Description
le livre "le chantage affectif" de Susan Forward n'est plus édité en France.
Je vais donc éditer ici un certain nombre de ses chapitres afin que tous puissent les consulter.
Pour lire le livre dans l'ordre, commencer par Introduction1, puis Introduction2, etc....
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Votre stratégie 1
10 : VOTRE STRATEGIE
L’annonce de votre décision au maître chanteur est l’aboutissement de tout le travail de préparation que vous avez effectué. Cette seule perspective suscite, je le sais bien, des angoisses et des tiraillements, signes quasi inévitables d’un bouleversement en matière de comportement.
Je vais vous proposer plusieurs stratégies qui vous permettront de présenter vos arguments et de ne pas en démordre, quelles que soient les réactions en face. Je vous garantis que la mise en œuvre des quatre stratégies fondamentales expliquées dans ce chapitre – la communication non défensive, la transformation de votre adversaire en allié, l’échange et l’humour – fera basculer le rapport de force au sein de votre relation. Ce sont à ma connaissance les moyens les plus efficaces d’en finir avec le chantage affectif.
J’aimerais tant me tenir à vos côtés au moment de vérité, mais ce n’est pas possible. Ce que je peux faire en revanche est de vous fournir – à vous, le protagoniste de la pièce – un texte à apprendre et à employer dans vos rapports avec le maître chanteur.
Notons cependant que, si vous comptez quitter la personne mais que vous la jugez imprévisible et potentiellement dangereuse, il ne faut pas la prévenir de vos intentions. Bornez-vous à vous protéger et à partir, à chercher refuge dans votre famille, chez vos amis, ou, à défaut, dans un centre d’accueil érigé à cette fin (tel qu’une maison pour femmes battues.) Il ne serait ni sérieux, ni réaliste de ma part de vous assurer de l’efficacité de mes quatre stratégies face à un individu ouvertement violent.
Stratégie : la communication non défensive
L’autre, nous l’avons vu, a réussi jusqu’ici à imposer sa volonté à coups de cris de bouderies, de menaces, et de critiques ouvertes ou voilées. Vous y avez réagi pour le mieux, vous servant des moyens du bord, afin de dresser une barrière entre vous et les sentiments de peur, d’obligation et de culpabilité que ses manœuvres éveillent en vous :
Vous avez contesté l’image qu’il vous renvoie en disant « ce n’est pas moi qui me comporte en égoïste, c’est toi. Comment peux-tu me faire ce reproche, alors que je me mets régulièrement en quatre pour toi ? Par exemple ce jour où…. »
Vous avez essayé de deviner le fond de sa pensée quand il semble souffrir en l’implorant : « s’il te plaît, raconte moi ce qui ne va pas. Qu’est ce que j’ai fait ? Allez, dis moi comment je devrais m’y prendre pour te rendre plus heureux. »
Vous avez tenté d’acheter sa bienveillance en disant « Eh bien, si cela te contrarie à ce point, je peux modifier mes projets (renoncer à aller à mon cours, à accepter cet emploi, à retrouver mes amis, à partir en vacances…) »
Vous avez présenté explications, objections et excuses pour le convaincre de votre point de vue, en répétant « mais enfin, sois raisonnable ! Ne vois-tu pas que tu as tort ? Que tes demandes sont absurdes, irrationnelles, vexantes ? »
Or, des réponses de ce genre ont un double inconvénient : elles sont défensives et contribuent à augmenter l’intensité affective de la situation. A essayer de vous protéger, vous ne faites que jeter de l’huile sur le feu.
Mais que se passerait-il si les étincelles produites par les reproches et les menaces du maître chanteur tombaient sur un sol mouillé ? Si, au lieu de vous évertuer à influencer l’autre personne, vous optiez pour un scénario entièrement nouveau ? Concrètement, cela veut dire que vous réagiriez aux pressions par des phrases comme celles-ci :
Je suis navré de te voir aussi contrarié.
Je comprends que tu puisses avoir cette impression
Tiens ! C’est intéressant !
Ah bon ?
Tes cris (ou menaces, bouderies, larmes, silences) ne marchent plus et, de toute façon, on ne résoudra rien comme cela.
Nous en reparlerons quand tu seras calmé.
Et surtout :
Tu as tout à fait raison. (même si vous pensez le contraire)
Nous avons là le cœur de la communication non défensive. Apprenez par cœur ces phrases, puis ajoutez-y quelques phrases de votre cru. Répétez-les à haute voix jusqu’à ce que vous soyez à l’aise avec elles, éventuellement en vous entraînant en présence d’un ami. Il est indispensable de les intégrer à votre façon de parler et de les garder constamment prêtes à servir. Face aux pressions de l’autre, il faut en toute circonstance REFUSER DE VOUS EXPLIQUER OU DE JUSTIFIER VOTRE DECISION.
Je sais bien que ces formules ne sembleront pas naturelles au départ. En effet, rares sont ceux qui ont l’habitude de répondre par une phrase neutre et laconique au tir nourri d’un accusateur énervé. Ne vous étonnez donc pas de vous découvrir l’envie d’allonger et de développer ces réponses, mais gardez-vous de le faire !
La communication non défensive montre son efficacité face à tout maître chanteur, et ce, à n’importe quel stade du cycle du chantage. Outre le fait de l’avoir enseignée à des milliers de personnes, je m’en sers dans ma vie depuis de nombreuses années. Je ne prétends pas que je l’ai assimilée du premier coup ni qu’elle débouche infailliblement sur le résultat escompté. A l’instar de tant d’autres, j’avais au départ le cœur qui battait la chamade, et cela m’arrive encore par moments. Mais je vous promets que, à chaque utilisation de cette stratégie et des autres présentées dans ce chapitre, l’exercice devient de moins en moins ardu. Car, comme bien des maîtres chanteurs le constatent avec stupéfaction, le feu ne prend tout simplement plus dès lors que la victime refuse de l’alimenter.
