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Le chantage affectif

Description

le livre "le chantage affectif" de Susan Forward n'est plus édité en France. Je vais donc éditer ici un certain nombre de ses chapitres afin que tous puissent les consulter. Pour lire le livre dans l'ordre, commencer par Introduction1, puis Introduction2, etc....


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0 Introduction
1 Chantage Affectif - le diagnostic
11 Quand le brouillard se dissipe
2 Les quatre faces du chantage
3 Un brouillard a couper au couteau
4 Les ficelles du metier
5 Le monde interieur du maitre chanteur
6 Un jeu qui se joue a deux
7 L impact du chantage
8 Les preliminaires
91 Votre strategie
92 L heure des decisions
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Delires divers
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bien, nous y sommes...

J'espère que ce blog aidera de nombreuses personnes à comprendre comment marche le chantage affectif.

 

J'ai pris la décision de publier ce livre sur internet car quand j'ai demandé à Interéditions quand il serait réédité, il m'a été répondu en gros "jamais"...

 

je pense donc ne pas faire de tort "financier" à madame Forward, qui, si elle n'est pas d'accord pour que je publie des portions de son livre, ne manquera pas, je pense, de me le signaler...

 

j'espère simplement que cela sera utile. Pour lire le livre dans l'ordre à partir du moment où les entrées seront trop nombreuses, dans le menu, vous trouverez les chapitres à partir de l'introduction.

 

bienvenue à tous ceux venus s'instruire !
Ne cliquez pas sur les mots soulignés dans les articles, ce ne sont pas des liens que j'ai mis, ce sont des pubs mises là par les admins de blog gratuit, c'est naze.

 

 

Posté: 10:54, 2/01/2007 dans Delires divers
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la relation d'objet incestuelle.

La relation d’objet incestuelle.

 

C’est à partir de son pole le plus actif, car c’est le plus simple, que nous aborderons la relation incestuelle. Il existe un mode d’investissement spécifiquement incestuel. L’objet investi sur ce mode, tellement traité en ustensile qu’on hésite à le considérer comme un objet proprement dit, s’apparente à ce que nous avons coutume en psychanalyse d’appeler un objet partiel ou un objet narcissique, mais avec des particularités qui nous imposent de le décrire avec précision.

Il ne sera pas un objet plénier. Il ne sera pas investi dans son intégrité. Il ne sera pas ce que j’appelle un objet-objet. (j’use de ce terme d’objet-objet pour souligner le jeu qui se poursuit entre deux représentants d’objets, l’externe, qui se voit, et l’interne, qui se vit, l’un et l’autre se répondant sans cesse dans ce concerto à deux voix qui forme la musique de la psyché : la respiration de l’âme.)

L’objet incestuel ne sera pas entier : il sera partiel ; il ne sera pas intérieur : il sera un bouche-trou, obligatoirement présent. Mais, pour commencer, il sera adulé.

 

Une délégation narcissique, une idole à tout faire

 

Avant tout, la relation incestuelle est une relation narcissique. L’objet incestuel est investi telle une idole. Mais cet investissement n’est pas à perte : l’idole a impérativement pour fonction d’illuminer l’idolâtre en retour. Paré en secret (et ce secret est essentiel) de toutes les qualités qu’on lui prête, l’objet incestuel est ébloui et fasciné, avant que d’être finalement et à tous les sens du terme, confondu. Il incarne un idéal absolu. Il a tous les pouvoirs. Par-dessus tout il ne manque pas d’être paré du pouvoir, même s’il ne l’exerce pas, de procurer au parent la jouissance ***uelle. Fils, amant, et même père (ou fille, maîtresse et même mère), il ou elle sera tout cela et indistinctement. Quel fils, quelle fille résisterait à pareille adulation ? A une telle complétude ? Mais qui, pour finir, ne s’y perdrait pas ? Car on l’a vu, la question de savoir qui dans cette relation admire qui, cette question est plus qu’indécise : elle est biaisée.

