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Le chantage affectif

Description

le livre "le chantage affectif" de Susan Forward n'est plus édité en France. Je vais donc éditer ici un certain nombre de ses chapitres afin que tous puissent les consulter. Pour lire le livre dans l'ordre, commencer par Introduction1, puis Introduction2, etc....


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0 Introduction
1 Chantage Affectif - le diagnostic
11 Quand le brouillard se dissipe
2 Les quatre faces du chantage
3 Un brouillard a couper au couteau
4 Les ficelles du metier
5 Le monde interieur du maitre chanteur
6 Un jeu qui se joue a deux
7 L impact du chantage
8 Les preliminaires
91 Votre strategie
92 L heure des decisions
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L'heure des décisions 1

Chapitre 9 : L’heure des décisions.

 

Jusqu’à présent, vous avez généralement réagi par l’acquiescement automatique aux exigences de l’autre, dans une espèce de réflexe conditionné. Mais, grâce au répit que vous avez su gagner, vous allez désormais vous payer le luxe de réfléchir à votre place, je peux en revanche vous suggérer certaines questions pénétrantes qui devraient vous permettre d’analyser objectivement les demandes dont vous faites l’objet et de décider en connaissance de cause si vous préférez y accéder ou ne pas y accéder. A partir de là, je vous révèlerai des moyens efficaces de présenter votre décision au maître chanteur et d’affronter sa réaction.

 

Les trois catégories de demandes

 

Je vous demanderai d’abord de reprendre l’exigence de l’autre et de répondre à plusieurs questions la concernant. Notez vos réponses, mais sans autocensure ni crainte d’être engagé définitivement par les mots couchés sur le papier. Si vous changez d’avis ou que de nouvelles idées vous viennent par la suite, rien ne vous empêche de raturer, de modifier, ou de développer votre réponse de départ.

 

            Y a-t-il quelque chose dans sa demande qui me met mal à l’aise ? Si oui, qu’est ce que c’est ?

            Quel aspect de la demande me paraît acceptable, et quel aspect me fait l’effet contraire ?

            La satisfaction de sa demande me portera-t-elle préjudice ?

            Portera-t-elle préjudice à un tiers ?

            Sa demande tient-elle compte de mes désirs, et de mes sentiments ?

            Sa demande ou la façon dont elle est présentée comportent-elles un élément qui provoque chez moi des sentiments de peur, d’obligation, ou de culpabilité ? Si oui, quel aspect exactement ?

            La satisfaction de sa demande m’apportera-t-elle quelque chose ?

 

Vous constaterez parfois, en analysant une demande, que vous pouvez tout accepter hormis une ou deux de ses composantes. Par exemple, votre mari exige que vous l’accompagniez jusqu’à l’autre bout du pays pour rendre visite à des parents. Cette perspective vous aurait normalement enchantée, mais en raison d’une surcharge de travail que vous subissez en ce moment, vous jugez le voyage inopportun. C’est là un élément qui doit entrer en ligne de compte dans votre réponse.

Vous commencerez peut-être à vous inquiéter de savoir si vous répondez par l’affirmative à la question de savoir si la satisfaction de la demande aura des conséquences néfastes pour vous ou pour quelqu’un d’autre. C’est votre baromètre d’intégrité qui vous annonce l’approche d’un orage.

Vous découvrirez que la plupart des demandes se répartissent en 3 catégories :

 

            Les demandes dont la satisfaction n’aurait pas de conséquences particulières.

            Les demandes portant sur des questions importantes qui mettent en jeu votre intégrité.

            Les demandes concernant un choix de vie primordial ou dont la satisfaction serait source d’ennui pour vous ou pour un tiers.

 

Chaque catégorie appelle, bien entendu, des décisions et des réponses différentes. Dans les pages qui suivent, nous allons voir la manière d’évaluer vos réponses et considérer les options qui conviennent dans chaque cas.

 

Il n’y a pas de quoi fouetter un chat

 

Dans la plupart des relations, il faut prendre quotidiennement de petites décisions. Le coût et l’opportunité d’un achat, le meilleur endroit pour passer ses vacances, l’équilibre à trouver entre responsabilités professionnelles et vie privée : on pèse sans cesse le pour et le contre. Comme il ne s’agit pas de questions de vie et de mort, il n’est pas rare qu’un désaccord en la matière laisse les deux personnes relativement indifférentes. Car quoi qu’il arrive, nul ne subira de désagréments importants. Si une friction surgit, elle s’explique vraisemblablement par les moyens de pression exercés par le maître chanteur plutôt que par le contenu de sa demande. Aussi certains cèdent-ils automatiquement aux demandes de ce type en se disant que, tout compte fait, il n’y a pas de quoi fouetter un choix.

Certes, mais il convient néanmoins de faire preuve de prudence dans ce domaine. Il faut essayer, dans la mesure du possible, de chasser le mot « automatique » de vos rapports avec le maître chanteur. Pour insignifiante que semble l’affaire, examinez de près la demande et surtout la façon dont elle vous est adressée. Faits-vous une idée claire des éléments qui, le cas échéant, vous gênent et replacez cet échange dans le contexte de la relation dans son ensemble.

 

Mise en route du procédé

 

Quand Léa, la courtière en Bourse dont la mère débitait un flux continu de comparaisons désobligeantes à son égard, m’avoua que, en raison notamment des difficultés qu’elle rencontrait alors dans son travail, elle ne supportait pas la perspective de devoir sortir dîner avec sa mère dans quelques jours – sur l’insistance de celle-ci, cela va de soi -, je l’invitai à appliquer mon procédé.

« Mais enfin, s’exclama-t-elle, c’est ridicule ! Bon, je suis effectivement fatiguée, mais ce n’est pas comme si un seul repas avec elle allait m’achever ! »

-Je vous demande tout simplement de descendre la liste, lui dis-je. Qui sait ce que vous allez trouver.

-D’accord, dit-elle, un peu à contrecoeur. Je le ferai vite. Le seul aspect de l’affaire qui me dérange est que, lorsque je lui signalai ma fatigue, ma mère me répondit que ma cousine Caroline trouvait toujours du temps pour elle. Cela ne me gêne pas de sortir avec ma mère, et ce serait absurde de penser qu’accéder à sa demande ferait du tort à quiconque. Se soucie-t-elle de mes sentiments ? Eh bien, pas tout à fait, mais d’une autre côté, ce n’est qu’un diner. Pourquoi le transformer en « casus belli » ? Est-ce que, dans cette situation, ma mère me fait peur ? Non. Est-ce que je me sens obligée ? Un peu quand même. Coupable ? En quelque sorte, oui. Et alors ? Je finirai probablement par y aller et par bien m’amuser, car, pour incroyable que cela paraisse, nous passons en général un bon moment ensemble. Qu’est ce que cela m’apporte d’accéder à sa demande ? Cela me permet de contenter ma mère, ce qui me fait toujours plaisir. »

 

J’interrogeai Léa sur l’état physique dans lequel l’avait mise cette liste de questions.