L’annonce non défensive d’une décision
Jules avait compris que, pour retrouver sa dignité, sauver sa vie de couple et jeter les bases d’une relation authentique avec son père, il devait arrêter de dissimuler à ce dernier la situation réelle et l’informer de sa ferme volonté d’épouser Béatrice. Je l’encourageais à prendre son courage à deux mains et à annoncer la nouvelle à ses deux parents simultanément afin de s’assurer que sa mère l’entendrait de sa bouche au lieu d’en recevoir une version revue et corrigée par son père. « Cette idée de pratiquer la communication non défensive me plaît assez, me dit Jules, mais il faudra que vous me donniez un coup de main, car je ne sais pas très bien comment m’exprimer ou préparer le terrain. »
Nous avons commencé par la définition des règles de base qui allaient gouverner la présentation de sa décision. « Tout d’abord, expliquai-je, il convient de créer une situation qui vous met relativement à l’aise et qui dispose l’autre à vous écouter dans un esprit d’ouverture. » Quand on a une décision important à annoncer, il est capital de se doter de tous les atouts disponibles. Cela vous interdit, par exemple, d’entamer la discussion lorsque votre interlocuteur paraît fatigué et stressé ou que les enfants se déchaînent dans la maison.
S’il s’agit de votre conjoint ou partenaire, le premier pas consiste à prévenir de votre désir de discuter, après quoi vous devez prévoir un moment de tranquillité où il n’y a pas de risques d’interruption. A cette fin, n’hésitez pas à débrancher le téléphone. Si vous n’habitez pas ensemble, il convient de retrouver la personne dans un endroit où vous êtes à l’aise. On ne saurait trop insister sur l’importance de ce facteur : ce serait une grave erreur de choisir un lieu peuplé des fantômes de votre passé ou de souvenirs qui vous rappellent, dès que vous franchissez la porte, votre situation de faiblesse vis-à-vis de l’autre.
« Je pourrais les inviter à dîner chez moi, dit Jules, mais je sais que ce n’est pas très commode pour eux. En plus, ils sont deux, alors que chez moi, je serai tout seul. Je ne vois donc pas d’inconvénients à passer chez eux. »
Je lui demandais si la maison de ses parents ne regorgeait pas d’objets ou de photos susceptibles d’évoquer son enfance. « Pas du tout, répondit-il, puisque ce n’est pas la maison où j’ai grandi. Mes parents ont acheté un appartement qui, d’ailleurs, ressemble plus à une suite d’hôtel qu’à la maison d’autrefois. Il ne faut quand même pas les prendre pour des monstres. Ils sont juste un peu fermés, c’est tout. »
Dès que le rendez-vous est fixé, il convient de centrer votre attention sur les propos précis que vous comptez tenir. Je conseillai à Jules de commencer par prier ses parents de l’écouter sans l’interrompre ni le contredire, puis de les assurer qu’ils auraient toute latitude pour s’exprimer après lui. A la suite de ce préambule, il pouvait annoncer sa décision. Ensemble, nous avons mis au point le discours suivant :
*Papa, maman, je vais vous demander de vous installer et de m’écouter jusqu’au bout. J’ai du mal à vous dire les mots que vous allez entendre, mais j’y ai longuement réfléchi et, par amour et par respect pour vous, je vais vous parler avec franchise et mettre fin à cette ambiance désagréable qui s’est instaurée entre nous. Je veux vous annoncer que j’ai décidé de me marier avec Béatrice. J’ai bien honte de vous avoir caché mes intentions au cours de ces derniers mois. Si j’ai agi ainsi, ce n’est pas parce que j’ai peur de vous, mais parce que j’ai peur de votre colère et de votre attitude de rejet. En ce moment même, je suis mort d’angoisse.
Par cette seule entrée en matière, Jules accomplit déjà un énorme pas en avant. Ayant établi les conditions dans lesquelles doit se dérouler la réunion, il exprime ses sentiments, tant ceux qui ont conditionné son comportement récent que ceux qui découlent de la situation présente. Il avoue aussi son hypocrisie antérieure et insiste sur son désir de ne plus y céder. Enfin, il annonce sa décision.
*Sachez qu’il n’y a rien que vous puissiez dire ou faire pour m’en dissuader. C’est ma vie, et c’est à moi qu’appartient cette décision. Je vais rapidement découvrir si, oui ou non, vous tenez plus à avoir raison et à imposer votre volonté qu’à maintenir votre relation avec moi. J’espère de tout mon cœur que ce n’est pas le cas. Je regrette d’être tombé amoureux d’une femme non catholique – mais que dis-je ? Je ne le regrette absolument pas ! Vous pouvez accepter cet état de fait et vous intégrer à ma nouvelle famille, ou le refuser. Je vous aime tous les deux, et je vous conseille de vous laisser temps qu’il faut pour réfléchir et déterminer le parti à prendre.
Jules s’en tient à sa décision et donne à ses parents le choix de l’admettre ou pas. Et, fait positif, il finit sur une proposition : il les engage à réfléchir à ses propos plutôt que de lui répondre de suite.
Anticiper les réponses
J’ai incité Jules à répéter son discours comme s’il s’agissait du texte que le comédien doit apprendre par cœur. Vous pouvez faire ce travail en présence d’un ami, face à une chaise vide, ou même en vous adressant à une photo du maître chanteur. Il faut vaincre le malaise ou le sentiment de ridicule que cet exercice ne manquera pas de provoquer dans un premier temps, car il vous aidera peu à peu à prendre suffisamment d’assurance pour pouvoir le jour venu affronter un être qui a si bien réussi par le passé à vous dominer.