L’objet incestuel est captif d’une projection narcissique envahissante :il a pour mission profonde et impérative, d’incarner à lui seul les objets internes qui manquent à l’auteur de l’idolâtrie narcissique. Telle mère n’a pas pu connaître et aimer son père ; elle a délaissé et perdu son mari ; elle n’a pas connu sa mère ; il lui en reste un vide intérieur intolérable ; et c’est l’objet incestuel (encore une fois fils, père et amant) qui va, qui peut, qui doit par délégation narcissique incarner ce monde intérieur absent ou dévasté. L’objet incestuel concrétisera donc donc la projection par cette mère de l’idéalité qui la fait survivre à la place des présences internes qui lui manquent. Quel périple ! Ou, plutôt, quel court-circuit ! Oui : le court circuit narcissique remplace les trajectoires libidinales.

 

Une présence de fétiche

 

Pour accomplir cette mission glorieuse et impossible, l’objet incestuellement investi doit remplir au moins deux propriétés essentielles :

 

1-Il ne devrait pas connaître d’autres origines que son investisseur : sa mère, si c’est elle, doit suffire ; certes le géniteur peut-il être exclu dès avant la naissance. Mais s’il reste présent, la mère incestuelle pousse son image au bord du fossé ; telle mère, dans ses propos envers ses enfants, pratiquait l’impasse sur la famille de son mari et ne faisait mention que de la sienne : voilà un père qui ne venait de nulle part ; au demeurant, tellement occupé, ce pauvre homme, qu’on ne pouvait compter sur lui. Voilà de l’antoedipe de bien mauvaise compagnie.

 

2-L’objet incestuel doit en réalité rester inamovible, immuable. Toujours présent, il devra se tenir incessamment disponible. Qu’il ne s’écarte pas ! Car sa présence extérieure et concrète est là pour pallier les absences intérieures. Il est là, dehors, pour combler un vide au-dedans. Du fait même de cette obligation de présence, la liaison incestuelle restera marquée à tout jamais par l’importance de la proximité physique : les échanges incestuels dépendent étroitement de la distance entre les partenaires et leur intensité sera inversement proportionnelle à cette distance (abolie dans les faits par le téléphone).

 

Que l’objet incestuel ne se mêle pas non plus de nourrir des intentions personnelles ou des dénis propres ! Non seulement miroir embellissant et source possible de jouissance mais substitut d’absence, et par là même preuve de pérennité, il est fait pour briller et non pour vivre à son compte. En vertu d’un paradoxe qui ne va pas nous surprendre, l’idole ferait peut-être mieux d’être morte : les morts au moins ne se sauvent pas, on les garde, on peut les encenser à loisir ; Ils ne risquent pas, à travers les inévitables signes de changement et de faillibilité que l’exercice même de la vie sème dans son sillage, de dénoncer l’idéalité qu’ils incarnent.

C’est ainsi que l’on voit certaines mères incestuelles atteindre une sorte de sérénité ou de sommet lorsque leur objet incestuel a cessé de vivre : ainsi deviennent-elles ces cultivatrices de deuil, de cimetières ou de mausolées que je décrivais dans « le génie des origines ».

Ou s’il n’est parfait, s’il n’est éternel, s’il n’est mort, qu’au mois il soit malade ! Si ce n’est le tombeau, qu’au moins ce soit l’asile ! C’est ainsi que certaines mères incestuelles – ou tout aussi bien certains pères – atteignent une sorte passablement sinistre d’apothéose au moment où leur enfant narcissique entre en psychose.

 

On l’a bien compris : l’objet incestuel est une objet fétiche. Cette fonction narcissiquement fétichique, nous la retrouverons, car elle court tout au long de cet ouvrage. Mais le fétiche incestuel possède une propriété de plus : il est ***uel, il est source au moins potentielle de jouissance ***uelle (en cela il s’apparente au fétiche érogène, à cette différence près qu’il est une personne). Mais il est foncièrement impoersonnalisé. Nous dirons même : désobjectalisé.