« J’ai l’impression d’avoir le cou crispé et la mâchoire un peu serrée », dit-elle.

Son travail d’observation avait déjà attiré son attention sur l’importance de ces deux parties du corps comme sièges de tension en cas de colère.

Contraire à tant de maîtres chanteurs, qui, nous l’avons vu au chapitre 5, excellent dans l’art de souffler sur les braises, nombre de leurs victimes, dont Léa, ont tendance à dédramatiser les conflits qu’elles vivent. Cela les amène souvent à minimiser ou à nier leur gêne, si besoin est en faisant des acrobaties intellectuelles pour se persuader du peu de leurs objections aux exigences d’autrui.

Je conseillai à Léa de se poser quelques questions supplémentaires sur la nature de la demande de sa mère afin de mettre en lumière sa façon habituelle de réagir. Il ne s’agit certes pas de mettre sous la loupe la moindre conversation ou de tuer, à coups d’analyses incessantes, toute spontanéité dans vos rapports avec les autres. Mais, dès lors que vous avez le sentiment de vous faire tyranniser, il convient de porter un regard plus critique que d’ordinaire sur votre relation. Si vous vous soupçonnez d’être de ceux qui minimisent la gravité des situations, je ne peux que vous inciter à vous poser les questions suivantes :

 

            Suis en train de prendre un pli ?

            Est-ce que je réponds habituellement par des phrases du style « c’est sans importance… », « Je n’ai pas de préférence… », ou « C’est comme tu veux… »

            Si cela ne tenait qu’à moi, que ferais-je ?

            Mon corps me transmet-il un message autre que celui que je reçois de mon esprit ? (exemple : vous vous dites qu’il ne s’agit QUE d’une sortie au cinéma et que vous irez même si vous n’en avez pas envie… puis vous remarquez que vous avez des aigreurs d’estomac…)

 

Si vous répondez par l’affirmative à ces questions, c’est qu’il est temps de vous affirmer et d’exprimer vos propres désirs. Peut-être déciderez-vous malgré tout de céder, mais vous devez préalablement identifier les éléments de la demande qui vous chiffonnent et vous résoudre à en informer l’autre. Autorisez-vous à dire : « Je ne veux pas… » ou « Je n’ai pas envie… », sans vous sentir obligé de fournir de longues explications. Ne vous interrogez pas sur votre droit de refuser une demande qui semble sans grande importance. Le fait de vous défendre sur des questions secondaires vous donnera l’occasion d’affiner les compétences qu’il vous faut pour tenir bon quand l’enjeu sera de taille.

N’oubliez pas que c’est parfois la manière dont la demande est présentée qui paraît le plus irrecevable. La forme devient alors le contenu, et on ne saurait en sous estimer la portée.

Ecoutons encore Léa :

 

            *Franchement, cela ne m’embête pas du tout de sortir avec ma mère. Ce qui me fait royalement suer, ce sont les moyens par lesquels elle a obtenu mon accord. J’ai horreur de m’entendre comparer à Caroline, et je veux qu’elle arrête de le faire.

 

Les pressions exercées par le maître chanteur peuvent avoir un caractère blessant, agaçant ou humiliant. Il est donc indispensable de ne pas les minimiser ou les laisser passer, sous prétexte que le fond de l’affaire a si peu d’importance que, de toute façon, vous ne comptiez pas soulever d’objections. Dans le cas de Léa, il fallait surtout faire comprendre à sa mère que ses comparaisons négatives suscitaient une amertume grandissante. Oui, Léa pouvait l’emmener au restaurant, puisqu’une soirée à deux ne lui posait pas de problèmes, mais elle avait besoin d’expliquer à sa mère qu’il existait d’autres moyens que le chantage affectif pour solliciter sa compagnie.


Posté: 12:59, 2/06/2006 dans 92 L heure des decisions
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L'heure des décisions 2

L’acquiescement conscient.

 

L’acquiescement conscient est le oui que vous prononcez après avoir mûrement réfléchi à la demande de l’autre et désactivé les mécanismes de l’acquiescement automatique grâce au travail réalisé sur vos convictions, vos sentiments et vos préférences. Utilisé à bon escient, il offre les meilleures chances d’obtenir les résultats que vous souhaitez. Mais dites-vous bien que cette forme de consentement ne peut être que le fruit d’une réflexion rigoureuse et qu’elle découle des étapes de suspension et d’observation présentées au chapitre précédent.

L’acquiescement conscient est le bon choix dans les cas suivants :

 

            -Ayant examiné la demande de l’autre, vous concluez que la satisfaire n’aurait pas de conséquences négatives. Elle s’est peut-être accompagnée de comportements déplaisants (lamentations ou bouderie, par exemple), mais ceux-ci ne sont pas habituels chez la personne et le recours au chantage ne caractérise pas votre relation dans l’ensemble. Qui plus est, pour fastidieuse que la demande puisse vous sembler, elle n’est pas de nature à faire du tort à quiconque. Vous êtes donc fondé à considérer votre décision d’y accéder comme l’expression de la réciprocité dont se signale tout bonne relation, comme un acte de générosité qui, selon toute probabilité, vous sera rendu en retour.

 

            -Ayant examiné la demande, vous jugez que la satisfaire n’aura pas de conséquences négatives tant qu’elle fait l’objet d’un échange équitable. Vous vous conformerez cette fois-ci aux désirs de l’autre s’il s’engage à vous laisser prendre à l’avenir une décision de valeur équivalente. Par exemple, c’est son tour de choisir le lieu de vos vacances ce sera le vôtre aux prochaines vacances. C’est n’est pas mon propos de vous engager à tenir une comptabilité mesquine de l’actif et du passif de votre relation. Mais, dès lors que l’analyse de vos rapports récents avec l’autre vous révèle que la plupart des concessions sont de votre fait, vous saurez qu’un déséquilibre commence à s’instaurer entre vous. Il faut le corriger avant qu’il ne s’accentue.

 

            -Ayant examiné la demande, vous estimez que, sans que cela porte préjudice à quiconque, vous pourriez dire oui, mais seulement à certains de ses éléments. L’acquiescement conscient passe dans ce cas par la conclusion d’un marché : vous acceptez les aspects qui vous conviennent à condition que l’autre retire qui vous gênent.

