mon travail, ma vie sociale», dit-elle.


Des passionnées qui nous inspirent


  • Site Web du restaurant Brise-Bise: www.brisebise.ca
  • Site Web de la Grande Traversée de la Gaspésie: www.brisebise.ca/tdlg
  • Site Web de l’émission Les citadins du rebut global: www.citadins.tv
  • Le documentaire La classe de madame Lise, de Sylvie Groulx, sera présenté sous peu à Radio-Canada et à Télé-Québec.
  • Pour faire un don à La rue des femmes, au Salon Horizon: 912, rue Marie-Anne Est, Montréal, H2J 2B3


 
Parution
Juin 2006

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7/06/2006

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Qui porte les culottes?11/05/2006

Couple, qui porte les culottes?

Dans certaines sociétés, les hommes arborent les cheveux longs, alors que les femmes se rasent la tête. Dans d’autres, elles portent le pantalon, et les hommes, la jupe. Chez certains couples, les rôles sexuels démentent les clichés qui entourent la répartition du pouvoir. Et chez nous, qui détient l’autorité?

Par Débora Pinheiro


 

Chez les Toda, en Océanie, c’est aux hommes qu’il incombe de s’occuper des tâches domestiques. Chez eux, certains rôles sexuels sont contraires aux nôtres, et les rapports de domination sont inexistants. Ici, il semble qu’on s’inspire plus souvent qu’on ne le pense de la dynamique politique dans nos rapports amoureux.

En effectuant les entrevues dont vous pouvez lire ici le compte rendu, Femme plus a découvert que l’organisation dans un couple requiert un sain équilibre entre amour généreux et influence mutuelle. Au-delà du «politiquement correct», trois couples nous confient de quelle manière ils partagent le pouvoir.

 

Du monde diplomatique


Ângela et Hermes
Ângela et Hermes Peixoto, mariés depuis 12 ans, vivent un amour qu’on peut qualifier de diplomatique, même s’ils conviennent que c’est souvent monsieur qui porte les culottes. «Puisque, dans notre société, l’aspect financier détermine la plupart des enjeux, j’ai un pouvoir de décision un tantinet plus grand que celui de mon épouse», admet Hermes, un ingénieur en informatique de 36 ans. Celui-ci assume donc le rôle de ministre des finances au sein de la famille, qui comprend un garçon de huit ans et une fille de neuf ans. Ce n’est toutefois pas uniquement dans l’administration du portefeuille familial qu’Hermes s’affirme davantage: c’est lui qui a fait les premiers pas avec sa femme, qui était une amie il y a une vingtaine d’années.

Ce fait n’empêche pas Ângela de contester parfois la politique financière de son mari. «L’an dernier, nous avons dû négocier en famille l’achat d’un jeu vidéo dont les enfants raffolaient», se rappelle l’avocate de 39 ans. Alors que les enfants exerçaient leur lobby pour obtenir le modèle dernier cri, Ângela a insisté pour l’achat d’un jouet moins cher. «Devant son plaidoyer, je me suis trouvé dans une situation moins avantageuse», dit en souriant Hermes. Après une discussion familiale, lui et les enfants ont accepté le point de vue d’Ângela: il valait mieux attendre un an ou deux avant de se procurer un jeu vidéo plus puissant, compte tenu du prix du jouet, de la situation financière de la famille et de l’âge des enfants.

Mais il est un domaine où l’avocate n’obtient pas toujours gain de cause avec Hermes, et c’est celui de l’alimentation. Alors qu’elle se soucie de préparer des repas équilibrés, son mari cède souvent aux caprices des enfants, qui réclament de la malbouffe. «Ça me fâche, mais je n’en fais pas tout un plat!», dit-elle avec un clin d’œil. Sa stratégie est de rester zen et de tenter de convaincre son mari avec de bons arguments. Dans leur code de déontologie amoureuse, le plus fort est celui qui parvient à convaincre l’autre que, pour le bien de tous, il vaut mieux faire tel choix plutôt que tel autre. «Toutes nos décisions sont le fruit de notre capacité à dialoguer, que nous soyons plus ou moins d’accord ou que nos opinions soient aux antipodes l’une de l’autre», résume-t-elle.

Politiquement amoureux


Vincent et Stéphanie
Si l’un de vos amis vous demandait qui porte les culottes dans votre couple, que répondriez-vous? «Que ce n’est pas de ses affaires!», rétorque sans hésitation Vincent Lacroix, un charpentier-menuisier de 22 ans qui a quitté Québec pour rejoindre son amoureuse à Montréal. Quant à sa compagne, Stéphanie Walsh, 24 ans, coordonnatrice des ressources humaines dans une usine, la réponse vient aussi tout naturellement: «Je semble faire preuve de plus de leadership que mon conjoint. J’ai une personnalité plutôt extravertie, et lui est plutôt introverti. Il est plus doux que moi et plus ouvert à mes suggestions que je peux l’être aux siennes. Mais attention, nuance-t-elle, car l’amour exige un renoncement au pouvoir. Quand on aime quelqu’un, on devient vulnérable; on s’abandonne et on permet à l’autre de nous influencer. Bref, on accorde un pouvoir important à la personne qu’on aime.»

Lorsqu’il est question de pouvoir, le couple est d’accord sur un point: le sens de la justice finit par l’emporter. «On ne pourrait pas fonctionner dans un partage injuste, c’est pourquoi on cherche toujours à se mettre à la place de l’autre. Cette démarche nous amène à faire la synthèse de deux opinions, de deux manières de faire différentes, voire de deux positions antagonistes», explique Stéphanie. Vincent ajoute que la meilleure manière de gérer le pouvoir est de privilégier un esprit de collaboration. «Si on fait attention l’un à l’autre, si on évite de se blesser mutuellement, on échappe à des comportements destructeurs qui mèneraient à une compétition mesquine», estime-t-il.