 

La face obscure de l’objet non objet

 

Objet fétiche, objet partiel à propriété phallique, il n’est pas un objet plénier. Il est fixé dans cette position d’objet-non-objet que je décris pour caractériser tout objet à qui, en vertu de dénis puissants mais focalisés et sélectifs, sont soustraites certaines des qualités qui reviennent à l’objet proprement libidinal. C’est ainsi que l’objet-non-objet incestuel est interdit de désirs propres ainsi que de valeur narcissique propre. L’autonomie lui est interdite, sous ses diverses formes : autonomie de mouvements, et c’est ainsi que l’objet parfaitement fixé devient catatonique ; autonomie de désirs, et c’est ainsi que l’objet incestuel ne peut « tomber amoureux » sans risquer de crever la peau du narcissisme maternel : autonomie d’action, et c’est ainsi que l’objet incestuel se livre à des essais sans suite ; autonomie de jugement, et c’est ainsi que l’objet incestuel finit par s’abstenir de toute clairvoyance, si ce n’est pas éclairs.

 

Bref, s’il est au monde une sorte de relation où le lien libidinal est remplacé par la ligature, et le désir par la contrainte, c’est bien dans la relation narcissique incestuelle. Le contraste entre lien et ligature me paraît tellement essentiel que lui aussi nous le retrouverons à plusieurs reprises dans notre périple. De même  retrouverons nous à plusieurs reprises un trait qui s’impose dès maintenant à notre regard : c’est celui de l’amalgame (confusion). L’objet incestuel reçoit sur la tête, non pas superposées, non pas même condensées, mais complètement amalgamées, des représentations et des fonctions normalement distinctes, mais dont ici la perspective est abolie. Cette production d’amalgame est très particulière et elle fiat preuve d’une remarquable et peu résistible puissance.

 

Extrait de "l'inceste et l'incestuel" de Paul Claude Racamier.

 

 

Posté: 11:27, 28/11/2006 dans Autres extraits
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« Je suis vacciné contre le bonheur »

« Je suis vacciné contre le bonheur » Tiré de "Etre heureux ce n'est pas nécessairement confortable", de Thomas D'Ansembourg.

 

"Premier double message contradictoire : Un vaccin en deux injections/injonctions.

Première injonction : « on n’est pas là pour rigoler ». (le bonheur est interdit).

 

« Faut se battre pour vivre ».
Dans nos cœurs d’adolescents et de jeunes adultes, cette injonction s’est encodée comme un interdit.
Dans cette optique fort préoccupée par le "faire" plutôt que par "l’être", le bonheur est comme interdit, trop suspect d’abandon, de laisser-aller : "tu ne peux pas être heureux, tu cesserais d’être vigilant, attentif, travailleur, performant." Dans cette optique également préoccupée de ce que tout s’obtienne dans l’effort, la peine et le mérite, le bonheur est suspect de contentement, de satisfaction, voire de narcissisme et d’égocentrisme, quand ce n’est pas de "déconnexion de la réalité" : "tu ne peux pas être heureux puisqu’il reste tant à accomplir.", "tu ne peux pas être heureux, puisqu’il y a au même moment, tant d’êtres malheureux de ce qu’ils vivent.", "tu ne peux pas être heureux, tu cesserais d’être généreux, ouvert aux autres, conscient des enjeux du monde.".

La confusion des sentiments et des valeurs qui se manifeste souvent par la culpabilité, vient ainsi corrompre les moments qui pourraient être pleinement consacrés à la joie. Entretenue par ce qui me semble être une tragique interprétation du message du christ, qui parait piégée par le mode de pensée binaire : "puisque Jésus nous invite à regarder l’au-delà de nos relations, de nos différences et des préoccupations de notre incarnation, c’est qu’elle ne vaut pas la peine. Attendons l’au-delà en nous méfiant de cette vie terrestre et en la décriant."

Dans cette optique donc, l’idée de se réjouir, à fortiori d’être heureux sur cette planète, est suspecte de matérialisme, de fuite ou d’aveuglement. Dans certains milieux, un être heureux est soit un "con", soit un égoïste, soit les deux ! La pensée binaire est piégeante. Si je caricature un peu, soit on est intelligent, donc hyperactif, catégorique, voire méchant, plein de soucis et dormant mal, soit on est heureux et forcément égoïste, ou idiot, inconscient ou simplet, en tout cas pas dans la réalité, et bien sûr alors qu’on dort bien…

De cette habitude de penser naît la peur d’être heureux et de le montrer. J’ai connu des personnes heureuses dans leur cœur mais qui n’osaient pas le montrer de peur de paraître idiotes, égoïstes, et déconnectées de la réalité.