Si vous entendez présenter une série de conditions, il n’y a pas de mal à les noter sur une feuille de papier pour la consulter ouvertement au cours de votre discours. Mais attention : lors de la « répétition », ne vous contentez pas de lire votre texte en silence. Il doit être prononcé à haute voix. Cette préparation donnera un grand coup de fouet à votre moral.
« Je veux bien répéter mon texte, dit Jules, même si je ne redoute pas particulièrement de tomber en panne d’inspiration avant la fin. Ce qui m’inquiète, par contre, c’est leur réaction. Ce sera déjà assez pénible de voir mon père bouillonner en face de moi. »
J’ai cherché à apaiser les angoisses de Jules en me livrant à des jeux de rôles avec lui et en l’entraînant à répondre aux questions et aux remarques qu’il craignait le plus. Là encore, vous pouvez faire cet exercice tout seul ou avec la participation d’un ami.
« A votre avis, quelle réaction vous posera le plus de problèmes ? Demandai-je.
-Celle où mon père dira : « Tu sais que cela veut dire que je ne pourrai plus soutenir ton entreprise. »
-Et quelle sera votre réponse ?
-« Va te faire f… ! Je me passerai de ton argent ! »
-Nous pourrions peut-être trouver une formulation un peu moins brutale.
-D’accord. Que pensez-vous de celle-ci : « C’est dommage que tu voies les choses ainsi mais ma décision est prise… » ? »
Nous avons ainsi envisagé toute une gamme de réponses possibles.
Moi (dans le rôle du père) : - Nous ne pouvons tout simplement pas accepter ce mariage. D’ailleurs cela me choque et me vexe que tu m’aies menti.
Jules. –Je ne suis pas fier de t’avoir menti, papa. J’avais peur. C’est dommage que tu voies les choses ainsi, mais je vais quand même épouser Béatrice.
Moi. – Et que dira ta mère ?
Jules. –Je parie que les premiers mots à sortir de sa bouche seront : « Mais que se passera-t-il quand vous aurez des enfants ? Auront-ils une bonne éducation religieuse ? » Nous ne sommes même pas encore mariés, et elle pense déjà sur le long terme.
Moi. – Et vous répondrez…
Jules. – Ecoute, maman, nous les élèverons dans l’amour, en leur inculquant les valeurs de la dignité humaine.
Moi (dans le rôle de la mère) : Moi, je veux savoir s’ils seront catholiques ou juifs !
Jules. – Nous nous occuperons de ce problème quand il se posera dans les faits, maman. Mais pour l’instant, c’est le cadet de mes soucis.
Le soir où il devait annoncer sa décision, Jules n’en menait pas large, mais il ne dévia pas d’un pouce de son texte sans jamais laisser ses parents le mettre sur la défensive.
*Notre soirée n’a pas marché comme sur des roulettes, c’est le moins qu’on puisse dire ! Mon cœur battait tellement fort que j’étais sûr qu’ils l’entendaient, et j’avais un peu mal au cœur. Je me rappelais sans cesse de bien respirer, et je me répétais dans ma tête la phrase « je ne craquerai pas ». Tout cela m’aidait, mais l’affaire n’était pas gagnée pour autant. De son côté, mon père mit les bouchées doubles. Il commença par demander : « Pourquoi tu nous fais ça ? Comment peux-tu nous causer tant de chagrin ? » J’avais l’impression de prendre un coup de couteau en plein cœur, mais tout ce que je lui répondis fut : « C’est dommage que tu voies les choses ainsi, papa. » Bien que surpris sur le coup, il ne tarda pas à reprendre : « Si tu épouse cette fille, tu ne feras plus partie de notre famille. Cette histoire est en train de tuer ta mère. » Et moi de répondre : « Tes menaces à toi sont en train de tuer notre relation. Je sais bien que tu es fâché et ennuyé. » A ce stade, il me sortit une phrase que j’avais bien prévue : « Je n’en reviens pas que tu m’aies menti. » Ce à quoi je répliquai : « J’ai menti parce que j’ai peur de toi. J’espère que nous pourrons un jour y remédier. »
Ayant raté sa cible plusieurs fois de suite, il changea de registre : « après tout ce que ta mère et moi avons fait pour toi… » Je lui dis aussitôt : « Je vous en suis reconnaissant, papa, mais pas suffisamment pour vous autoriser à choisir la femme que j’épouserai. » Enfin, il me compara, en désespoir de cause, à mon frère Eric, qui lui, s’est marié avec une catholique qui lui a donné une flopée de bons petits catholiques. Je lui répondis : « Je ne peux pas être comme Eric parce que je ne suis pas Eric, je suis moi. »
Je vis alors qu’il bredouillait, apparemment à cours d’arguments. Je suivis donc votre conseil, je lui suggérai qu’il avait sans doute besoin de temps pour mieux y réfléchir.
Mon père finit sur ces mots : « Là, tu me demandes vraiment beaucoup. J’ai des principes et des croyances qui jouent un rôle primordial dans ma vie, et je ne sais pas si je peux accepter ta décision. » Je me levai pour partir, et ils m’accompagnèrent jusqu’à la voiture. Juste avant de démarrer, j’abaissai la vitre, et mon père me dit : « Bon, c’est vrai que je t’ai appris à défendre tes intérêts, mais je ne me doutais pas qu’un jour tu les défendrais face à moi. » Un petit sourire se dessinait sur ses lèvres.
Jules avait affronté sa peur la plus terrible, celle de contrarier ses parents. Et l’issue de l’histoire ? Il n’y eut ni mort d’homme, ni apocalypse. Ce n’avait certes pas été une partie de plaisir pour Jules, mais cette expérience devait lui apporter un grand soulagement et un sentiment de dignité retrouvée.