 

            -Ayant examiné la demande, vous décidez d’y accéder pour une durée déterminée, et ce, à des fins de stratégie. Vous savez pourquoi vous dites oui et vous réfléchissez aux moyens de modifier les aspects de la situation qui vous semblent inacceptables.

 

Les deux premiers cas de figure ne nécessitent pas d’explications particulières : vous estimez que satisfaire à la demande ne vous poserait pas de gros problèmes, qu’il n’y aurait ni regrets, ni ressentiments, ni buts inavoués, ni déséquilibre, ni affrontement. Vous avez la conviction que, si vous parvenez à un compromis – ton choix aujourd’hui, le mien demain -, l’autre le respectera.

Mais comme les deux autres cas de figure sont d’une plus grande complexité, il convient de les analyser à fond.

 

« oui mais… »

 

Quand Léa se mit à réfléchir aux moyens de rendre moins pénible le dîner à venir, elle se rendit compte qu’elle ne s’accordait qu’une seule option : passer une soirée entière en compagnie de sa mère.

Je lui suggérai alors que ce ne serait pas la fin du monde si elle annonçait son désir de renter rapidement après le repas.

« Pensez-vous vraiment que je peux faire cela ? » demanda-t-elle.

-Bien sûr ! Répondis-je. Il suffit de lui raconter que vous avez eu une semaine éprouvante et que vous la priez de vous excuser une fois le dîner terminé. Vient ensuite le plus important de tout : il faut dire à votre mère que vous ne voulez plus être comparée à Caroline dès que vous  refusez d’accéder à l’une de ses demandes. Faites-lui comprendre que non seulement c’est une source de contrariété et de rancune, mais que cela vous dispose de moins en moins à lui consacrer du temps. Enfin, prévenez-là que chaque fois qu’elle recommence, vous taperez du poing sur la table. Voilà le marché que vous allez lui mettre en main. »

Cette solution, pour évidente qu’elle paraisse, n’avait jamais effleuré Léa. Car les évidences lui échappaient, comme à tant d’autres perdus dans le brouillard du chantage affectif. D’où l’importance d’arrêter le jeu, de prendre du recul et d’observer. C’est ainsi que l’on parvient à explorer ce vaste territoire, juste au-delà. A partir du moment où, avant de répondre, on a acquis un point de vue lucide sur la décision à prendre, on peut généralement trouver un compromis satisfaisant pour l’un et l’autre.

 

Quand on joue gros jeu

 

Quelquefois, l’examen de la demande qui vous est adressée révèle que si, il y a effectivement de quoi fouetter un chat. Même si votre assentiment ne déclencherait pas forcément une grave crise, il ferait violence à vos principes, à votre dignité et à votre intégrité. Bien avant que vous en preniez conscience, d’ailleurs, le malaise commence à s’emparer de vous. La demande comporte décidément quelque chose qui va à l’encontre de votre nature et, ne serait-ce que de façon confuse, vous pressentez que vous ne pouvez l’acceptez placidement.

Comme bon nombre de victimes du chantage affectif, Zoé se montrait très imaginative quand il s’agissait de trouver des explications rassurante à sa gêne et à ses doutes. Mais, dès qu’elle se mit à étudier de près le caractère des exigences qu’avait Tess, elle comprit le peu de fondement de ses propres justifications.

 

            *Tess a beau m’assurer qu’elle est capable d’assumer ces nouvelles responsabilités, dit-elle, je n’y crois pas. Et pourtant, j’aimerais, en tant qu’amie et en tant que supérieur, lui donner sa chance. Voilà pourquoi je me sens si tiraillée. Je ne veux pas la décevoir ou paraître insensible, mais cela m’inquiète de lui confier un client aussi important pour notre société. Au départ, je me soupçonnais de perfectionnisme, alors que le fond de l’affaire, c’est que ce n’est pas une mission pour une débutante, un point c’est tout. Cela nous mène au point de savoir si cette décision porterait préjudice à quelqu’un. La réponse, c’est que moi je risque d’en souffrir si nous ne parvenons qu’à un travail médiocre, et que plusieurs autres collaboratrices et moi-même pourrions en sortir avec une réputation ternie.

 

Le simple fait de vous poser une question comme « accéder à cette demande aurait-elle des conséquences négatives pour moi ou quelqu’un d’autre ? » vous aidera parfois à dépasser la vue myope de la situation que le maître chanteur cherche à imposer. C’est de cette manière que Zoé a découvert qu’elle ne pouvait confier des responsabilités accrues à Tess, sans compromettre son intégrité personnelle et professionnelle et qu’elle devait donc faire preuve de fermeté.

 


Posté: 12:56, 2/06/2006 dans 92 L heure des decisions
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L'heure des décisions 3

L’argent n’achète pas tout

 

Jeanne était très tentée par le marché en apparence alléchant que lui proposait sa sœur. Elle n’aurait qu’à avancer 5000 francs à Carole pour pouvoir réintégrer la famille qui lui faisait tellement défaut.

 

            *S’il y a des chances, même faibles, que ce prêt nous rapproche, je jugerai que cela vaut la peine de lui consentir. Je sais que c’est peu probable, compte tenu de notre passif, mais d’un autre côté, Carole a peut-être changé. Peut-être que cette fois ci tout ira bien. En plus, j’aiderai ainsi ses enfants. Je ne risque de perdre que 5000 francs, ce n’est quand même pas une fortune.

 

Jeanne voulait bien prêter cette somme pourtant considérable, quitte à ne plus jamais la revoir, car elle s’estimait capable de la passer aux pertes et profits. Mais ce à quoi elle ne pouvait se permettre de renoncer, c’était son intégrité.

« Je vous prie de ne pas me parler d’intégrité en ce moment, se lamentait-elle, car je dois me décider tout de suite. Carole m’a prévenue qu’ils vont bientôt se trouver à la rue. Sans vouloir vous vexer, je vous dis que toutes ces élucubrations psychologiques n’ont rien à voir dans cette affaire. »

- A mon avis, répondis-je, c’est parce que vous subissez des pressions énormes que vous avez cette impression. Je vous demande donc un peu de patience. Parcourez la liste et jugez par vous-même si elles continuent de vous sembler sans pertinence. 