 

« Cacher sa joie ».

 

La joie intense ferait-elle peur ?
Parlez de vos conflits, de vos tracas, de vos maladies, de choses inexorables et sans espoir, et on vous écoutera avec sérieux. Parlez de votre amour pour tout ce qui est vivant, de votre confiance croissante en la vie, et de votre joie profonde, et on vous croira membre d’une secte ! Je parle d’expériences vécues.
Ces attitudes ne sont pas contre vous ; elles sont simplement l’expression de ce que le système a peur du changement et se cramponne à sa continuité. Rappelez vous simplement pour vous donner de l’empathie que vous n’êtes pas là pour conforter le système dans ses certitudes. Vous êtes là pour être ou devenir joyeusement vous-même.

 

« Payer la facture ».

 

Parfois c’est la peur de payer la facture tôt ou tard qui nous empêche d’être heureux. Il s’agit là d’une croyance tragique qui à la peau dure. Or, si nous prenons la peine de regarder vivre les gens heureux, nous pourrions constater qu’ils sont vraiment heureux en profondeur (Je ne parle pas de façade de complaisance qui cache le mal être sous le masque gentil ni de l’attitude du boute en train qui peut dissimuler le clown triste, voire franchement désespéré), et même de plus en plus durablement heureux. Mais quelque chose fait que la plupart du temps nous ne voyons pas cette réalité là. Et cela, c’est le propre d’une croyance : nous enfermer dans une vision qui n’est pas la réalité et nous empêcher de voir ce qui est.

Je crois que la capacité de goûter un bonheur profond s’accroît et ne s’atrophie pas : plus nous goûtons ce bonheur profond, plus nous approfondissons notre capacité à le goûter, quoi qu’il advienne.

 

Deuxième injonction contradictoire : « faut être heureux quand même avec ce qu’on a » (le bonheur est obligatoire)

 

Bonne morale et bonne logique obligent : comme on peut toujours trouver plus malheureux que soi, on est donc heureux. Dans cette logique, il n’est pas question de sentiment, mais de devoir : le devoir d’être heureux quoi qu’il advienne, comme si quelque chose d’aussi subtil et intime qu’un sentiment,-et à fortiori un état intérieur – pouvait se commander par décret ! dans cette logique, donc, basée sur l’avoir plutôt que sur l’être, la culpabilité vient encore une fois envenimer la conscience : « comment oserais-tu ne pas être heureux avec ce que tu as alors que tant de gens n’ont rien ? »

Que de personnes prises en tenaille dans cette culpabilité s’empêchent de faire leur grand nettoyage intérieur, alors que ce serait précisément l’occasion de retrouver leur profond bien-être ! Elles se mentent souvent en disant « tout va bien » alors que leur être entier crie « Rien ne va plus ! ».

Observons que cette injonction de bonne morale néglige le principe d’alternance.

C’est précisément la conscience et l’expression de la souffrance qui sont l’occasion de redevenir plus heureux, malgré l’inconfort des circonstances.
Ensuite une certaine interprétation réductrice et cependant courante de la pensée positive prend le relais de la bonne morale : « la vie est toujours belle, et tout va bien. Il n’y a jamais de problèmes, que des solutions… » instaurant semblablement une sorte d’obligation culpabilisante (« je ne suis pas à la hauteur », « les autres y arrivent et pas moi, je devrais faire plus d’efforts ») et négligeant le principe d’alternance. Le risque de la pensée positive prise au premier degré est l’angélisme. En effet la vie n’est pas toujours belle, tout ne va pas toujours bien et nous mettons souvent bien du temps et vivons beaucoup de souffrances à mijoter dans le problème avant que n’émerge une solution. Il vaut mieux le savoir – c'est-à-dire être conscient du principe d’alternance – pour ne pas déchanter à la moindre embûche.

Enfin certains courants actuels semblent proposer un raccourci pour le bonheur intérieur. Ils présentent en effet le bonheur comme une évidence dont l’accès est immédiat, sans rendre du tout compte des étapes successives nécessaires. Cette vision donne une impression d’obligation mondaine, le dernier must à la mode qu’il ne faut pas manquer.