Grâce à cette dynamique amoureuse, le couple parvient à trouver un bon équilibre dans sa vie domestique, du portefeuille jusqu’à la cuisine en passant par les moments d’intimité. Si l’argent est fraternellement partagé, c’est Stéphanie qui gère les relations sociales du couple: elle s’occupe des sorties et des rencontres avec les amis et la famille. En contrepartie, elle accepte que son conjoint décide du menu, qu’il s’occupe du transport (la voiture est à lui) et qu’il s’exprime librement lorsqu’il a envie de lui faire la cour. Vincent raconte qu’il aime louer des films qui leur plaisent à tous les deux, faire couler un bain pour Stéphanie ou mettre le paquet en l’invitant en croisière. Vincent a gardé le contact avec Stéphanie lorsqu’elle a décidé de s’installer dans une autre ville et il n’a pas tardé à l’y rejoindre. Ils se connaissaient alors depuis deux mois. On croit volontiers la jeune femme quand elle dit que son amoureux est plus romantique qu’elle. Et ce n’est pas tout: «Depuis que nous habitons ensemble, il trouve toujours une manière de me surprendre, de me faire plaisir, d’apporter de petites joies dans notre vie routinière», remarque-t-elle. Comment s’y prend-il? Stéphanie rougit. Cette fois, ce n’est manifestement pas de nos affaires...

Les culottes, ça se partage


Marcia et Roberto
Chez Márcia Ribeiro, 30 ans, et Roberto Nieto, 35 ans, qui travaillent tous deux au sein du même organisme d’appui aux immigrants, personne ne porte les culottes: le pouvoir est circonstanciel et n’est jamais tenu pour acquis. La place que chacun prend dans le couple résulte d’un commun accord entre les besoins et les talents naturels de l’un et de l’autre. Au lieu de commenter les expressions «leadership» et «délégation de pouvoirs», ils préfèrent parler de prise d’initiative. «Soit dit en passant, lorsqu’il est question de séduction, je suis souvent celle qui prend l’initiative!», dit Márcia avec un sourire taquin. Pour transformer une vieille amitié en une relation amoureuse, c’est elle qui a fait les premiers pas. Elle a invité son compagnon à prendre une bière après l’enregistrement d’une émission pour une radio communautaire où tous deux collaboraient bénévolement.

«Pour faire le ménage aussi, c’est souvent moi qui prend l’initiative», précise-t-elle. «Et je fais ma part!», tient à ajouter Roberto. C’est elle également qui gère le portefeuille familial: «Je n’oublie jamais les dates d’échéance des factures!» Dans la cuisine, en revanche, c’est souvent lui qui prend les décisions, admet le couple sans hésiter. «Il est beaucoup plus doué que moi pour la cuisine. Et quand je fais de la popote, il aime intervenir, ce que j’accepte volontiers. C’est aussi lui qui s’occupe de l’auto, ce qui ne m’intéresse pas du tout», confesse cette Québécoise d’origine portugaise.
Né au Québec, Roberto est le fruit de l’union d’une Allemande et d’un Colombien qui ont élevé, à Montréal, un garçon multiculturel, féministe et foncièrement progressiste. Pour lui, le port des culottes dans la vie d’un couple relève plus des valeurs personnelles que de la culture nationale. «Je partage avec ma compagne un idéal qui se reflète dans le partage des tâches de notre vie quotidienne. Nous avons une vision progressiste de la société, et notre manière de fonctionner vise une cohérence avec ces valeurs, qui privilégient l’ouverture d’esprit, la justice et des relations équitables», explique-t-il.

Que font-ils lorsqu’il faut trancher? «On trouve toujours un compromis, ne serait-ce que grâce à un coup de chance!», lance Márcia. Elle se souvient d’un spectacle auquel elle tenait absolument à assister avec son bien-aimé. Le problème, c’était le prix du billet, qui ne cadrait pas du tout avec le budget du couple. Márcia avait un billet gratuit, mais il fallait débourser une petite fortune pour acheter le second. «Habituellement prêt à me faire plaisir, Roberto a décliné mon invitation, pour des raisons financières. J’ai eu beau insister et lui proposer de payer son billet avec mon argent, il estimait que ce n’était pas juste, et que nous n’avions pas les moyens d’aller à ce concert.» La solution résidait dans un juste milieu entre le désir de l’un et le souci de l’autre: Roberto a accepté d’attendre devant la billetterie avec Márcia, qui espérait se voir offrir une place gratuite à la dernière minute, dans le cas où quelqu’un ne se serait pas présenté. «On l’a eue!», se rappelle-t-elle. Elle ajoute qu’on peut réaliser une foule de rêves avec de la bonne volonté et de la patience.
 

 

Parution Avril 2006

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L’amour sous contrôle et la pauvreté à la portée de tous11/02/2006

 

Lorsqu’ils contestent, dans ses Manuscrits de 1844, une perception linéaire de l’histoire, peinte par l’idéologie capitaliste comme une évolution inévitable, Marx et Engels mentionnent que même dans l’amour nous sommes loin d’avoir fait des progrès par rapport aux sociétés tribales dites primitives. Dans la société capitaliste, disent-ils, l’argent est la fraternisation des impossibilités : « celui qui peut acheter le courage est courageux, même s'il est lâche »… S’ils parlaient d’un temps où les personnes ne pourraient échanger que l'amour contre l'amour, la confiance contre la confiance et ainsi de suite, ce temps est encore à des années-lumière du monde globalisé. Dans Amour Liquide, le sociologue Zygmunt Bauman actualise cette discussion en dressant un portrait minutieux de nos pratiques sociales et affectives en temps de mondialisation.