 

Pour aider Jeanne à comprendre le rapport entre un concept aussi nébuleux que l’intégrité et la décision qu’elle devait prendre, je lui proposais de répondre aux questions présentées ci-dessous. Nombre de ceux qui m’ont consultée les trouvent utiles quand une demande provoque chez eux un vague malaise difficile à cerner ou lorsqu’ils souhaitent évaluer le coût réel d’une décision.

 

En disant « oui » dans ce cas, est ce que :

 

            J’ai le courage de mes convictions ?

            Je permets à la peur de dominer ma vie ?

            J’affronte ceux qui m’ont déjà fait du tort ?

            Je définis mon être plutôt que d’en laisser le soin à autrui ?

            Je tiens mes engagements envers moi-même ?

            Je veille à mon bien-être physique et psychique ?

            Je trahis quelqu’un ?

            Je dis la vérité ?

 

Comme vous l’aurez remarqué, ces questions ont en commun de reposer sur la notion d’intégrité : elles permettent de tester votre fidélité à vous-même. Certaines d’entre elles ont bien donné à réfléchir à Jeanne.

 

            *Est-ce que j’affronte une personne qui m’a fait du tort ? cette question m’a atteinte comme une douche froide, dit-elle, puisque je considère Carole comme quelqu’un qui m’a souvent blessée. D’ailleurs, elle agit de même avec les autres, sauf qu’ils ne le lui disent jamais. Puis la question sur mes engagements envers moi-même : le fait est que, suite à notre dernière dispute financière, je m’étais jurée que je ne la laisserais plus me mener par le bout du nez. En matière d’argent, elle n’est tout simplement pas digne de confiance. Mais la question la plus terrible a été celle qui porte sur la vérité. Carole n’a pas changé, pas plus que notre famille dans son ensemble. Ce serait donc folie que d’imaginer qu’il suffirait de rédiger un chèque et de donner un coup de baguette magique pour instaurer un climat de chaleur et de bonheur partagé. Est-ce que je trahirais quelqu’un ? oui, moi-même.

 

Après un long silence, Jeanne demanda :

 

            *Comment ai-je pu fermer les yeux sur tous ces éléments et faire comme s’ils n’avaient jamais existé ? Cette idée me déprime beaucoup plus que mon empressement à jeter 5000 francs par la fenêtre.

 

Lorsqu’on sollicite de vous un prêt, il semble en général que votre décisions dépende de la réponse à cette double question : en ai-je les moyens, et puis-je compter sur le sérieux de mon débiteur ? Or, en réalité, une affaire d’argent n’est pas qu’une affaire d’argent quand elle concerne les intimes. C’est un symbole puissant d’amour, de confiance, de compétence, de victoire et de défaite. Des amis ou des proches vivants à des niveaux différents de réussite économique éprouvent souvent des jalousies et des ressentiments qui empoisonnent leurs rapports. Par ailleurs, il arrive constamment que les membres d’une famille s’enferment dans une distribution rigide des rôles : le sauveteur héroïque, l’enfant irresponsable, et plein d’autres.

Jeanne se rendit compte que c’était le cas dans sa famille. S’estimant désormais en mesure de décider en connaissance de cause, elle refusa la demande de sa sœur, car elle savait que céder à ce chantage serait une tentative pour acheter un bonheur qui n’existait pas. En outre, elle aurait ainsi permis à Carole de continuer dans la vois de l’étourderie financière qu’elle et son mari suivaient depuis des années. (je lui rappelai que les chantages de ce type ont rarement un caractère unique, la première demande d’argent libérant le plus souvent une avalanche d’autres demandes.) Enfin et surtout, Jeanne aurait été contrainte de nier des vérités durement conquises et de transgresser des vœux auxquels elle tenait beaucoup, au détriment de sa dignité personnelle. L’accroc à son intégrité aurait eu un prix bien supérieur aux 5000 francs sollicités.

 

L’intégrité dans l’intimité

 

C’est notamment dans l’arène sexuelle que l’on perd pied face à des pressions ou à des attentes différentes des siennes. Il n’existe guère de domaine où l’on soit aussi vulnérable, aussi nu, où l’on désire aussi ardemment être accepté, et accepter. Si vous ne dites pas à votre partenaire ce qui vous plaît, et ce qui vous déplaît, ce qui vous excite et ce qui vous gêne, il ne peut y avoir d’intimité réelle. En revanche, on ne veut pas vexer l’autre ou se fermer aux jeux et aux expériences.

On sait que chacun a un niveau de désir et de détente qui lui est propre, et l’on tient à respecter celui de son partenaire. On connaît la puissance de la sexualité comme moyen de conquérir celui ou celle que l’on désire… et de manipuler l’autre en refusant de lui donner satisfaction. C’est pourquoi on risque, si l’on n’y prend garde, de décider de son comportement sexuel pour de mauvaises raisons : pour prouver sa capacité de séduction. Pour se montrer libéré et spontané. Pour faire valoir ses « droits de propriété sur l’autre. Pour punir. Pour échapper au brouillard du chantage affectif.

 

Comment vous orienter dans un domaine aussi sensible, aussi trouble ? Il n’y a pas de règles du jeu en dehors de celles que votre partenaire et vous-même définissez. D’où la nécessité de bien examiner les demandes dont vous faites l’objet. Puis, comme dans le reste de votre vie, vous devez évaluer l’impact sur votre intégrité de tout demande que vous jugez gênante et trancher en fonction de cette évaluation. Vous semble-t-il que les questions de vie sexuelle sont trop délicates ou trop complexes pour se prêter à la même rigueur analytique que nous avons appliquée jusqu’ici ? Vous verrez bientôt qu’elles sortiront indemnes de cet examen, de même que vous.


Posté: 12:50, 2/06/2006 dans 92 L heure des decisions
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L'heure des décisions 4

S’agit-il d’amour ou de pouvoir ?

 

Comme une relation sexuelle est par essence affaire de réciprocité, il n’y a pas de mal à donner tout simplement pour faire plaisir à l’autre. Par exemple, un homme veut un jour faire l’amour au réveil, alors que sa femme, à moitié réveillée, n’en a pas vraiment envie, mais elle accède à sa demande parce qu’elle est contente de le satisfaire. Elle ne perd rien et son intégrité n’est pas en jeu, sauf si cette situation, où l’homme décide et où la femme se soumet sans désir ni enthousiasme devient la norme dans leurs rapports. Mais dans toute relation équilibrée entre partenaires sexuellement compatibles, des concessions de ce type ne devraient pas porter atteinte à votre intégrité tant qu’elles demeurent exceptionnelles et qu’elles n’acquièrent pas le caractère d’une corvée désagréable et d’un dû. De même, une femme peut demander à  son partenaire de se prêter à un de ses fantasmes (« s’il te plaît, mets tes bottes de cow-boy »). Cela ne correspond peut-être pas aux fantasmes de l’homme mais, dans une relation saine, chacun demande du plaisir et en donne.