Je rencontre à l’occasion des personnes qui cheminent dans ces courants. Si j’ai, certes, de la compréhension pour leur élan, j’ai toutefois l’impression (vérifiées à maintes occasions) qu’elles espèrent pouvoir sauter les étapes et arriver à un stade d’éveil digne du Buddha sans faire tout le chemin de transformation et d’alchimie personnel qu’une telle démarche demande. Souvent elles se sentent déchirées, un peu honteuses, ou même coupables de ne pas y arriver. Souvent la vie dans sa vigoureuse sagesse, leur montre qu’elles ne feront pas l’économie du cheminement et de l’intégration des étapes. Et cela n’est pas un moment confortable.

Il peut arriver que ces personnes viennent en thérapie, bouleversées d’avoir pris la réalité en pleine figure. Séparation, divorce, deuil ou maladie, licenciement ou accident se sont chargés de leur enseigner que le bonheur n’est pas une idée mais une conscience et que celle-ci s’ancre et croit non par la pensée, mais bien par la connaissance née de l’expérience. Les belles notions dont elles émaillaient leurs conversations ne sont pas encore des fondations stables, posées pierre après pierre de leurs propres mains et sur lesquelles elles pourraient construire solidement leur lieu de vie pour y installer leurs habitudes et y allumer un foyer lumineux et durable. Ces notions ont été comme un feu d’artifice qui les a fascinées et réjouies un moment dans la nuit, pour les y laisser bientôt perdues. Heureusement il est toujours temps de recommencer avec autant d’idéal… et plus de réalisme !

 

Double injonction tétanisante et déchirante : Alors il ne reste plus qu’à conjuguer ces deux injonctions

 

1 on n’est pas là pour rigoler.

2 on doit être heureux quand même.

Nous obtenons ainsi un mouvement de cisaille qui casse l’élan de vie en instaurant dans le cœur de beaucoup d’entre nous non pas la confiance en soi et en la vie, mais le doute, voire la peur d’exister, d’être vivant,d’être soi et d’occuper pleinement sa place.

Cette double injonction à la fois déchirante et tétanisante crée  une inhibition fondamentale encodée dans notre disque dur.
Ce qui est tragique dans une telle double injonction, c’est qu’elle est à la fois généreuse dans son intention et implicite dans son expression, ainsi doublement dotée du pouvoir de s’imprégner incognito dans notre inconscient. Le piège est parfait, inconnu, invisible inusable.

J’ai cotoyé et cotoie toujours, tant des personnes qui sont inconscientes de ce double langage, et qui vivent dans ce piège sans s’en être rendu compte, que des personnes qui en ont bien pris conscience mentalement, mais qui n’ont pas encore trouvé la manière de transformer concrètement leur façon de vivre.
Que d’énergie ainsi perdue à gérer cette tension, à tenter de résoudre cet interminable conflit intérieur, cette querelle intestine ! toute cette énergie pourrait être consacrée à penser et vivre autrement.

 

Deuxième double message contradictoire : un rappel en deux injections/injonctions.

 

Déjà le double vaccin, avec ses contre indications aussi fatales que méconnues, met à mal bien des vies. Ce serait encore peu de choses si ses effets tragiques n’étaient encore aggravés par un second double message qui vient, tel un rappel de vaccin, renforcer le processus de déchirure et de tétanisation. Ses deux composantes s’énoncent comme suit :

1 – il faut être le meilleur (la performance et le succès sont obligatoires)

2 – il ne faut pas se prendre pour le meilleur (la performance et le succès sont interdits).

 

Première injonction : « il faut être le meilleur ».

 

C’est le « sois parfait » proposé, entre autres, dans différentes méthodes de développement personnel. De nouveau cette injonction n’était pas forcément formulée clairement ni dans cette intention là pour le petit garçon ou la petite fille que nous avons été. D’ailleurs, si elle avait été aussi clairement dite, il nous aurait été sans doute plus facile de réagir.

Ainsi sa formulation était plutôt du genre « faut pas s’endormir sur ses lauriers » dès qu’on atteignait un succès. Pas le temps de s’en réjouir vraiment, ni, bien sûr, de se reposer.

