Un artiste peintre béninois que beaucoup ont peut être rencontré lors de leur passage de tourisme ou de travail au Bénin ou tout récemment au Burkina Faso, nous livre un peu sa pensée par le biais de Marie
CHAUDAN rédactrice en Belgique.
M. C: Pour vous Monsieur Guèra c'est quoi l'art ?
Guèra: Pour moi l'art est la plus haute forme d'expression des êtres animés qui demande une certaine maturité de la foi et de l'esprit, une spiritualité naturelle.
M. C: Nous remarquons que l'art est mal connudans sa valeur dans certaines sociétés africaines ce qui fait que beaucoup d'artistes africains comme vous ne vivent pas de leur art malgré leurs talents immense. Selon vous Mr Guéra où se trouve l'art pour permettre à ceux là qui ne comprennent pas d'être orientés ?
Guèra: Je répondrai à votre question en disant que la valeur de l'art n'est pas en sa surface mais dans ses profondeurs, comme les hommes ne sont pas dans leur visage mais dans leur coeur, l'art n'est pas ce que nous voyons, il est dans les distances silencieuses et dans ce que le tableau ou la musique suggère, de telle façon qu'on voit en regardant ou en l'écoutant ce qui est plus beau et plus lointain que lui.
M. C: Vous avez un style très particulier et on remarque à partir de ce style que vous ne présentez pas le visage de vos personnages aussi on remarque la présence des cauris et tous autres choses qui non rien à avoir avec le monde moderne d'aujourd'hui, pourquoi cette expression ?
Guèra: En ce qui concerne mes personnages, j'ai voulu pour m'exprimer vraiment sortir de cette vision objective du monde extérieur cela va avec ce que j'entend par art. Je n'aime pas me fier à l'apparence des choses. Je ne vois pas l'homme dans son visage. Ce n'est pas notre physique qui exprime ce que nous sommes où ce que nous ne sommes pas mais notre coeur. Les cauris, restent pour moi plus qu'un symbole. Il était au début utilisé comme monnaie et après il sont utilisés dans la spiritualité et ce jusqu'aujourd'hui. Sa présence quelque part évoque beaucoup dans la conscience africaine. A sa vue, il y a toujours une voie qui nous parle et qui interpelle l'africain à son identité.
M. C: Que pensez-vous de changer votre manière de vous exprimer pour plaire à ceux là qui ne sont pas animistes, car vos peintures expriment l'Afrique même dans ses réalités culturelles de base, la tradition en question ?
Je crois bien que changer mon style, c'est changer mes manières de m'exprimer. Je veux dire que je me préoccupe des problèmes de l’expression autant que de ceux du changement de ma personne. Quand nous disons d'un peintre, ou d'un musicien qu'il a changer les manières de s'exprimer nous sous entendons qu'il a aussi changé les manières de voir de penser et de voire les choses. J'ai toujours été catégorique par rapporte à cette question, c'est non, je ne peux pas changer ma manière de m'exprimer si non je ne serai pas moi même. Pour ces africains qui se disent non animistes qu'ils permettent au moins à ceux là qui sont fiers de leur identité la conserver même pour garder le repère.
M. C: D'autres pensent que l'artiste doit rester solitaire sans femme pour mieux évoluer, qu'en pensez-vous ?
Guèra: J'aime aussi la silitude comme j'aime la compagnie. Pour moi, la solitude ne signifie pas l'éloignement ou l'écartement, mais que l'homme est proche de tous les hommes quand il n'est proche d'aucun par moment. et que sans quelques moments de solitude intérieur nous ne sommes pas nous même.
M. C: Mr Guèra, votre dernier mot à l'endroit des autres artistes et de l'humanité tout entière.
Guèra: Je dirai à tout les artistes du mondes entier courage particulièrement tous ceux là qui comme moi n'arrivent pas à vivre de leur art mais qui tiennent toujours bon, qui ont toujours la force d'y croire et d’espérer, nous vaincrons avant la fin de ces quelques soleils que nous avons à passer sur cette terre. Et à l'humanité, je rappelle chaque peuple à la conservation de ses bases culturelles.