« J’ai l’impression d’avoir grandi de 3 mètres ! » Jubila-t-il.
Il avait récupéré son intégrité perdue.
Dans la vie réelle, où se meuvent des êtres en chair et en os, les sentiments et les rapports entre individus sont généralement trop complexes pour permettre des Happy Ends hollywoodiens. J’aimerais pouvoir annoncer que la famille de Jules a chaleureusement accueilli sa nouvelle femme, mais il n’en est rien. Car, si son père s’est rendu compte du risque qu’il courait de perdre son fils, il n’a pas encore pleinement accepté Béatrice, sans parler de lui témoigner une quelconque affection.
Pour sa part, Jules cherche, malgré sa déception, à éviter la rupture totale avec ses parents, mais la tension qui continue d’exister entre eux l’oblige pour l’instant à réduire le temps passé en leur compagnie. Il espère ardemment que le temps finira par les radoucir, peut-être quand leurs petits enfants naîtront. Toutefois, que cet espoir se réalise ou pas, Jules a fait le bon choix. Non seulement il a retrouvé sa dignité et son intégrité, mais il est infiniment plus en paix avec lui-même qu’à l’époque où il mentait à ses parents et manquait à ses engagements envers Béatrice.
Dans certains cas, bien sûr, les autres transigent à la fin. Mais le plus important, c’est ce que vous entreprenez pour vous-même, ainsi que le niveau d’assurance que vous aurez atteint lorsque viendra le jour décisif.
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Posté: 12:59, 15/07/2006 dans 91 Votre strategie |
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Votre stratégie 2
Quelques parades aux réactions les plus courantes
Puisque vous connaissez très bien l’autre personne, anticiper la bordée de réponses qui accueillera vos propos ne devrait guère vous poser de problèmes. Mais si, comme tant de victimes du chantage, vous avez peu d’expérience en matière de communication non défensive, vous risquez de mettre du temps à trouver la bonne réplique, d’autant que vous serez peut-être tenté de choisir des mots susceptibles de calmer le jeu.
Ne vous inquiétez pas de la lenteur avec laquelle vous répondez : vous avez tout votre temps pour réfléchir. Par ailleurs, ce n’est pas une mauvaise idée de laisser un peu de place au silence avant de reprendre la parole. L’essentiel, c’est de résister à la tendance à retomber dans vos réactions habituelles, pour surmonter votre angoisse et pallier les difficultés que vous avez à vous exprimer. Dans cette optique, je vous propose encore un certain nombre de parades aux réactions les plus courantes. Encore une fois, je ne saurais insister assez sur l’importance de l’entraînement, seul moyen de parvenir à les employer sans malaise.
Considérons une à une les réponses que, selon toute probabilité, vous entendrez.
1.Prévisions sinistres et menaces. Pour vous faire abandonner votre position, un bourreau – comme d’ailleurs un flagellant – vous accablera peut-être d’une longue liste des conséquences désastreuses qu’aurait, selon lui, votre décision. Il n’est jamais facile de résister à la peur de voir malgré tout se réaliser de telles prophéties, et ce l’est encore moins quand l’autre ne cesse de souligner votre entière responsabilité en cas de malheur. Il n’empêche :il ne faut pas lâcher prise.
Réaction du maître chanteur :
Si tu arrêtes de t’occuper de moi, je finirai à l’hôpital, (la rue, incapable de travailler, etc…)
Tu ne reverras plus tes enfants.
Tu vas détruire notre famille.
Tu n’es plus mon enfant.
Je te déshérite.
Je tomberai malade.
Je ne peux pas m’en sortir sans toi.
Je te ferai souffrir.
Tu le regretteras.
Votre réplique :
C’est toi qui l’auras choisi.
J’espère que tu n’en arriveras pas là mais, de toute façon, ma décision est prise.
Je sais que tu es très remonté en ce moment. Quand tu auras eu l’occasion d’y réfléchir, tu changeras peut-être d’avis.
Il vaudrait mieux attendre que tu sois moins énervé pour en reparler.
Tu n’obtiendras plus rien à coups de menaces (de souffrances, de larmes…)
Je suis désolé de te voir aussi énervé.
2. Injures et accusations. Quoi de plus naturel que de vouloir se défendre des injures et des accusations de l’autre ? Le seul ennui, c’est que, à réagir de la sorte, vous tombez dans le piège d’un échange parfaitement stérile du genre : « ce n’est pas vrai ! c’est toi qui… » Mieux vaut donc inspirer profondément et laisser votre raison couvrir les voix de la peur, de l’obligation et de la culpabilité qui résonnent au fond de vous. Souvenez-vous : lorsqu’il s’agit de présenter et de défendre votre point de vue, ce sont d’abord vos paroles qui comptent, non pas vos sentiments. Il importe d’abord de modifier votre comportement. Nous nous tournerons par la suite vers ce que vous ressentez réellement.
Réaction du maître chanteur :
Je suis stupéfait par ton égoïsme. Cela ne te ressemble pas.
Tu ne penses qu’à toi. Tu ne te soucies jamais de mes sentiments.
Et moi qui te croyais si différent des autres hommes (ou femmes) que j’ai connu.
Je n’ai jamais rien entendu d’aussi absurde de ma vie.
Tout le monde est d’accord pour dire que les enfants doivent respecter leurs parents.
Quel manque de dévouement !
Arrête donc de raconter des âneries !
Votre réplique :
Tu as le droit d’être de cet avis.
C’est sûrement l’idée que tu t’en fais.
Cela se peut.
Tu as peut-être raison.
J’ai besoin de réfléchir encore à la question.