 

En gros plan, on parcourt le scénario d’une société contrôlante qui, aussi par l’entremise des avancées technologiques, vend l’individualisme à tout prix comme une solution d’échange à la liberté ; en zoom, l’amour liquide, le désir solide et la consommation dans tous ses états. Bauman évoque les reality shows, les chats, des nouvelles zones de contact et de réseautage, voire les manières les plus conventionnelles et anodines de se rencontrer et de tisser des relations. Il expose de plus près les nouvelles facettes de ces amis, amoureux, collègues et camarades qui nous sommes devenus : déconnectés, désengagés, détachés et, pourtant, très souffrants, aux prises avec l’insécurité affective où chacun navigue à la dérive.

 

Amour Liquide met en contexte la monétarisation qui aide à démanteler les habilités sociales et affectives dans le monde globalisé. C’est ainsi qu’autrui devient, dans la meilleure des hypothèses, un partenaire dans l’acte solitaire de consommer ou, encore pire, un objet dont la valeur se mesure par le plaisir qu’il apporte. « Dans ce processus, les valeurs intrinsèques des autres en tant qu’êtres humains sont en train de disparaître », remarque Bauman. Lors du triomphe du marché de consommation, la solidarité humaine est la première baisse, note-t-il. C’est ainsi que s’autoconstruisent des « communautés d’occasion » : autour des événements, des idoles, des paniques et des modes – et non pas autour de l’affinité, de l’engagement et de l’intimité. Avec élégance, simplicité et un brin d’humour, Bauman propose un essai à la fois sympathique et troublant, pour qu’on repense les liens entre les enjeux politiques de notre époque et les rapports de pouvoir notre vie intime. Le livre s’avère une charmante occasion de remise en question.

 

> L’Amour Liquide, Zygmunt  Bauman, Rodez, Le Rouerge-Chambon, 2004, 189 p.

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teses de doutorado : cinema e ferro (e ferro no cinema)29/01/2006

:: memória da ação da censura sobre o cinema brasileiro

 

ótimo, esse site que revela como a ditadura censurou cineastas brasileiros. ali, temos acesso gratuito e irrestrito aos processos de censura, incluindo pareceres dos censores, em edição facsimilar:

www.memoriacinebr.com.br

leonor souza pinto, autora da tese de doutorado “memória da ação da censura sobre o cinema brasileiro”, defendida na universidade de toulouse, disponibiliza online 6 mil documentos sobre 175 filmes brasileiros, parte do acervo sobre a censura que, desde os anos 1990, está no arquivo nacional, em brasília.

 

:: a mineração brasileira de ferro e a reestruturação do setor siderúrgico

 

e falando em tese de doutorado, encontrei a do meu pai, o geólogo joão césar de freitas pinheiro. publicada em 2000, ela continua bastante atual, explicando-nos, quando fala da mineração brasileira de ferro em tempos cada vez mais globalizados, alguns desafios do brasil diante das regras de "livre mercado", que afetam seriamente a maneira como utilizamos nossos recursos minerais. 
http://libdigi.unicamp.br/universia/document/?code=vtls000206274
e, antes que ele comece a falar de minério e economia, a gente encontra um verso de um poeta turco do século treze, um tal de yunus emre, que pelos idos de 1241 dizia : "the world is my true ration. its people are my nation". quem dera o mundo se globalizasse assim.

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Votre santé leur tient à coeur28/01/2006

Selection du Reader's Digest Canada

 

Votre santé leur tient à coeur
Le plus difficile, pour l'équipe d'ÉPIC, c'est de convaincre leurs patients qu'ils risquent très gros

 

PAR DÉBORA PINHEIRO


Ça jette un froid!

A l'ÉPIC, on se spécialise dans la recherche sur l'impact des facteurs environnementaux sur la santé cardiaque. Le Dr Martin Juneau, par exemple, dirige une étude sur les effets du vent froid sur l'angine, cette douleur de la poitrine dont souffrent les patients cardiaques. «Nous avons constaté, dit-il, que 30 pour 100 d'entre eux ressentent une douleur plus intense lorsqu'ils sont exposés à un vent supérieur à 25 km/h et à des températures égales ou inférieures à -8º.»

Pourquoi? On cherche encore... Mais, si vous êtes cardiaque, un conseil: couvrez-vous.

Le temps est idéal pour déménager en ce 1er juillet 1995, et Luc Desbiens* s'active depuis 7 heures du matin. La journée serait presque parfaite s'il ne se sentait pas si épuisé. Chaque boîte qu'il soulève le met au supplice. Dans la nuit, la douleur qui lui écrase la poitrine est si forte qu'il finit par appeler une ambulance. A l'Institut de cardiologie de Montréal (ICM), Luc apprend qu'il vient de subir un infarctus. Mal irriguée, une partie de son coeur est morte ce jour-là.

 

L'ingénieur de 49 ans n'est qu'à moitié surpris: il sait depuis six mois que ses chances d'être victime d'un accident cardiaque sont élevées. «Il faut absolument cesser de fumer et faire baisser votre taux de cholestérol», l'a averti son médecin. Luc se rend compte que sa santé se détériore, mais tarde à suivre ces recommandations. «Avant ce premier avertissement, j'étais déjà essoufflé au moindre effort», admet-il. Quand il se sent très mal, il se contente d'avaler quelques comprimés de nitroglycérine.

Quelques jours après son premier infarctus, Luc Desbiens subit un quadruple pontage. Il obtient ainsi une deuxième chance... et une sérieuse mise en garde: s'il n'adopte pas une nouvelle hygiène de vie, il peut s'attendre au pire.

 

Comme à tout patient de l'ICM victime d'un accident cardiaque, on lui propose un suivi gratuit de 16 semaines au Centre ÉPIC, la clinique de prévention de l'Institut. Trop compliqué pour Luc, qui habite Le Gardeur. Seule concession: il arrête de fumer et promet de bouger un peu.