M.C: Mr Guèra en tant qu'artiste croyez-vous en l'existence de Dieu, si oui et si non pourquoi ? J'espère que ma question n'est pas aussi idiote que çà.
Guèra: D'abord je n'ai pas le droit de juger votre soif de savoir car votre question est la base même de toute croyance en l'existence d'un Dieu. L'être humain est depuis la nuit des temps en perpétuelle recherche de lui même. Je peux dire que l'existence de Dieux est la soif inassouvie des humains de savoir leur cause (qui ils sont et d'où ils viennent). Et cette recherche, la capacité et le pouvoir humain ne pouvaient que s'arrêter quelque part, à un niveau où la continuité de la recherche est impossible, à ce niveau ils placent une borne qu'ils appellent Dieu. Quant on sait que toute chose a une cause, à partir de Dieu et au delà de ce Dieu, il doit y avoir une cause. Nous sommes à la recherche de l'introuvable. Et comme l'être humain est de nature à ne pas accepter l'échec, il se fabrique une réussite là il a échoué. Je ne veux pas dire que quelque chose de suprême qui serait la cause de notre existence n'existe pas, mais je veux rassurer que nous ne pourrions jamais le savoir. Cela est bien naturel autant que réel.
Je donne un petit exemple pour essayer de donner un aperçu: "un homme et sa femme endormies à même le sol, se réveillent trouvé qu'ils sont enclos dans une case. Ils regardent autour d'eux mais ils ne voient personne, ils sortent dehors et regarde partout et cela pendant des années, ils vont mourir sans savoir qui est l'auteur de cette case, mais ils ont aussi le devoir de dire à leur descendance la provenance de cette case. C'est alors qu'ils inventent un auteur à défaut du vrai auteur dont ils ignorent tout" Il y a des choses naturellement que l'humanité ne peut pas comprendre, ni savoir, ni expliquer parce qu'il ne l'a pas vécu ni entendu réellement. C'est alors bien normal aujourd'hui que les humains s'entretuent pour une croyance en Dieu, car ce qu'ils recherchent en réalité n'est pas ce Dieu qu'on leur montre du doigt, mais à la recherche d'eux même, de leur cause réel, chose impossible. Pour moi, mieux vaut rechercher ce que pourrions faire de nous même de bènèfique, pour un avanir de paix et plein d'humanité pour les génération à venir au lieu de perdre notre temps à rechercher notre cause introuvable avec des récits imaginaires sanglants et déroutants.
M.C: Si je vous comprends bien, voulez-vous dire que l'homme ne doit pas croire en l'existence de Dieu ?
Guèra: Permettez-moi de remplacer Dieu par cette soif de savoir qui nous sommes et d'où nous venons, la soif d'avoir un père de toute l'humanité doté de puissance et de pouvoir pour nous protéger et nous défendre. Capable de ôter la peur de la mort et de la souffrance en nous. C'est comme un enfant qui n'a pas encore la notion de Dieu ni de grand père, ni de grand mère considère sa maman. Un père suprême en qui nous pouvons compter pour tout ce qui nous fait peur.
Guèra Issa SANNI est un artiste qui se pose beaucoup de questions concernant l'existence et nos croyances. C'est aussi celui là qui adore rencontrer et bouger beaucoup à la recherche de l'expression sur le peuple noir, présentement en séjour au Burkina Faso depuis le 05 septembre 2005. Guèra aime aussi monter des projets sur la recherche et la découverte artistique. Si vous êtes intéressé par ses actions et voulez tourner en Afrique, vous êtes les bienvenues. Cela vaut le coût de rencontrer ce talent, vous ne le regretterez pas.
Contacte Guèra pour toutes vos questions: sigafripaintnet@yahoo.fr : http://www.e-monsite.fr/gueranet
Propos recueillis par Marie CHAUDAN
|