Nous n’arriverons à rien si tu continues à m’insulter.
Je suis désolé de te voir aussi énervé.
3. Interrogations fatales. L’autre vous sommera éventuellement de vous expliquer et de justifier votre décision. Vous verrez peut-être dans cette demande l’occasion rêvée de tout déballer, de lui dire enfin votre amertume, votre colère, et votre refus de supporter un seul jour de plus son comportement. Le maître chanteur ne vous offre-t-il pas cette chance inespérée de mettre en place un vaste système de défense ?
Ne mordez pas à l’hameçon ! Tenez-vous en à votre stratégie. Vous vous êtes proposé d’annoncer votre décision, point à la ligne. Ce serait donc une erreur que de vous laisser entraîner dans une discussion sur le contenu de votre conflit. Ce n’est ni le choix d’un lieu de villégiature ni votre générosité qui sont en cause. Le fond de l’affaire, c’est que votre relation fonctionne selon cette logique bien particulière : l’autre cherche immanquablement à imposer sa volonté et vous finissez tout aussi immanquablement par lui céder. Ainsi, puisque vous êtes déterminé à sortir de cette logique, gardez vous de discuter, d’expliquer, ou de justifier. A une question commençant par le mot « pourquoi » ne répondez pas « parce que ».
Réaction du maître chanteur :
Comment peux-tu me traiter de la sorte (après tout ce que j’ai fait pour toi) ?
Pourquoi essaies-tu de saccager ma vie ?
Pourquoi te montres-tu si têtu (égoïste) ?
Qu’est ce qui te prend ?
Pourquoi agis-tu comme ça ?
Pourquoi veux-tu me faire souffrir ?
Pourquoi en fais-tu une affaire d’état ?
Votre réplique :
Je me doutais que tu ne serais pas content de ma décision, mais c’est comme ça.
Ce n’est pas une histoire de bons et de méchants. C’est tout simplement que nous ne poursuivons pas les mêmes buts.
Je ne suis pas prêt à endosser plus de 50% de la responsabilité en la matière.
Je comprends ta déception (ton énervement) mais ce point n’est pas à débattre.
Nous n’avons sûrement pas la même vision de la situation.
C’est sûrement ainsi que tu voies les choses.
Je suis désolée de te voir aussi énervé.
La riposte au silence.
Mais que faire face au maître chanteur qui, plutôt que de laisser éclater sa colère, boude en silence ? Nombre de victimes du chantage affectif trouvent ce silence et ce mutisme mille fois plus exaspérants que des attaques ouvertes.
Il semble par moment qu’il n’y a pas de moyens de déjouer des manipulations de cet acabit, et effectivement, c’est quelquefois le cas. Mais vous augmenterez malgré tout vos chances de réussite dès lors que vous resterez fidèle aux principes de la communication non défensive et que vous garderez présente à l’esprit la liste suivante des réaction à préférer et à proscrire.
Face à un maître chanteur qui boude, il ne faut jamais :
Compter sur lui pour faire le premier pas.
Le supplier de vous dire ce qui ne va pas.
Le presser de vous répondre (ce qui ne ferait que renforcer son attitude fermée)
Analyser, critiquer ou interpréter ses mobiles, son caractère ou son incapacité à s’exprimer directement
Assumer la responsabilité de la situation qui le contrarie (quelle qu’elle soit) afin de le mettre de meilleur humeur.
Lui permettre de changer de sujet de conversation.
Vous laisser intimider par l’ambiance de tension et d’hostilité qui plane.
Lancer, par dépit, des menaces que vous ne voulez pas mettre à exécution (exemple : « si tu refuses de me dire ce qui ne va pas, je ne te parlerai plus jamais »)
Supposer que, s’il finit par demander pardon, ce geste sera suivi d’une transformation important de son comportement.
Vous attendre à de grands changements dans sa personnalité, même s’il vous donner raison et qu’il s’engage à s’amender, car le comportement de l’individu a beau évoluer, sa personnalité fondamentale, elle, reste généralement inchangée.
Il convient en revanche
De vous rappeler que vous avez affaire à un être qui se sent faible et impuissant et qui redoute votre capacité à lui faire du mal ou à l’abandonner.
De ne l’affronter que lorsqu’il paraît relativement disposé à vous entendre (une possibilité consiste à lui écrire une lettre, forme de communication qui pourrait lui sembler moins menaçante)
De l’assurer de votre volonté de l’écouter sans riposter quand il est en colère.
De faire preuve de tact et de diplomatie afin de lui montrer que vous n’allez ni exploiter ses points faibles, ni l’accabler de récriminations.
De lui tenir des propos rassurants (du style : « je sais bien que tu es en colère (triste) je propose que nous en reparlions dès que tu seras prêt… ») et ensuite le laisser tranquille.
De commencer par exprimer des sentiments positifs à son égard, sans pour autant reculer devant la nécessité de mettre en cause son comportement. (exemple : « je t’aime beaucoup, papa, et je te considère comme l’une des personnes les plus intelligentes que je connaisse, mais cela me gêne terriblement de te voir te raidir et sortir de la pièce chaque fois que nous nous trouvons en désaccord. C’est en train de saper notre relation, et j’aimerais donc que nous en parlions un peu… »)
De vous concentrer sur le problème que vous avez identifié.
De vous attendre à être contre attaqué dès que vous exposez vos griefs, puisque l’autre ressent chaque objection comme une attaque personnelle.
De lui indiquer que vous vous rendez bien compte de sa colère et que vous êtes disposé à faire des concessions afin de la diminuer (« Je suis navré de te voir aussi contrarier par mon refus d’héberger tes parents quand ils viennent nous voir. Je veux bien prendre le temps de leur trouver un petit hôtel agréable et éventuellement assumer une partie des frais. »
D’accepter le fait qu’il vous appartiendra, le plus souvent, voire dans tous les cas, de faire le premier pas.