 

Mais, dès qu'il se sent un peu mieux, il renoue avec ses vieux démons: tabac, malbouffe et vie sédentaire. «En plus, avoue-t-il, je faisais de l'embonpoint, je travaillais de 50 à 60 heures par semaine, et j'oubliais souvent de prendre mes médicaments.» Les conséquences ne tardent pas à se faire sentir: son taux de cholestérol remonte en flèche, ses artères sont saturées, et un deuxième infarctus le ramène aux urgences de l'Institut de cardiologie le 10 octobre 2005.

 

Suicidaire, Luc Desbiens? Pas plus que la majorité d'entre nous, assure Danielle Groleau. Cette anthropologue médicale, qui a suivi pendant plusieurs mois 51 patients ayant fait un infarctus, a découvert que la moitié environ d'entre eux ne changeaient pas leurs comportements - six candidats sont d'ailleurs morts avant le début de sa recherche*.

 

«Les gens se disent des trucs du genre: Pourquoi arrêterais-je de fumer si ma mère est morte d'un infarctus alors qu'elle ne fumait même pas? observe-t-elle. On se met à raisonner par association d'idées au lieu de penser à la cause et à l'effet du problème.» D'une manière générale, ajoute la chercheuse, les malades comprennent bien les mécanismes de l'infarctus, mais ils ont de la difficulté à faire le lien avec leur propre état de santé. «Ils privilégient l'émotion au détriment de l'information. S'ils font un infarctus, c'est parce qu'ils sont trop stressés ou trop fatigués. Pas parce que leur taux de cholestérol est alarmant ou leur poids au-dessus de la normale.»

Autrement dit, nous savons tous que le tabac, la malbouffe, la sédentarité, c'est mauvais... pour les autres!

 

Et, de toute façon, le puissant appareil hospitalier est là pour réparer les pots cassés en cas de pépin. Mauvais calcul, avertissent les spécialistes! Aussi fabuleux soient-ils, les progrès de la médecine et de la pharmacologie sont impuissants à sauver la première victime d'un accident cardiaque: la qualité de vie. «J'ai déjà perdu certaines capacités physiques, se désolait Luc Desbiens après son second accident. Et j'y pense tous les jours.»

 

Le dr paul david, fondateur de l'Institut de cardiologie de Montréal, a déjà compris tout cela quand il jette, en 1968, les bases de ce qui deviendra le Centre ÉPIC (pour Etude, Pilote, Institut, Cardiologie). A une époque où les vertus d'une saine alimentation et de l'exercice physique restaient à découvrir, le Dr David a pressenti que seule une meilleure hygiène de vie pouvait faire une différence. Presque 40 ans plus tard, l'ÉPIC est reconnu pour être le plus grand centre de prévention au Canada. Dix médecins, tous rattachés à l'Institut de cardiologie de Montréal, ainsi que deux diététistes, cinq infirmières et 20 kinésiologues (entraîneurs) s'occupent des 4300 membres que compte cette clinique un peu particulière.

 

Situé tout près de l'Institut de cardiologie, l'ÉPIC tient davantage du centre sportif dernier cri que du service hospitalier: gymnase, piscine, sauna, terrains de badminton et de volleyball, appareils high-tech de musculation et de mise en forme... Seuls éléments discordants: des défibrillateurs disséminés un peu partout et des professionnels de la santé qui sillonnent la salle.

 

Toute personne qui veut se prendre en main et améliorer sa santé peut devenir membre du Centre, moyennant une modeste cotisation - l'équivalent de ce que vous demanderait un club sportif. Or, même s'ils savent qu'une meilleure hygiène de vie est indispensable à leur salut, 15 pour 100 seulement des patients de l'Institut de cardiologie s'engagent sérieusement dans ce processus de remise en forme.

«Il est très difficile de convaincre les patients de suivre un programme de prévention», note le cardiologue Martin Juneau, directeur de l'ÉPIC. Ils vivent trop loin, n'ont pas le temps... «Je leur dis pourtant qu'ils n'ont même pas besoin de venir s'entraîner ici; ils peuvent le faire chez eux, poursuit le médecin. Si on marche une demi-heure chaque jour à un rythme soutenu, mais sans s'essouffler, on dépense 1000 calories par semaine.» Même s'il est tout mince, le Dr Juneau tient à se peser chaque jour. Il sert toutefois une sérieuse mise en garde: la minceur n'est pas une garantie contre l'athérosclérose. «Grassouillets ou maigres, nous devons tous faire attention à la graisse viscérale, celle qui s'accumule non pas sous la peau, mais dans l'abdomen, surtout à compter de 35 ans, et qui favorise la formation de plaques de graisse dans les artères.» Pour le spécialiste, nous avons tous une responsabilité personnelle face à la maladie cardiaque.

«Mon frère et moi avons la même constitution, mais, aujourd'hui, il pèse 15 kilos de plus que moi, fait très peu d'exercice et collectionne les problèmes de santé. Si je ne faisais pas attention, je serais comme lui», raconte le cardiologue.

 

Des 4300 membres du Centre ÉPIC, 3000 sont suivis dans le cadre d'un programme de prévention et n'ont pas encore eu d'accident cardiovasculaire. Ce sont aussi les plus réfractaires à l'idée qu'un changement s'impose, parce qu'ils ne ressentent aucun symptôme. «Le patient se sent même très bien, observe le Dr Juneau. Mais nous, nous savons qu'il risque gros.»

 

La difficulté réside aussi dans le fait qu'il faut se battre sur tous les fronts, dont celui du tabagisme et de l'alimentation. Denis Côté, de Saint-Georges en Beauce, n'a peut-être jamais subi d'infarctus, mais fume un paquet de cigarettes par jour... et sait qu'une terrible menace plane sur sa tête: son jeune frère est mort d'un infarctus foudroyant à 34 ans, et son père n'a pas survécu à un deuxième infarctus à 75 ans. Même s'il a décidé de se prendre en main, Denis n'arrive pas à arrêter de fumer.