Il faut toutefois se sentir suffisamment libre pour pouvoir se protéger dace à une demande qui paraît extrême ou dangereuse. Hélène (professeur de lettres rencontrée au premier chapitre) me fit part de la gêne terrible qu’elle éprouva le soir où elle accepta de faire l’amour avec Patrick à seule fin de récupérer son affection, alors qu’elle s’écroulait de fatigue et de stress. « J’ai senti, me dit-elle, que je touchais le fond. Il me culpabilisait tellement que j’ai finit par céder même si j’étais si j’étais sur les rotules. J’adore faire l’amour, mais je n’ai absolument pas pris de plaisir ce soir-là. J’ai eu l’impression de me faire utiliser, d’être invisible, un objet. »

Je rappelai à Hélène que c’est une chose d’être accommodant avec l’autre un soir où l’on aurait plutôt envie de lire tranquillement, mais que c’en est une autre d’accepter, après avoir subi des pressions, de faire l’amour quand on va mal. Saisissant rapidement la nuance, elle m’annonça : « J’aime Patrick, mais ma décision est prise, c’est la dernière fois que ça se passera comme cela. » Elle me demanda cependant de l’aider à tenir bon, et, dans le chapitre suivant, vous découvrirez les réponses que je lui ai conseillées de donner au cas où ce scénario se reproduirait.

Harceler un partenaire peu disposé à faire l’amour pour l’amener à céder est un acte particulièrement hostile. Celui qui est tenté de capituler dans ce cas doit donc se poser cette question : Quel est le véritable enjeu de la situation ? Est-ce l’amour, ou le pouvoir, la domination, le triomphe de l’un sur l’autre ? Si c’est l’amour, l’autre personne montrera un peu de compassion envers son partenaire. Dans le cas contraire, il faut impérativement que ce dernier protège sa dignité et son intégrité.

 

Les choix de vie primordiaux : attention fragile !

 

Lorsque la demande du maître chanteur met en jeu des questions fondamentales, je vous conseille d’allonger le délai de votre prise de décision afin de pouvoir bien réfléchir à l’effet qu’aurait chacune des options possibles sur votre vie et votre intégrité. Je parle notamment de choix primordiaux portant sur des questions comme celles-ci :

 

            L’avenir d’un mariage ou d’une relation amoureuse

            La rupture avec un proche ou un ami

            La démission ou au contraire la résignation face à un travail peu satisfaisant

            La dépense ou l’investissement d’une importante somme d’argent

            Un déménagement, etc.

 

Un compromis qui préserve la relation tout en éloignant les éléments que vous jugez inacceptables peut s’avérer parfaitement convenable dès lors que le maître chanteur y consent. Il ne s’agit pas en effet de changer les rôles en substituant vos ultimatums aux siens. Dans la mesure du possible, vous devez tâcher de rétablie le climat de réciprocité que le chantage affectif a détruit.

Laissez-vous le temps d’explorer les exigences du maître chanteur et l’éventail des réactions dont vous disposez – sauf dans les cas suivants :

 

            L’autre a recours à des violences physiques ou menace de le faire

            L’autre a un grave problème psychologique, ou avec l’alcool, la drogue, les jeux d’argent, ou les dettes, et refuse de le reconnaître ou de suivre une thérapie.

            L’autre se livre à des activités illicites.

 

Dans ces cas-là, vous ne pouvez vous permettre le luxe d’une longue réflexion. Vous devez rapidement prendre votre décision et la mettre aussitôt à exécution.

 

Il est urgent d’attendre

 

Sarah, le greffier rencontré dans l’introduction, voulait bien épouser Franck, mais les mises à l’épreuve qu’il ne cessait d’inventer suscitaient chez elle des sentiments de plus en plus ambivalents. Quand elle appliquant à sa situation mon procédé de prise de décision, elle se rendit compte qu’elle ne pourrait atteindre la sérénité nécessaire pour se marier que si un certain nombre de changements se produisaient.

J’assignai à Sarah la tâche de détailler tout ce dont elle estimait avoir besoin de la part de Franck ainsi que les comportements qu’elle jugeait admissibles et inadmissibles. Elle me demanda : « Est-ce que ça va si je fais deux listes, d’abord celle où je traite quelque de tous les noms, puis la vraie liste ? Je sens que j’ai besoin de me défouler… »

Si vous avez pris l’habitude de refouler vos doutes et de chasser votre contrariété à coups d’arguments prétendument rationnels, il vous conviendrait vraisemblablement de faire de même –ou de rechercher un autre exutoire anodin pour votre frustration – avant de vous attaquer à votre liste. Car pour simple que vous paraisse l’énumération de vos besoins et de vos désirs, il faut souligner que nombre de victimes du chantage affectif rentrent depuis si longtemps leur ressentiment qu’elles se trouvent au bord de l’explosion.

Un moyen particulièrement efficace de décharger des émotions violentes consiste à vous installer face à une chaise vide et à imaginer l’autre personne assise dessus (le cas échéant en y posant une photo). Ensuite, vous direz tout haut les pensées et les sentiments que vous avez refoulés. Exprimer ainsi votre colère en l’absence du maître chanteur présente le double avantage de libérer de l’énergie et de clarifier les enjeux dans votre esprit, alors que, si vous commenciez par fulminer en sa présence, non seulement vous parviendriez difficilement à détendre l’atmosphère, mais vous risqueriez au contraire de la charger davantage.

Voyons la façon dont Sarah s’y est prise :

 

            *Je ne comprends pas ce qui nous arrive, Frank. Tu me traitais si bien au début. Je te croyais vraiment attaché à moi. Mais l’amour n’est pas une épreuve. Je suis ton amie, ton amoureuse, et un jour peut-être seerais-je ta femme, mais je trouve tout simplement monstrueux le nombre de conditions que je dois remplir pour pouvoir prétendre à ton amour. Quoi ? Tu ne veux plus m’épouser parce que je ne fais pas de baby-sitting pour ta sœur ? Quelle mesquinerie ! Comment oses-tu m’évaluer en fonction d’un tel critère ? L’amour ne s’achète pas, Frank, et quelles que soient les pressions tu fais, je refuse d’acheter le tien. Non mais ! Tu me prends pour qui ? Comment peux-tu être aussi ignoble ? Arrête, je te dis d’arrêter !