De laisser passer certaines choses.
Ce sont là les seules réponses capables d’interrompre le cycle infernal que lance le maître chanteur renfrogné et qui revient en substance à des reproches comme celui-ci : « regarde dans quel état tu m’as mis ! A toi de deviner le mal que tu as fait et de trouver le moyen d’y remédier. »
Je sais combien il est rageant de devoir afficher une rationalité à toute épreuve quand on a envie d’étrangler l’autre, mais je ne connais pas d’autre façon de créer une atmosphère propice au changement. La tâche la plus ardue est de maintenir coûte que coûte la communication non défensive et de convaincre celui qui boue en silence qu’il peut très bien rester en colère, alors que depuis toujours il est persuadé du contraire.
Le sang froid malgré la fureur
Nous avons vu les moyens d’affronter la colère du maître chanteur. Mais comment rester sur la voie non défensive lorsqu’on se sent soi-même au bord de l’explosion ? Victor, dont la femme se servait de leurs enfants pour se venger, m’a parlé de l’immense frustration qu’il éprouvait dans cette situation apparemment insoluble.
*La semaine dernière, me dit-il, j’ai emmené mes enfants faire du camping et, quand nous sommes revenus, Isabelle s’est tout de suite mise à crier qu’ils étaient épuisés et sales. Les enfants s’étaient bien amusés, mais elle prétend que je les avais poussés à la limite de leurs forces. Puis elle me prévin que, si je continuais à m’occuper aussi mal d’eux, elle envisagerait de demander une restriction de mon droit de visite. Je sais que je n’aurais pas dû, mais j’ai laissé éclater ma colère, et nous voilà en train de hurler comme deux forcenés. Il faut dire qu’elle l’avait bien cherché. Comment ose-t-elle menacer de m’empêcher de les voir ? Et qu’est ce que je vais faire maintenant ?
Il est des situations pour lesquelles il n’y a pas de solutions faciles. Isabelle avait très mal vécu leur divorce et, puisque ses attaques contre Victor s’étaient intensifiées après qu’il se fût remarié, il semblait évident à ce dernier que, pour modifier l’attitude de son ex-femme, il serait obligé de se rendre lui-même malheureux, pas qu’il refusait de franchir. En revanche, il pouvait bien contrôler ceux de ses actes qui faisaient monter la tension entre eux.
« Je comprends votre rage, lui dis-je, mais il faut quand même que vous appreniez à la calmer. Vous avez déjà assez bien réussi à utiliser la communication non défensive avec votre nouvelle femme. Pourquoi donc ne pas l’utiliser avec Isabelle ? le plus difficile c’est de garder son sang-froid alors qu’on a des envies de meurtre.
-Vous m’avez très bien formé, répondit-il avec un large sourire. Je parie que vous allez me dire que la seule personne que je puisse changer, c’est moi.
-En effet. Votre tâche consiste essentiellement à vous retenir de lui répondre sur le même ton, pour hargneuse qu’elle soit, et, suivant les circonstances, à vous borner à dire : « je suis désolé de te voir t’énerver à propos de cette excursion, mais le fait est que les enfants se sont follement amusés. Est-ce que cela t’irait mieux si, à la prochaine occasion, je t’expliquais notre programme pour que tu saches à quoi t’attendre ? » Vous m’avez également signalé que, lorsque vous passez prendre les enfants, elle ne les a pas préparés pour l’heure convenue et que, dans certains cas, vous ne trouvez personne à la maison. Il y a là de quoi enrager, bien sûr, mais le fait d’avoir le droit de garde lui donne beaucoup de latitude. Vous devrez donc trouver le moyen de vous y résigner, parce que sinon, vous vivrez dans un état permanent d’amertume.
Reprenez certaines de nos phrases lénifiantes et, au lieu de décharger votre colère, inspirez profondément et dites : « cela m’arrangerait énormément si tu veillais à ce que les enfants soient prêts quand j’arrive. S’il y a quelque chose que je peux faire pour te faciliter la tâcher, dis-le moi. » Je suis incapable de prédire sa réaction, mais je vous garantis que vous aurez beaucoup moins l’impression de jouer le rôle de victime.
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Posté: 12:54, 14/07/2006 dans 91 Votre strategie |
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Votre stratégie 3
Stratégie 2 : La transformation de votre adversaire en allié
Lorsque la discussion se trouve dans l’impasse, il s’avère parfois utile d’impliquer le maître chanteur dans vos efforts pour résoudre les problèmes de votre relation. En sollicitant de l’aide, des renseignements ou des propositions, vous pouvez découvrir des possibilités qui vous avaient jusque-là échappé. Qui plus est, l’être humain met généralement plus de bonne volonté à exécuter une décision qu’il a contribué à élaborer qu’une décision prise sans sa participation. Enfin, pour peu que vous abordiez l’autre dans un esprit de curiosité et d’ouverture, vous aurez de bonnes chances de redresser une conversation qui menace de dégénérer en une série d’attaques et de contre-attaques.
Les questions suivantes devraient permettre une petite diminution de la tension et de l’animosité :
Peux-tu m’aider à comprendre pourquoi tu y attaches autant d’importance ?
Pourrais-tu me proposer quelques moyens de résoudre ce problème ?
Veux-tu bien m’aider à trouver des idées pour améliorer notre relation ?
Peux-tu m’aider à comprendre pourquoi tu es tellement faché ?
Par ailleurs, je vous conseille vivement d’employer ce que j’appelle « l’outil conjectural ». Il s’agit d’amener l’autre à se joindre à vous dans votre tentative pour imaginer l’effet que ferait une modification de vos rapports ou la solution du problème en discussion.