 

Or le Dr Juneau est catégorique: «Il ne faut pas penser que l'exercice compensera les effets néfastes du tabagisme et de la mauvaise alimentation.» De ce côté au moins, Denis Côté est plein de bonnes intentions. Il bouge pas mal et suit un régime depuis quelque temps. «Le seul fait de changer mes habitudes alimentaires m'a fait perdre 10 kilos en cinq mois», raconte ce directeur des ventes, qui vient de fêter ses 50 ans.

 

Faire la guerre aux mauvaises habitudes alimentaires, c'est ce que fait la diététiste Elise Latour depuis 15 ans au service de nutrition de l'ÉPIC. Pour aider les patients à se refaire une santé, non seulement elle établit pour eux des régimes, mais les initie aussi aux charmes du brocoli et du tofu dans les cuisines très bien équipées du Centre. «Chaque année, dit-elle, une centaine de personnes participent à des cours de cuisine, et je m'amuse de leur étonnement lorsqu'ils découvrent à quel point certains aliments qu'ils boudaient peuvent être délicieux.»

 

Dernier point de résistance, le dessert. «J'ai remarqué que la plupart de mes patients, notamment les plus âgés, s'en passaient plus difficilement.» L'autre difficulté, c'est de faire comprendre à ces nouveaux adeptes du manger sain que, même si elle en recommande la consommation, le bon gras reste du gras et que, là comme ailleurs, le trop est l'ennemi du bien:

«Certains pensent qu'ils peuvent consommer beaucoup de noix ou beaucoup d'huile d'olive. Mais, même «bon», le gras consommé à l'excès peut être tout aussi nocif à la santé.»

 

Selon Elise Latour, la meilleure manière de déjouer les mauvaises habitudes alimentaires, c'est de miser sur des changements graduels, et non pas sur la rigidité du programme. Ghislaine Champagne adhère pleinement à cette approche. En 2002, à bout de forces, elle consulte son médecin de famille: celui-ci lui promet des lendemains qui déchantent si elle ne se prend pas en main. Le diagnostic est confirmé par un spécialiste du Centre ÉPIC, qui lui propose de participer à une étude menée par le Dr Marc-André Lavoie. Elle devra fréquenter le gymnase trois fois par semaine et réapprendre à manger.

 

Adieu frites et brioches; terminées la cuisine au beurre et la viande rouge trois fois par semaine. La conseillère en orientation, qui chantait aussi dans le Choeur de l'Orchestre symphonique de Montréal, ne cache pas que les premières semaines ont été éprouvantes, mais le jeu en valait la chandelle. «Auparavant, quand j'arrivais épuisée du travail, je tentais de compenser mon manque d'énergie en mangeant, raconte-t-elle. Aujourd'hui, lorsque je suis exténuée, je comprends que la meilleure chose à faire est d'aller m'entraîner: c'est ainsi que je me recharge.» Résultat: elle perd 18 kilos.

 

Elle s'aperçoit que l'entreprise est plus qu'un simple changement de régime; c'est aussi un choix de vie. Un passage à vide l'été dernier l'a fait renouer avec ses mauvaises habitudes alimentaires: elle a repris près de trois kilos en quelques semaines et n'avait plus d'énergie. Elle s'est vite ressaisie et continue de s'entraîner vigoureusement. «Je n'ai jamais été une grande sportive, avoue-t-elle. Avant de m'inscrire au Centre ÉPIC, je faisais de la marche de temps à autre et du ski deux ou trois fois par an. Alors, au début, je souffrais le martyre après une ou deux longueurs dans la piscine semi-olympique du Centre. Aujourd'hui, j'en fais 40.»

 

Et Luc Desbiens? A sa manière, il tente de s'engager dans la bonne voie... mais c'est difficile: «Les médecins me conseillent de marcher au moins un kilomètre par jour, mais je me contente de bricoler à la maison ou de jardiner un peu.» Au moins, il a pour le moment laissé tomber la cigarette. «Chaque fois que je pense à fumer, je prends un grand verre d'eau. Je suis tout à fait conscient que je mets un pied dans la tombe si je fume!» conclut-il.


(Posté dans sante)
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O Haiti de Laënnec Hurbon : vale a pena ler de novo20/01/2006

:: Essa conversa ainda rende bastante. Em maio de 2005, quando a entrevista foi publicada, entreguei em mãos o exemplar da edição de maio da Continente para esse haitiano simpaticíssimo, que tomou um cafezinho comigo em um bairro badalado de Montreal, onde ele veio visitar uma filha que estava se formando na universidade. Meses depois, vi-o na tela de um cinema, falando, como entrevistado, sobre a saída de Aristide do Haiti e sobre a situação do país. Pelo que sei, Hurbon continua no Haiti. E continua gostando de futebol, tomando seu cafezinho preto com toda a calma do mundo e, sem desespero ou otimismo cego, segue refletindo, na prática de pesquisador e de professor, sobre os caminhos que podem levar o povo haitiano a se libertar verdadeiramente diante dessas novas formas de escravatura que se dissimulam em tempos de globalização. Vale a pena ler esse intelectual que merece ser chamado assim, pois é um trabalhador que maneja idéias e produz refexoes importantes. E ainda por cima, sabe mesclar com simplicidade e elegância, ingredientes delicados e facilmente perecíveis: franqueza, realismo, profissionalismo, maturidade, espírito crítico e alegria de viver.