 

A la fin de sa diatribe, Sarah haletait. Puis elle se tourna vers moi, le sourire aux lèvres et dit : « Bon, je suis prête à dresser ma liste. »

J’ai tenu à lui préciser qu’il ne faut pas confondre affirmation de ses attentes et volonté de domination. Tout ce qu’il faut faire, c’est dire en substance : « Voilà ce qui rendrait notre relation plus satisfaisante pour moi. »

 

Sarah élabora donc la liste suivante :

            1-les mises à l’épreuve sont terminées. Soit tu veux m’épouser, soit tu ne veux pas. Je t’aime et j’ai envie de me marier avec toi, mais je ne ferai plus de prouesses pour t’en convaincre. Si tu doutes à ce point de moi, parle-m’en et nous chercherons ensemble à aplanir les difficultés.

 

            2-Je t’aime, et je souhaite aussi élargir le champ de mon activité professionnelle. J’estime que l’un n’exclut nullement l’autre. Mais si tu n’es pas du même avis, c’est qu’il y a un problème fondamental dans notre relation. Mieux vau tle savoir plutôt que de le découvrir par la suite.

 

            3-Il faut que tu cesses d’utiliser mes réticences à céder à toutes tes exigences comme prétexte pour mettre en cause la profondeur de mon attachement. Il n’y a aucun rapport entre ces deux questions.

 

            4-Si tu veux quelque chose de moi, demande-le clairement, et je ferai mon possible pour te donner satisfaction tant que je n’y vois pas d’inconvénient majeur. Mais j’ai besoin de me sentir suffisamment à l’aise pour refuser dans certains cas, sans pour autant avoir l’impression de commettre un crime contre l’humanité.

 

« Je suis vraiment contente d’avoir dressé cette liste, me dit Sarah, mais je commence à m’inquiéter. Que faire s’il éclate de rire ou s’il me rétorque qu’il n’en est pas question ? 

-Vous ne le saurez que si vous sautez le pas. Vous pouvez répéter toute seule votre discours jusqu’à ce que vous soyez à l’aise, et ensuite le lui dire en observant ses réactions. N’oubliez pas que vous en êtes encore au stade du recueillement d’information, où il faut éviter d’avoir des idées arrêtées mais où vous devez quand même rester très attentive. Pour l’instant, vous prenez deux décisions : vous allez d’une part informer Frank de vos besoins, et d’autre part attendre de voir ses réactions avant de vous décider sur l’avenir de votre relation. »


Posté: 12:47, 1/06/2006 dans 92 L heure des decisions
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L'heure des décisions 5

Le désamorçage d’une crise de couple

 

Elisabeth, qui rentrait sa colère depuis des années, eut une réaction excessive quand Marc protesta contre son projet de se remettre à travailler. L’un et l’autre avaient proféré des menaces : elle avait parlé de le quitter et lui avait juré de la laisser sans argent et de la séparer à jamais de leurs jumeaux. Plus elle considérait l’exigence de son mari – qu’elle reste femme au foyer -, mieux elle comprenait qu’elle ne pouvait y accéder sans renoncer à une dimension vitale de son être.

 

Je proposai à Elisabeth d’écrire une lettre à Marc dans laquelle elle exprimerait ses sentiments et exposerait une nouvelle fois ses attentes. Si elle estimait lui devoir des excuses, c’était l’occasion de les lui présenter, et je l’incitai à se garder, à l’instar de Sarah, de toute acrimonie.

Il s’agit là d’un mode d’expression assez judicieux, surtout lorsque les rapports avec le maître chanteur se sont sensiblement dégradés. Il vous protège contre le risque de vous troubler à tel point que vous oubliez ce que vous vouliez dire et il vous aide à définir les questions qui comptent le plus pour vous. Bref, c’est un moyen de maintenir une certaine élégance dans des conditions de stress.

 

Voici la lettre d’Elisabeth :

 

Cher Marc,

Pourquoi ai-je choisi de mettre par écrit mes pensées et mes sentiments au lieu de chercher à te les communiquer directement ? Pour plusieurs raisons, dont la plus importante est que j’en suis venue à craindre les éclats de colère auxquels j’ai droit à chaque fois que j’essaie d’aborder le sujet de notre relation. Depuis que tu as commencé à me menacer des conséquences terribles que j’aurais à subir si j’entreprenais de divorcer, mes craintes ont redoublé d’intensité. Dans ces moments de crise, je cesse d’y voir clair, tout se brouille dans ma tête et je n’arrive plus à m’exprimer de façon cohérente. Il faut dire que tu me coupes la parole dès que j’effleure un problème dont tu ne veux pas entendre parler. C’est pour cela que je préfère t’écrire. Peut-être que cela me donnera la possibilité de structurer mes idées et de bien les présenter.

J’espère que tu liras cette lettre du début à la fin et que nous pourrons pas la suite en discuter tranquillement et rationnellement, sans tomber dans le piège de l’affrontement.

Je ne veux pas te quitter tant que je vois une chance de reconstruire notre relation et de l’asseoir sur des fondations plus saines qui favorisent l’amour et l’égalité. Je continue d’éprouver énormément d’amour pour toi en dépit de tout le mal que tu m’as fait ces dernières années, et je sais que tu as les mêmes sentiments pour moi. Tu peux être l’homme le plus chouette du monde (et le plus séducteur) mais pour que je reste, il faut que tu assumes 50% de la responsabilité pour la mauvaise tournure qu’a prise notre mariage et 50% de l’effort requis pour le remettre sur les rails.

Je m’engage à en faire autant. D’ailleurs, je commence tout de suite : je reconnais que ma réaction a été excessive quand tu es sorti de tes gonds en apprenant mon intention de reprendre ma formation. Je sais également que le fait que j’évoque l’éventualité du divorce et que je consulte un avocat a contribué à ta colère et à ton attitude menaçante. Il semble donc que chacun de nous ait jeté de l’huile sur le feu, alors que ni toi ni moi n’avons réussi à communiquer nos sentiments réels. J’étais déterminée à te montrer que tu ne pouvais pas diriger ma vie, et je regrette sincèrement de m’y être si mal prise.

Avant d’avoir commencé ma thérapie, je ne trouvais pas les mots pour caractériser notre relation, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Cela s’appelle « chantage affectif », et pour nous cela remonte loin. Déjà à l’époque, certes, je jugeais infantiles et insultantes des petites punitions comme le fait de décrocher le dispositif d’ouverture automatique du garage, mais elles ne me semblaient pas peser bien lourd par rapport à tous les côtés formidables de notre mariage. Je me rends compte aujourd’hui de ma part de responsabilité : j’aurais du te faire comprendre le caractère humiliant de ces actes et mon refus d’en supporter d’autres à l’avenir. Et maintenant que tes chantages ont atteint le niveau de la menace et de l’ultimatum, il faut des transformations profondes dans notre mariage, faute de quoi je serais obligée de partir.