En conséquences, que de vies usées, voire épuisées, par cette quête insatiable d’une perfection, par nature toujours hors d’atteinte, ou d’une performance pas toujours dans nos goûts ni dans nos capacités ! cette injonction – en nous fixant comme objectif en état vers lequel on peut tendre, certes, par élan et par plaisir, mais qui n’est pas forcément à atteindre- a jeté en beaucoup d’entre nous le poison de la frustration constante et l’un de ses corollaires, le poison de la compétition et de la comparaison : être le meilleur, avoir la meilleure place, courir plus vite, être plus aimé, ou plus reconnu, gagner plus d’argent, rouler plus vite, prendre les plus grandes part du marché, monter au plus haut poste… que de vies de femmes et d’hommes de couples et de familles, broyées et laminées dans cette course incessante de guerriers et de guerrières !

Cela commence par l’école et se poursuit la vie durant et au galop par un parcours effréné entre la vie professionnelle, la vie de couple et de famille, et la vie sociale : la vie comme un parcours « à faire ».
Nous aurons fait toutes les étapes avec sans doute la reconnaissance sociale habituelle… mais nous serons nous permis d’être vivants, présents, avec le bénéfice d’un profond contentement intérieur, à la fois croissant en nous et rayonnant autour de nous ?

 

Deuxième injonction : « il ne faut pas se prendre pour le meilleur »

 

Nous avons entendu « ne te mets pas en avant. Laisse les autres passer devant. Ne te prends pas pour meilleur que tu n’es »
Nous avons encodé en nous « reste en retrait et doute de toi ». l’intention de cette injonction était vraisemblablement une invitation à la modestie, qui, si elle n’est pas fausse, est une valeur que j’apprécie particulièrement. La vraie modestie nous maintient dans la vigilance, dans la capacité salutaire de se remettre en question sans se dénier soi-même.

Le risque qui sous-tend cette dernière injonction, c’est de créer – ce qu’elle a fait chez bien des gens – le déni de soi, précisément. Et qui ne s’est jamais dit ou n’a jamais entendu dire ces petites phrases assassines du genre :
« Comme je ne suis pas le meilleur je suis nul »
« Même si j’ai de bons résultats je peux mieux faire et je me dois donc d’être insatisfait de ce qu’il reste à faire plutôt qu’heureux de ce qui est accompli ».
« Mon opinion dérange ou ne vaut rien, je ferais mieux de laisser parler les autres. Les autres savent mieux, font mieux, sont mieux. »
« S’exposer, s’exprimer, c’est risquer de ne pas être le meilleur, donc je reste en retrait. »
« on ne m’accepte pas comme je suis, on va me critiquer. Personne ne m’aime. »

Ces petites phrases qui manifestent un tragique manque d’estime de soi, méritent notre attention vigilante : elles sont autant de jugements, de croyances ou de syllogismes simplistes qui enferment.
Il m’apparaît que sans doute plus de 80% des consultations en psychothérapie ont trait finalement à l’estime de soi. Je dis finalement parce que la demande de départ est rarement de cet ordre.

Mais tôt ou tard dans la psychothérapie apparaîtra la question de l’estime de soi : « est ce que je me donne la place que j’attends désespérément qu’on me donne ? Est-ce que je m’apporte cette reconnaissance ou ce respect profond, inconditionnel, que j’attends désespérément qu’on m’apporte ? est ce que je m’aime comme je suis, c'est-à-dire en route, en construction, même en chantier, ou est ce que je continu à attendre d’être parfait et accompli pour commencer à m’aimer ? »

Je suis vraiment frappé de constater combien la blessure profonde de la plupart des gens qui consultent (et j’aurais tendance à croire qu’il en est de même, mais encore plus inconsciemment, pour celles qui souffrent en silence et ne consultent pas) a trait à l’estime juste et mesurée de soi-même. Le risque, quand nous ne prenons pas soin de cette blessure, c’est d’entrer malgré nous dans toute sortes de dépendances et de compensations douloureuses et pas forcément visibles, comme celle d’être accro au regard des autres, intolérants ou vulnérables à la moindre critique ou contradiction, incapables de solitude, ou au contraire, de vie en communauté, prisonniers d’une compulsion qui se manifeste par des achats intempestifs ou des aventures amoureuses à répétition.