 

 

Edição Nº53- Maio de 2005

 

CONVERSA
Laënnec Hurbon - O Brasil não é (e é) o Haiti
Sociólogo haitiano analisa as convergências entre os dois países, vê a cultura e o futebol como uma ponte entre os povos e defende que a libertação dos escravos precisa ser completada

 Foto: Chico Porto

Por Débora Pinheiro

Dedicado à análise das relações entre escravidão, religião e política, o sociólogo Laënnec Hurbon é considerado um dos mais influentes intelectuais haitianos de sua geração. Doutor em teologia pelo Instituto Católico de Paris e em sociologia pela Sorbonne, Hurbon é atualmente diretor de pesquisa no Centro Nacional de Pesquisa Científica da França (CNRS) mas mora no Haiti, onde é professor e membro fundador da Universidade Quisqueya. Durante a 6ª Semana de Culturas Francófonas na UFPE, ele trouxe, em 17 de março, algumas reflexões sobre a diversidade cultural e os desafios em face da hegemonia de idéias e valores globalizados. Nesta entrevista exclusiva, Hurbon se dispôs a falar também de aspectos históricos e políticos que explicam uma identificação cultural forte, embora pouco explorada, entre os povos haitiano e brasileiro. “Estive no Brasil pela última vez em 1992, durante um congresso de especialistas da história da Igreja da América Latina e do Caribe”, lembra, lamentando ter ficado tanto tempo sem voltar para um país onde diz se sentir completamente em casa. “Prometi a mim mesmo aceitar todas as propostas de cursos e seminários em universidades brasileiras”, comenta, cumprindo logo a palavra com a presença em eventos no Ceará, em Pernambuco e na Bahia, em menos de sete dias, durante o mês de março.

Na aldeia global, como situar o Haiti?
O Haiti é um microcosmo do mundo moderno; ali todos os grandes problemas não resolvidos e escondidos da modernidade aparecem de maneira inequívoca. Compreender o Haiti é compreender os horrores de um mundo que marginaliza a maioria da população enquanto celebramos a aldeia global. Uma igualdade efetiva entre indivíduos e povos não pode acontecer enquanto um império se instaura sem um contrapeso real.

Então o senhor também acha que o Haiti é aqui?
Existe uma certa ambigüidade nessa música de Gilberto Gil, que tenta provocar nos brasileiros uma solidariedade mais profunda com o Haiti. O Brasil não é o Haiti das ditaduras recorrentes e da miséria sem cabimento. Porém, o Brasil é o Haiti por causa de uma memória de escravidão e de despotismo que deveria suscitar uma maior solidariedade entre haitianos e brasileiros, além de uma tomada de consciência da situação do Brasil no que diz respeito às desigualdades sociais e às relações interétnicas. Gil também vê no Haiti a terra da liberdade, o primeiro país a sair da escravidão por uma insurreição geral, embora ainda precise lutar contra o despotismo.

O que o senhor pensa das tropas brasileiras à frente da missão de estabilização do Haiti?
Ah, que situação delicada! Há um ano, desde a demissão de (Jean-Bertrand) Aristide e sua partida (que não foi forçada, já que ele não dirigia mais nada), acreditava-se que as forças estrangeiras vinham para apoiar a Polícia, que era uma instituição frágil e colocada a serviço da política de Aristide. Para vários de nós, a presença das Forças Brasileiras é um sinal de solidariedade com o Haiti. Pensava-se então que essas forças estrangeiras iriam colaborar para o desarmamento dos grupos armados chamados chimères (“garotos maus”, em crioulo), esses novos tonton-macoutes (milícias para-policiais que perseguiam e matavam opositores dos Duvalier, pai e filho, cujo governo ditatorial ficou conhecido como o mais truculento da história do país até então). Pois a insegurança só aumentou e as forças da ONU se mostraram negligentes em relação a esses grupos como se eles representassem o povo e como se isso se relacionasse a um problema social derivado da miséria e do desemprego. Com esses grupos armados, Aristide tentou controlar as favelas, cujos habitantes foram as primeiras vítimas desses grupos armados que operam impunemente.

Como o senhor avalia a evolução cultural dos dois países rumo a um futuro mais esperançoso para a América Latina?
Os dois países partilham um futuro comum por terem, antes de tudo, uma memória comum. Essa memória não se orienta necessariamente para o culto do passado ou para a retomada de fatos traumáticos. Tomo como exemplo o projeto da Unesco da Rota do Escravo. Trata-se de um projeto que propôs uma volta crítica ao passado do tráfico e da escravidão para descobrir movimentos solidários entre os povos, novas culturas que emergiram nas lutas que os escravos travaram pela liberdade. Há semelhanças tão profundas entre os dois povos que, se eles conseguirem se ajudar mutuamente, poderão colaborar muito mais para a revalorização de toda a América Latina, tanto no âmbito cultural como no político. Porém, o Brasil deve saber que só pode acompanhar o Haiti no seu combate atual contra a ditadura e o subdesenvolvimento se buscar o máximo de informações sobre o que representava o regime criado por Aristide entre 2000 e 2004.

Que elementos culturais brasileiros e haitianos o senhor destaca na construção da identidade desses dois países?
Os haitianos dispõem de uma herança cultural e religiosa importante que se enraíza no vodu, que equivale ao candomblé brasileiro. O que a pintura, a música (com ritmos nacionais como o compas e o meringue), a dança, a literatura, enfim, as manifestações artísticas do Haiti devem ao vodu é incomensurável. Também acredito que o candomblé tenha essa mesma importância no Brasil. A identidade brasileira tem um vínculo muito forte com a memória da escravidão. Todos os outros grupos de migrantes deveriam reconhecer e assumir essa memória para que o Brasil se livre de preconceitos racistas que ainda habitam instituições e mentalidades.

Como comparar o racismo brasileiro com o haitiano?
Por muito tempo, certas obras antropológicas apontaram o Brasil como um país em que a democracia racial triunfara, mas a realidade é outra. Eu percebi isso em minhas viagens ao Brasil. No Haiti, o preconceito de uma parte de mulatos contra os negros é uma herança do escravagismo, pois não há mais brancos no país desde o extermínio organizado pelo primeiro chefe de Estado, Jean-Jacques Dessalines, em 1805, que só poupou os farmacêuticos, os padres e os regimentos poloneses e alemães que viraram a casaca contra a França de Bonaparte em 1802, durante a guerra da independência.