Je m’applique, dans ma thérapie, à retrouver ma dignité, et je découvre peu à peu ce qu’il y a au fond de moi qui m’a permis d’accepter pendant tant d’années le chantage affectif. Mais je ne peux y arriver tout seule. Je connais bien la manière incisive avec laquelle tu aimes résoudre les problèmes. Je vais donc t’indiquer ce qui, de mon point de vue, doit se passer pour que nous ayons une chance de sauver cette relation qui avait si bien commencé.

 

1-Les menaces et les comportements tyranniques doivent cesser immédiatement. Cette revendication n’est pas négociable. Comme je sais que tu n’es pas en mesure de garder pour toi tout notre argent et les enfants, je t’assure que tu dépenses ta salive pour rien. Si tu es en colère contre moi ou effrayé par la perspective de me perdre, tu peux me le dire, mais je ne te permettrai pas de me traiter comme un enfant désobéissant et, si tu recommences, je quitterai la pièce, ou même la maison s’il le faut. (Je ne suis pourtant pas sûre que tu parviendras tout seul à maîtriser ta colère ou le côté de toi qui te pousse à agir ainsi, c’est pour cela que je serais ravie si tu consultais un thérapeute.)

 

2-Je veux que nous réservions tous les soirs un moment après que les enfants sont couchés pendant lequel nous nous parlerons avec douceur et correction. Nous avons tous deux des doléances, et je ne m’attends pas à des transformations instantanées, mais nous devons néanmoins en discuter à fond afin de rechercher des compromis et des solutions.

 

3-Je me rends compte que tu tiens beaucoup plus à l’ordre que moi et que je laisse effectivement traîner pas mal d’affaires. Je consentirai donc un effort de rangement, mais je te pris en contrepartie d’assouplir quelque peu tes normes et de diminuer la pression sur les enfants et moi. Plutôt que de me punir, tu pourrais peut-être songer à m’aider.

 

4-Je ne veux plus t’entendre hurler. Non seulement tes cris ont quelque chose de profondément blessant, mais ils me rappellent trop le comportement de mon père, et cela me fait peur.

 

J’espère de tout mon cœur que ces conditions te paraissent acceptables. Si c’est le cas, tu peux compter sur moi pour y travailler avec toi. Je te propose une période d’essai de deux mois au bout de laquelle nous ferons le point des progrès réalisés et de nos sentiments. En ce moment, j’ai assez peur, mais j’ai aussi bon espoir. Je crois que, si nous savons en profiter, cette crise peut nous permettre de dégager la voie d’un mariage bien meilleur.

 

                                                                       Ton Elisabeth

 

 

Comme Marc s’était auparavant comporté de manière vindicative et hargneuse, Elisabeth ne pouvait prévoir sa réaction à ce message de revendication et d’espérance. Mais, en tout état de cause, le fait de l’avoir écrit représentait pour elle un grand pas en avant.

 

Face au chantage dans la vie professionnelle

 

Lorsque l’on subit des chantages dans le cadre de son travail, on craint parfois de se trouver face à un problème insurmontable, surtout lorsque le chantage est le fait d’un supérieur. Les récits sur les « chefs cauchemardesques » ne manquent pas, et le déséquilibre de pouvoir qui les sous-tend ne fait que renforcer l’indignation qu’ils soulèvent. Sachant que ses moyens de subsistance sont entre les mains d’un maître chanteur, on cède à celui qui tient les cordons de la bourse. De même que dans une relation, on laisse parfois passer certains incidents, leur permettant ainsi de s’accumuler et de s’aggraver au point que l’on estime finalement n’avoir plus d’autre choix que démissionner.

 

Elargir la gamme des options

 

Cécile, la rédactrice de magazine rencontrée au chapitre 4, avait l’impression de vivre en état de siège :

 

            *Je n’en peux plus. Je passe ma vie au bureau, où mes mains sont devenues de simples appendices de l’ordinateur et du téléphone. Je suis tellement épuisée que je n’arrive plus à penser, et mon chef ne me lâche pas avec ses comparaisons désobligeantes. Il me demande d’atteindre un niveau qui est hors de portée. Contrairement à certains de mes collègues, je ne suis pas une fana du travail. Cela veut dire que, si je ne tiens pas cette cadence effrénée, je glisserai bientôt vers la liste des collaborateurs que cette entreprise cinglée est en train d’établir pour les prochains licenciements.

Je ne vois guère d’autre issue que de chercher un autre travail. Mais toute cette expérience a tellement miné ma santé physique et mentale que, quand je rentre chez moi le soir, je dois faire un énorme effort pour éviter de fondre en larmes ou de crier après quelqu’un qui ne le mérite pas. Je ne peux pas arrêter de travailler, nous avons trop besoin de mon salaire. Le mot enfer commence à avoir un sens très précis pour moi.

 

De toute évidence, les choses ne pouvaient pas rester en l’état. Les exigences de son travail mettaient en danger la santé de Cécile, et pourtant, elle avait réduit à 0 ses options en disant « je ne vois guère d’autre issue que… ». Pour sortir de l’impasse, elle devait se résoudre à définir par elle-même ses besoins et ses désirs, puis se mettre à réaliser, fût-ce peu à peu, les changements qu’elle jugeait primordiaux.

Nous avons pris pour point de départ les exigences de son supérieur :

« je ne sais même pas par quel bout commencer, se lamenta Cécile, puisqu’il ne s’agit pas d’une seule demande, mais d’une suite ininterrompue d’exigences. Il me croit capable de travailler sans relâche, mais il a tort.

-A quoi se résument alors toutes ses exigences ? Demandai-je.

-A cette idée : faites ce que je vous dis, sinon…

-Sinon quoi ?

-Sinon je vous mettrai à la porte, ou, du moins, j’annoncerai à qui veut l’entendre que vous n’arrivez pas à la cheville de Marianne, cette rédactrice sans pareille. Or, dès l’instant que je ne suis plus indispensable, je n’aurai plus qu’à attendre ma lettre de licenciement.

-Vous évoquez souvent les comparaisons négatives qu’il fait avec Marianne, mais qu’est ce qui vous permet de penser que, si vous n’acceptez pas la tâche qui vous est assignée, votre poste sera menacé ? Votre chef a-t-il vraiment tenu des propos explicites à ce sujet ?