« si je ne m’apporte pas à moi-même une reconnaissance juste et mesurée, je risque de passer ma vie à quêter désespérément à l’extérieur de moi une reconnaissance déplacée et démesurée. »
De nouveau, travailler tous les jours à une juste estime de soi, cela suppose de développer sa propre capacité de se remettre en question et de regarder ses ombres, ce qui n’est pas confortable !!!

 

Conjuguer la double injonction :

 

Il suffit de combiner

«il faut être le meilleur » Avec « il ne faut pas se prendre pour le meilleur »

Pour obtenir une fois de plus un mouvement de cisaille qui casse l’élan de vie. Cette double injonction encode à son tour une inhibition fondamentale qui mène souvent à vouloir sans oser, à espérer sans entreprendre, à attendre sans transformer, à subir sans agir.

 

Décoder les doubles messages contradictoires : quitter la pensée binaire.

 

Nous avons souvent entendu, enfants, des phrases telles que : « sois gentil range ta chambre », « sois gentille aide moi », « sois gentil ramène de bonnes notes de l’école ». Cela c’est ce que nous avons entendu avec nos oreilles d’enfants.  Toutefois, ce que nous avons encodé avec notre cœur d’enfant, dans notre petit disque dur « affectivo-psychico-sensoriel », est d’un tout autre ordre. Nous avons souvent encodé « je t’aime si… » (note de la copiste : perso, je ne suis pas sûre qu’on soit entièrement responsable de la façon dont on a « encodé » les messages…)

Alors que se passait-il dans notre cœur d’enfant lorsque nous ressentions ceci : « mais moi, je n’ai pas besoin de ranger ma chambre, j’aime mon joyeux désordre, j’exprime mon identité d’ado et cela ne veut pas dire qu’une fois adulte je n’aurais pas le goût de l’ordre… j’ai besoin qu’on me fasse confiance dans ma capacité d’évolution. »

Que se passait-il dans notre cœur d’enfant lorsque nous ressentions ces choses ? osions-nous les exprimer, confiants que nous serions écoutés, compris et respectés dans notre différence et notre identité?

(pour entendre cela sans croire que je prône de laisser les enfants faire n’importe quoi, il s’agit de se rappeler un des principes de la CNV: nos besoins ont plus besoin d’être reconnus que satisfaits ; autrement dit, le fait de reconnaître les besoins de l’autre ne veut pas forcément dire qu’on est prêt à les satisfaire. Reconnaître les besoins de l’autre, même s’ils sont différents des nôtres, fonde son identité et son altérité. Lorsque nous cessons d’être gentils, nous acceptons l’idée que reconnaître le besoin de quelqu’un ne veut pas dire démissionner du nôtre. Il s’agit plutôt de trouver ensemble une solution satisfaisante tant pour l’un que pour l’autre, sans dominer ni soumettre.)

La plupart du temps, nous nous serons écrasés pour être gentils et ne pas déranger, pour ne pas risquer de vivre du rejet, un renvoi ou le désamour. Ce besoin d’amour, de sécurité affective est absolument prioritaire pour l’enfant. J’ai rencontré des enfants battus ou victimes d’abus qui trouvaient toutes sortes de raisons pour excuser leurs parents et pour tenter de ne pas compromettre le lien affectif. Ils disaient par exemple « oui mais mon père avait de gros problèmes au travail. Son patron le faisait chi… donc c’est normal qu’il se fâche contre moi et qu’il me frappe. » « oui mais ma mère était malheureuse toute seule, il fallait bien qu’elle trouve un peu d’affection ! j’étais la seule personne proche. C’est normal ! »

Ces enfants là, il leur faut bien du temps pour reconnaître –quand ils y arrivent- et pour accepter la colère et l’indignation qu’ils portent en eux vis-à-vis de leurs parents. Il leur faut bien du temps pour quitter la vision binaire : « si je suis en colère contre mes parents, je transgresse le tabou qui veut qu’on aime toujours ses parents et je risque qu’ils ne m’aiment plus » et  entrer dans une compréhension complémentaire.

« et je suis en colère contre mes parents, ET j’ai de l’amour pour eux, ET je tiens à leur amour. » et ce n’est, bien sûr, qu’au prix de cette colère rencontrée et exprimée en conscience qu’ils peuvent nettoyer la plaie et permettre à celle-ci de se cicatriser.