No conjunto de sua obra, o senhor menciona que as respostas para as injustiças sociais podem ser encontradas no seio mesmo dos movimentos nascidos por escravos rebelados. Que iniciativas significativas nesse sentido podem ser percebidas na América Latina?
O que caracteriza os movimentos de revolta desencadeados por escravos no Caribe e em toda a América Latina é a reivindicação clara da igualdade e da liberdade. Porém, atualmente essa reivindicação espera ainda por ser honrada, pois a saída real da escravidão supõe o acesso à cidadania plena e integral. Ora, do século 19 até hoje os problemas de acesso à propriedade, de reconhecimento de culturas e religiões herdadas da escravidão, as possibilidades de se obter serviços de base como saúde, escola etc.… tudo isso mostra que comunidades inteiras, sejam elas negras ou indígenas, são marginalizadas. Os movimentos sociais que lutam pela reforma agrária, os movimentos feministas, os sindicatos e as organizações que militam contra as políticas das instituições internacionais obcecadas pela privatização dos bens públicos parecem se situar na linha das revoltas baseadas em uma demanda de igualdade e liberdade – ou seja, o que ficou incompleto no passado, para retomar a expressão do filósofo Ernst Bloch.

(Leia mais na edição 53 da Revista Continente Multicultural. Já nas bancas.)

 

 

Débora Pinheiro é jornalista.


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http://www.continentemulticultural.com.br/

 

: citada por:

 

Dalva Santos, em Salvador -- http://dalvas.blogspot.com/2005/07/lannec-hurbon-o-brasil-no-e-o-haiti.html

 

 

 

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TeleSUR20/01/2006

  Trente Novembre 05

cet article a été publié dans le magazine Le Trente [http://www.fpjq.org/index.php?id=trenteaccueil], de la Fédération Professionnelle des Journalistes du Québec

 

_________________________

 

teleSUR

 Le Sud qui veut vous faire reprendre le Nord

 

  

 « Indépendants, soit. Neutres, jamais », proclament nos confrères de teleSUR, une nouvelle télé voulant défier la pensée unique qu’incarne, à leur avis, l’industrie culturelle étatsunienne. Que peut-on attendre de cette multinationale publique née pour contrer CNN en espagnol et congénères?

 

Débora Pinheiro

 

Le 24 juillet 2005, anniversaire de Simon Bolívar, le signal transmis par le satellite NSS 806 a mis au monde la plus récente chaîne d’information continue sur la planète,

teleSUR (« télé-SUD » en espagnol). Le nouveau réseau émet de la Patagonie jusqu’en Alaska et compte sur une équipe de correspondants permanents dans neuf capitales des Amériques, y compris Washington.

 

La nouvelle chaîne, dont la mise en ondes coûtera environ 12,5 millions $US, entend jouer pour les pays latino-américains un rôle de miroir culturel équivalant à celui que joue TV5 pour la francophonie.

 

La télé de Chávez?

 

Principal actionnaire de la chaîne, le gouvernement du président vénézuélien Hugo Chávez peut assurer à teleSUR une santé financière relativement stable.

 

À ce sujet, le Colombien Jorge Botero, directeur de l’information, affirme que le Venezuela destine les bénéfices provenant de la exploitation du pétrole aux intérêts du peuple. En revanche, les directeurs de teleSUR démentissent catégoriquement que la chaîne est une « TeleChávez », comme ironisent l’opposition vénézuélienne et une bonne partie des think tanks étatsuniens. Botero répond que les journalistes de teleSUR ont intérêt à sauvegarder leur crédibilité, comme n’importe quel professionnel sérieux qui travaille dans un média commercial.

 

Depuis Brasília, le journaliste Beto Almeida, du comité de direction, ajoute que Chávez n’a point besoin de teleSUR pour promouvoir son gouvernement : « Pour faire cela, les pays associés disposent de leurs chaînes officielles de télévision, et les sondages de l’opposition vénézuélienne indiquent que Chávez compte sur 70% d’appui populaire au Venezuela. Ceci étant dit, les peuples ont le droit de choisir leurs modèles politiques, leurs voies de développement et leur manière de se situer dans le monde moderne. » TeleSUR appuie d’ailleurs ouvertement la chaîne pan-arabe Al-Jazira en lui assurant un bureau à Caracas.

 

Al-Bolívar

 

Le gouvernement étatsunien, quant à lui, est sur ses gardes. Avant même que teleSUR commence à émettre, le  

représentant républicain de la Floride, Connie Mack  [http://mack.house.gov/index.cfm?FuseAction=AboutConnieMack.Biography], a proposé au Congrès des États-Unis une motion afin de contrer la menace que pouvait faire peser la chaîne sur l’«  équilibre de pouvoir dans les Amériques », accusant le Venezuela de diffuser de la propagande anti-américaine. TeleSUR a riposté en rappelant que presque 90% des contenus audiovisuels en Amérique latine sont déjà le fruit de productions nord-américaines.

 

« Ce déséquilibre est-il un hasard ou est-il le résultat d’une avalanche en sens unique des industries culturelles et des entreprises de communications nord-américaines vers la périphérie? », demande Beto Almeida. Il rappelle, par exemple, que si le Latino-Américain moyen peut nommer sans difficultés la capitale de la France, identifier celle du Honduras sera pour lui une toute autre paire de manches. Il se dit par ailleurs préoccupé par le fait que si la plupart des jeunes latino-américains connaissent Madonna, bien peu savent que Violeta Parra, celle qui a composé la célèbre chanson Gracias a la vida et qui a été la première Latino-Américaine à exposer des oeuvres d’art dans le Musée du Louvre.

