24/10/2006 - Ma vie suspendue
Je
suis en
pleine ascension
de la face Nord Est des
Grandes Jorasses. Cela fait bien
deux heures que pendu au bout de rien je
m’efforce de gravir, centimètres par centimètres,
cette paroi abrupte et gelée, terriblement éprouvante pour
mes muscles qui sous l’effet de l’acide lactique, commencent
à se durcir dangereusement. Je suis épuisé, il faut absolument
que je sorte de ce devers rapidement. Je n’ai plus le droit à l’erreur.
Soudain, c’est la crampe, une fulgurante douleur tétanise mon épaule
gauche, plus moyen de bouger, mes mains deviennent moites, l’adrénaline
affole mes neurones, la peur embrume mes pensées, je crie.. « Au secours, au
secours, y’a quelqu’un !!!! » à 3400 mètres d’altitude, sur une paroi rocheuse ou
même les aigles n’osent se poser, une voix me répond « Oui ! je suis là mon fils.. ai
confiance, lâche toi, je te retiens.. » Ôo sans réfléchir « Papa ???? » La voix me répond
« Non, c’est dieu qui te parle, tu as appelé au secours et je suis là.. » Dans un éclair de
lucidité et sans lâcher le rocher, je m’entends lâcher désespérément : « Maiiis.. y’aurait pas
quelqu'un d’autre ? » Il y a des fois ou le pragmatisme est ta seule foi et il vaut mieux. Bouz !
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