-Pas vraiment, mais cela se sent tout de même. Tous les collaborateurs de la revue savent qu’isl n’ont pas intérêt à tomber en disgrâce.

-Lui avez-vous déjà parlé des douleurs que votre travail vous donne aux bras et au cou ?

-Vous plaisantez ? s’exclama-t-elle. Dans cette entreprise, chacun n’est qu’un simple rouage de la machine.

Je fis remarquer à Cécile qu’elle agissait à partir de plusieurs hypothèses qu’elle n’avait guère testées. Ensuite je lui proposai de définir ce qu’elle considérerait comme des exigences raisonnables de la part de son chef.

 

Dès qu’elle eut produit cette définition, elle était en mesure de se concentrer sur les demandes qui lui paraissaient excessives et d’en évaluer le coût, pour elle ainsi que pour d’autres personnes.

« Les heures supplémentaires, expliqua Cécile, font partie de mon métier. J’entends par là une semaine de 50 heures, sans compter le temps de lecture le week-end. J’en ai toujours eu conscience, et je l’ai accepté, sauf qu’il s’avère que je dois travailler encore plus. Depuis un moment, je dépasse largement les 60 heures hebdomadaires et il m’arrive de retourner au bureau le week-end. Au fond, j’ai horreur de tout ce stress. Je déteste aussi être comparée aux autres. Cela ne me stimule pas du tout. Cela ne fait que me remplir de peur et de rancune. »

Enfin, je demandai à Cécile de me préciser ses désirs et ses besoins.

« Il faut, dit-elle, que je puisse confier une partie de mon travail aux autres, et je veux que mon chef en prenne lui aussi l’initiative. Ses comparaisons négatives me soumettent à une telle pression que je ne les supporte tout simplement plus. J’aimerais qu’il m’informe directement de ce qu’il veut au lieux de me forcer la main comme il a l’habitude de le faire. »

Je lui dis alors : « Vous parlez beaucoup de votre supérieur. Mais quel est votre rôle à vous dans cette affaire ? »

Après avoir réfléchi aux mesures qu’il convenait de prendre, Cécile me répondit : « Je me reproche d’avoir à ce point laissé dégénérer la situation. Je sais que je dois apprendre à refuser une tâche pour des raisons comme la fatigue ou les exigences de ma vie de famille. Ce serait pas mal non plus si j’arrêtais systématiquement d’imaginer le pire. »

Dès que Cécile eût analysé calmement les données du problème, elle comprit que le stress qu’elle éprouvait venait en bonne partie d’elle-même. Son supérieur allait-il réellement la renvoyer si elle lui annonçait qu’elle avait besoin de ralentir le rythme afin de se ménager ? Selon toute probabilité, il n’y songerait même pas, et, en tous cas,  elle ne lui avait jamais révélé combien son travail était en train d’ébranler sa santé. Elle n’avait jamais su jusqu’alors que lui dire oui. Le drame, c’est qu’elle ne pouvait plus se le permettre, tant les conséquences de son surmenage devenaient inquiétantes. Il lui apparut alors que le choix qu’elle avait considéré comme le seul possible – le maintien du statu quo – n’en était pas un.

Puisque Cécile était terrorisée à l’idée d’affronter son chef, nous avons répété les propos à tenir jusqu’à ce qu’elle se sentit à l’aise. Nous verrons dans le chapitre suivant qu’elle a réussi à lui présenter sa décision de manière à préparer le terrain pour une collaboration autrement plus harmonieuse.

 


Posté: 12:40, 1/06/2006 dans 92 L heure des decisions
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L'heure des décisions 6

Cela s’appelle Stratégie

 

Si d’après votre expérience avec votre supérieur toute tentative de dialogue ou de résistance de votre part risquerait de vous attirer de graves ennuis, vous pouvez, bien sûr, envisager de vous plier provisoirement.

Comment parvenir à un modus vivendi avec un chef qui, en plus d’être maître chanteur, se montre irrationnel, soupe au lait, et superbement méprisant ? Même si la plupart des individus ne se sentent ni capables ni disposés à faire violence à leur personnalité juste pour gagner leur vie, il semble parfois que c’est précisément ce que l’on exige d’eux. Ils reconnaissent la nécessité de mettre un terme à une situation intolérable, mais, à moins de posséder d’importantes réserves ou d’avoir reçu une autre offre d’emploi, ils ne peuvent s’offrir le luxe d’un départ fracassant. La réponse à notre question est qu’il faut rebaptiser votre comportement : au lieu de l’appeler « adaptation » ou « soumission », vous lui donnerez désormais le nom de « stratégie ». Grâce à ce seul changement de vocabulaire, vous vous verrez beaucoup moins comme une victime désarmée. Le mot « stratégie » comporte l’idée d’un choix, d’un plan élaboré dans votre intérêt, et il doit en être ainsi. Est-ce de la malhonnêteté que de faire semblant de se plier pendant que l’on cherche la sortie de secours ? Pas du tout ! C’est tout simplement veiller à sa propre survie.

 

Voici les quelques règles de base de cette « stratégie d’adaptation provisoire » :

 

1-Ne tolérez rien qui risque de nuire à votre santé.

S’il y a un domaine où vous devez impérativement vous protéger, c’est bien celui-ci. Pas question d’accepter des demandes qui mettraient en péril votre équilibre physique ou psychique.

 

2-Appliquez-vous à redéfinir pour vous-même votre travail.

Plutôt que de vous répéter que votre entreprise c’est le bagne, commencez à envisager votre collaboration comme un simple moyen d’atteindre un objectif librement choisi. A titre d’exemple, vous vous direz : « j’ai décidé de rester dans cette situation jusqu’au jour où j’aurais suffisamment d’économies pour m’en éloigner. » Si vous vous trouvez vers le bas de la hiérarchie, mettez toute votre énergie dans l’acquisition de nouvelles compétences en profitant des formations proposées et du contact avec des collègues expérimentés. Bref, transformez votre insatisfaction en projet.

 

3-Etablissez un programme et un calendrier.

On ne saurait confondre cette règle avec l’idée de supporter indéfiniment une situation éprouvante. Il s’agit au contraire de réfléchir aux mesures à prendre pour la quitter. Pensez-vous rechercher un autre emploi ? Suivre une formation ? Demander votre intégration dans une autre équipe ? Viser une promotion ? Mettre de l’argent de côté ? Tâchez d’être le plus précis possible quant à l’effort et aux délais à prévoir, puis engagez-vous à respecter votre programme.

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