Vous introduirez l’outil conjectural par des phrases comme celles-ci :
Je me demande ce qui se passerait si…
Je me demande si tu ne pourrais pas m’aider à…
Je me demande de quelle façon nous pourrions aboutir à…
Lancer des interrogations de ce type, c’est libérer l’imagination et même l’esprit ludique. C’est transformer la communication non défensive en plaisir : si l’on n’aime pas être attaqué, on est souvent disposé à aider quelqu’un à résoudre un problème.
A l’affût de solutions
Victor a une relation beaucoup moins compliquée avec Julia, sa seconde femme, qu’avec Isabelle, car il s’aiment et tiennent à rester ensemble. Mais il a eu tout de même du mal à s’adapter à la forte dépendance que manifeste Julia envers lui. Après avoir essayé plusieurs jours de lui faire comprendre que son travail allait le contraindre à des déplacements qui l’éloigneraient d’elle, il vint me consulter.
*Je ne sais pas comment m’y prendre pour l’empêcher de s’affoler lors de mon prochain départ, me confia-t-il. Je ne peux tout de même pas lui annoncer : « Je me moque de tes sentiments de ta souffrance. Je dois faire ce déplacement et je le ferai. » Car, dans ce cas, j’aurai à me soucier non seulement du déroulement de mon voyage, mais aussi de ma femme en pleurs.
Je lui dis que sa décision provoquerait peut-être moins de stress s’il demandait à sa femme ce qui, d’après elle, réduirait son angoisse devant la perspective de se retrouver tout seule. Je soulignai par ailleurs qu’il ne lui appartenait ni de « guérir » Julia ni de se pencher sur les traumatismes de son enfance qui l’avaient rendue si dépendante. Il fallait qu’elle accomplisse elle-même ce travail pour faire de leur mariage un partenariat et non une relation de parent à enfant. En revanche, il pouvait, en attendant, la transformer en alliée. A cette fin, nous nous sommes livrés à des exercices utilisant l’outil conjectural et les questions destinées à solliciter la participation de l’autre.
« Bon, dit Victor, je vais commencer ainsi : « Ecoute, Julia, je dois faire un déplacement professionnel, de plusieurs jours. Avant que tu ne t’affoles, je me demande si tu ne pourrais pas m’expliquer pourquoi tu as des réactions aussi névrosée chaque fois que je m’éloigne ne serait-ce que pendant quelques secondes. »
-Non, Victor, ça ne va pas, répondis-je. Il ne s’agit pas de la mettre dans une catégorie, mais juste d’obtenir des renseignements. D’ailleurs, elle aura peut-être des propositions positives. Mieux vaudrait dire : « Je dois faire un déplacement professionnel de plusieurs jours. Je sais bien que cette perspective t’inquiète, mais ce voyage est primordial. Je me demande donc ce que je peux faire pour rendre mon départ moins déstabilisant pour toi. »
A procéder de la sorte, Victor se montrera soucieux des sentiments de Julia sans pour autant la traiter de névrosée ni laisser entendre qu’il envisage d’annuler son voyage.
*Cela s’est beaucoup mieux passé que je n’avais prévu, me raconta-t-il par la suite. Dès que je lui eus demandé ce qui diminuerait son angoisse, elle me répondit qu’elle voulait m’accompagner. Je lui dis que cela ne me posait aucun problème, mais lui rappelait également que ce serait un voyage d’affaires au cours duquel elle devrait sans doute passer beaucoup de temps seule, comte tenu du nombre de réunions programmées. Elle me dit au départ qu’elle n’y voyait pas d’inconvénients, puisqu’elle aimait être à l’hôtel. Mais elle reconnut par la suite que, réflexion faite, elle aurait été mieux chez elle. C’est ainsi que c’est devenu son choix de rester à la maison. Mon dieu, quel soulagement ! C’est la première fois que nous arrivons à une solution de ce genre. Auparavant, cela avait toujours été tout ou rien.
A quelle nouveauté attribuer ce progrès ? A la décision de Victor d’associer fermeté sur le fond et volonté de collaborer avec sa femme et de tenir compte de ses sentiments. Ils aboutirent à une solution commune à laquelle Victor n’aurait peut-être pas pensé tout seul ou qu’il aurait hésité à proposer s’il n’avait pas considéré Julia comme un allié potentiel.
Avec le concours du chef
Cécile a employé tout une série de techniques non défensives afin de faire comprendre à son supérieur qu’elle ne voulait plus entendre de comparaisons défavorables et que des considérations de santé l’obligeaient à diminuer quelque peu sa charge de travail. Elle m’a expliqué pourquoi l’idée de s’assurer le concours de son chef lui plaisait :
*Je n’ai pas les moyens d’imposer ma volonté au bureau, mais je peux quand même faire ce que l’entreprise attend de nous tous : contribuer pleinement à un travail d’équipe. Je croyais autrefois que cela voulait dire faire tout ce qu’on vous demande, coûte que coûte. Mais je commence à saisir le sens véritable du travail d’équipe. Pour moi, c’est faire de mon mieux, donner un coup de collier en cas de besoin et ralentir le tempo quand ma vie et ma santé l’exigent.
Par ailleurs, nous avons mis au point le discours suivant pour aider Cécile à mettre un terme aux pressions délibérées qu’elle subissait :
*Vous n’en avez pas forcément conscience, dit-elle à son chef, mais j’ai remarqué que vous me comparez sans arrêt à Marianne. Cela m’a souvent incitée à dépasser mes limites, mais je vous préviens que cela ne marchera plus. Je continuerai à me donner à fond tant que cela ne nuira pas à ma santé, parce que cela me convient et que j’aime mon travail. Mais je vous demande de bien vouloir cesser de m’infantiliser. Nous sommes tous les deux des adultes, et je ne suis pas votre fille. J’ai même trois ans de plus que vous ! En outre, Marianne n’est pas ma sœur. J’annonce donc la dissolution de cette famille à problèmes.