 

Le journaliste brésilien est d’avis que le processus d’intégration interculturelle entamé par teleSUR est l’objet de la mauvaise volonté des médias nord-américains comme sud-américains contrôlés par des multinationales privées. Mais les obstacles à la nouvelle chaîne sont aussi strictement économiques. Il souligne que la législation canadienne, notamment la québécoise, est un exemple à suivre, puisqu’elle tente de protéger les contenus nationaux, démontrant une position plus progressiste face « au sacro-saint jeu du marché de libre initiative prôné -- mais pas respecté -- par les États-Unis ».

 

Pas de pub!

 

Depuis Caracas, la journaliste Janlisbert Velasco explique que la principale marque de commerce de teleSUR est sa programmation. L’information y constitue 45% des contenus diffusés, mais selon elle, ce qui différencie teleSUR des autres chaînes d’information continue en Amérique latine est le choix des sujets: « On met l’accent sur les luttes de notre peuple, tous mouvements sociaux confondus: autochtones, paysans, femmes... Nous misons sur un journalisme de qualité en dévoilant des aspects significatifs de la réalité latino-américaine que les médias commerciaux refusent systématiquement de montrer », souligne-t-elle.

 

Esthétiquement, il ne faut pas s’attendre au format des médias commerciaux, à commencer par l’absence de publicité. Oublions aussi les protocoles. Les présentateurs de teleSUR s’habillent comme monsieur et madame tout le monde et le style convivial s’adapte à une programmation hétéroclite, couvrant des sujets comme l’expansion des bases militaires nord-américaines, la guerre de l’eau en Amazonie ou les initiatives des personnages anonymes qui changent la donne dans le continent.

 

Sur le plan culturel, on trouve aussi des émissions branchées sur le ska, le rap, le hip hop et la musique électronique. Chose certaine, les superproductions hollywoodiennes sont rayées de la programmation : la chaîne ne présente que des documentaires négligés par les circuits commerciaux, comme une coproduction germano-argentine sur les travailleurs de Mercedes Benz disparus pendant la dictature militaire argentine.

 

Un parti assumé

 

N’hésitant par à prendre position, les journalistes de teleSUR déclarent à l’unisson que l’objectivité n’est qu’un jeu rhétorique. Pour eux, les grandes chaînes qui occultent certains sujets en feignant la neutralité portent atteinte au droit du public latino-américain à l’information et sacrifient carrément leur intégrité journalistique : « Pourquoi la correspondante de CNN à la Havane n’a-t-elle jamais fait de reportage sur l’École latino-américaine de médecine, qui forme gratuitement des médecins issus des milieux défavorisés de plusieurs pays, y compris des États-Unis? S’agit-il d’une information sans importance journalistique? », demande Beto Almeida.

 

Mais prendre position, c’est aussi prendre des risques, même pour des professionnels très bien cotés dans leur pays. À cet égard, ce qui est arrivé au correspondant de teleSUR en Colombie, William Para, est éloquent. Le journaliste, qui s’oppose ouvertement au gouvernement colombien, participait à une rencontre sur la globalisation et la désinformation le 22 mai dernier à Bogotá. À sa sortie, il a reçu cinq coups de couteau, qui l’ont obligé à retarder son enregistrement pour teleSUR, qui ne diffusait qu’à titre de rodage, à ce moment-là.

  

Malgré cet incident, teleSUR montre que sur le terrain des médias, il y a encore moyen de sortir des sentiers battus, la nouvelle chaîne promet devenir un point de repère pour les journalistes  qui  assument un regard critique en ce qui concerne l’apparente neutralité des médias. 

 

 

« Notre Nord c’est le Sud »

 

TeleSUR compte des correspondants dans les pays suivants : Argentine, Brésil, Bolivie, Colombie, Cuba, États-Unis, Mexique, Uruguay et, bien entendu, Venezuela où l’on compte une vingtaine d’employés dans la rédaction.

 

 

             

 

 

4 actionnaires

Venezuela : 51%

Argentine : 20%

Cuba : 19 %

Uruguay : 10% 

 

 

 

Débora Pinheiro est journaliste indépendante

 

 

 

:: Pour visionner TeleSUR en ligne : http://www.telesurtv.net/

 

 

: citation:

 

http://www.categorynet.com/v2/index.php/content/view/13715/315/

 

 


(Posté dans metalangage)
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A Babord en kiosque...20/01/2006

Numéro 13 (février / mars 2006)

PAUVRETÉ ET CONTRÔLE SOCIAL

Un dossier coordonné par
Christian Brouillard et Claude Rioux

En kiosque le 30 janvier 2006

http://www.ababord.org

 

 

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Quand traduire c'est trahir13/01/2006



 

 Le 13 janvier 2006

 

(Agence Science-Presse) - Qu'une personne teste un médicament, c'est courant. Qu'elle se transforme en appât humain, ça l'est beaucoup moins, mais ça c'est déjà vu. Pas au Brésil toutefois, où l'affaire a jeté un froid, le gouvernement ayant suspendu la recherche que menait une ONG américaine.

 

Au premier abord, la recherche sur le paludisme de l'Institutional Review Board (financée par l'Université de Floride et l'Institut national de santé des États-Unis) ne pouvait que bénéficier aux habitants de la communauté riveraine de São Raimundo do Pirativa, dans l'État de l'Amapá. Un détail a toutefois irrité le gouvernement brésilien: en 2003, on a laissé des personnes se faire piquer par des moustiques transmetteurs du paludisme, grâce à une mauvaise traduction.

 

Cette procédure a en effet contourné la loi brésilienne. Lorsqu’il a traduit le projet de l'anglais vers le portugais, le chercheur Jaco Voorham a dû supprimer une phrase spécifiant que les participants seraient piqués par des moustiques porteurs du paludisme: la procédure est autorisée dans certains pays, mais pas au Brésil. Or, si les expériences ont bel et bien eu lieu, allègue aujourd'hui Robert Zimmerman, de l’Université de Floride, c'est parce qu'il se serait basé