Pour Cécile, comme d’ailleurs pour tous ceux qui écrivent aisément leurs idées mais qui se trouvent en panne dès qu’ils doivent verbaliser, il était vital de s’entraîner. Elle demandait conseil à son mari, fit appel à une amie qui accepta de se livrer à un jeu de rôle et répétait à haute voix son texte pendant qu’elle roulait en voiture. Résultat des courses : elle le prononça, le jour venu, avec un aplomb à toute épreuve.
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Posté: 10:42, 13/07/2006 dans 91 Votre strategie |
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Votre stratégie 4
STRATEGIE 3 : L’ECHANGE
Lorsqu’on souhaite convaincre l’autre de modifier son comportement et que l’on reconnaît en même temps que l’on doit en faire autant, il convient peut-être de songer à l’échange. Dès l’enfance, on prend l’habitude de renoncer à une chose afin d’en obtenir une autre de valeur égale, troquant deux bandes dessinées contre un livre ou un sandwich au jambon contre des biscuits au chocolat. Le grand avantage que présente l’échange explicite comme moyen de réduire le chantage affectif est qu’il efface l’impression selon laquelle il incomberait à une seule des deux personnes de changer. Dans le troc, chacun donne et chacun reçoit : il n’y a ni gagnant ni perdant.
J’ai eu l’occasion il y a peu de vérifier toute l’efficacité de cet usage de l’échange face à une situation de chantage entièrement bloquée lorsqu’un couple m’a consulté la première fois. Barbara était furieuse contre Max, qu’elle accusait de l’ignorer.
*Il me traite comme si j’étais invisible, s’insurgeai-t-elle. Il se lève le matin, se rend à son travail, rentre dîner en prononçant à peine un mot, puis s’installe devant la télévision jusqu’à l’heure du coucher. Cela fait des semaines qu’il ne m’a pas touchée, et je ne me suis jamais sentie aussi seule.
De son côté, Max considérait l’embonpoint de Barbara comme la véritable source de leurs difficultés.
*Elle n’est plus la femme que j’ai épousée. On dirait que, depuis quelque temps, son activité, principale est de manger, et comme vous pouvez le constater, cela a donné des résultats tout à fait prévisibles. J’avoue que cela ne me plaît pas. Elle me reproche de ne plus être attiré par elle, et elle a raison. Pas en tous cas quand je la vois comme ça, je ne vais pas faire semblant de ne pas y attacher d’importance.
Leur relation s’était détériorée à tel point qu’ils ont commencé à se lancer des menaces du style : « Si tu ne montres pas un peu plus d’affection, je te quitterai. » ou « Si tu ne maigris pas, je resterai froid afin de te punir. » Ils n’ont pas mis à exécution leurs menaces mais, d’un autre côté, ils n’avaient nullement besoin de le faire : leur comportement suffisait largement pour transmettre le message.
Barbara mangeait trop en raison de son sentiment de rejet, et Max la rejetait en raison de sa boulimie. Chacun reprochant à l’autre son malheur, l’impasse était totale. Je leur proposai donc ce marché : Barbara allait se mettre dès le lendemain au régime et Max consacrerait tous les soirs une demi-heure à discuter avec elle et à rétablir le contact. Bien sûr, Barbara ne perdit pas dix kilos en une semaine, pas plus que Max ne se transforma instantanément en communicateur modèle. Mais ils purent néanmoins faire des progrès considérables qui devaient les sortir partiellement de l’impasse et, à long terme, les aider à réparer leur relation en panne.
Personne n’aime donner –ni avoir- l’impression de capituler, et c’est cette répugnance pour les solutions unilatérales qui empêche la plupart des individus de faire le premier pas vers l’autre. L’échange négocié crée en revanche une situation d’autant plus facile à accepter que les deux parties en sortent gagnantes. Il permet également de se libérer du cycle sans fin de souffrance, de rancune et vengeance qui pousse à punir l’autre avant de lui concéder quoi que ce soit et qui rend si difficile la résolution des problèmes. La conviction de se trouver dans une dynamique de concessions mutuelles aide à oublier ses ressentiments.
Bref, l’échange donne à chacun la possibilité d’obtenir satisfaction sans devoir passer par les reproches qui pèsent sur tant de conflits.
Découvrir le nœud de l’affaire
C’est précisément de cette façon que Jeff et Elise ont réussi à abandonner les moyens de pression dont ils avaient tous deux usé. Ils se sont accordés pour considérer la disparité de leurs ressources financières comme le grand problème non résolu de leur mariage. En dépit de la gêne que ce déséquilibre continuait de susciter chez Elise, ils commencèrent peu à peu à se voir de nouveau comme des êtres humains et non plus comme de simples sources de contrariétés. Chacun est arrivé dans mon cabinet avec une proposition de paix, et tous deux se sont efforcés de s’exprimer de la manière la moins défensive possible. C’est Elise qui a parlé la première.
*Je reconnais que j’ai encore du travail à faire sur la question de l’argent, dit-elle. Selon l’accord que nous avons conclu au tout début de notre relation, je me suis engagée à ne pas te reprocher ton manque d’indépendance financière et à ne pas te traiter comme un gamin à qui l’on donne de l’argent de poche. Je tiens aujourd’hui à respecter cet engagement. Ce que je te demande en contrepartie, c’est d’admettre, quand une question comme l’achat d’un camion se pose, qu’il s’agit d’une décision à prendre à deux en fonction des ressources | | |