Nous n’avons, heureusement, pas tous été battus ou victimes d’abus. Toutefois, nous sommes souvent pris par cette loyauté aveugle qui nous fait craindre le désamour dès qu’il y a désaccord.

 

Désaccord n’est pas désamour.

 

Ainsi nous aurons appris non pas à écouter, à comprendre et à gérer nos frustrations, mais à les taire, quand ce n’est pas à les refouler complètement dans l’inconscient. Nous avons appris à faire les choses non pas par élan d’amour, mais par devoir ; non pas par joie de donner, mais par peur de perdre ; non pas par goût de contribuer, mais dans la crainte du rejet ; non pas dans la responsabilité, mais dans la culpabilité.

Nous aurons appris à serrer le couvercle de la cocotte-minute et à laisser le feu brûler en dessous jusqu’à explosion ou implosion ! Cela, c’est la mécanique de la violence observée

 

Posté: 10:52, 15/11/2006 dans Autres extraits
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Stratégies familiales (perversion narcissique)

 L’antoedipisation de l’enfant

 

Progressivement, la patiente se rendit mieux compte de la dynamique familiale dans laquelle elle était impliquée.  Elle en vint à nous livrer un récit qui démontre une première stratégie incestuelle. Nous l’avons appelée « l’antoedipisation de l’enfant » (Racamier 1989) : il s’agit de manipulation de l’histoire individuelle de l’enfant induisant l’inversion de la responsabilité des générations ; autrement dit, l’enfant se voit imposée une version falsifiée de ses origines, qu’il va reprendre à son actif. Pour la perpétuer, il n’aura d’autre choix que de contrecarrer en lui-même toute pensée autonome.

 

Voici, dans ce sens, le récit de la mère que la patiente rapporta « Déjà quelques mois après le mariage, j’étais déçue par ton père… ; comme ça n’allait pas bien entre nous, nous avons fait un enfant pour nous souder (il s’agit de la patiente). Mais tu es venue trop tôt, compliquant notre projet d’aller travailler dans un autre pays. Pendant la grossesse, j’ai beaucoup saigné et j’ai dû passer quatre mois couchée, pleine d’angoisse de te perdre, puis finalement tu es venue au monde 10 jours trop tard ! Nous avons du te laisser à l’étranger pendant un an et nous nous sommes énormément culpabilisés de t’abandonner, surtout car tu pleurais beaucoup. Plus tard encore, nous sommes partis à nouveau en voyage en te confiant, à ta grand-mère et nous étions de nouveau très culpabilisés parce que tu pleurais toujours et ne voulais pas dormir. »

 

En fait, dans le récit de la mère fait de l’enfance de sa fille, celle-ci n’a d’existence que par les répercussions fâcheuses que sa venue au monde a eues sur ses parents et dont elle est rendue responsable ; il ne contient que des faits, des attributions, des reproches et des attaques. On n’y décèle aucune tendresse, ni l’ombre d’un désir. L’attribution qui lui est faite de sa responsabilité d’être au monde et de ses conséquences pour les parents ne lui laisse aucun espace vital. Elle l’exclut de toute chronologie. Ses réactions émotionnelles sont simplement remarquées mais pas réellement prises en compte : seules existent celles de la mère.

 

Par cette mystification perverse, l’enfant n’a qu’un début, l’acte sexuel, mais pas d’origine psychique dans un désir partagé et assumé par les parents.

 

Cette thématique se retrouve dans d’autres stratégies, telles que les confidences sexuelles.

 

Les confidences sexuelles

 

Sa mère lui avait de tout temps beaucoup parlé des difficultés relationnelles et sexuelles de sa vie de couple. Elle lui avait confié, lorsqu’elle avait à peine 10 ans : « ton père a des problèmes pour jouir et autrefois il a dû consulter un sexologue. »

 

Cette confidence intempestive avait eu sur la patiente l’impact d’un véritable désaveu du père géniteur. Elle n’est de loin pas anodine et porte atteinte à l’un des fantasmes que Freud appelait originaires (la « scène primitive »), autrement dit à l’un des éléments essentiels du psychisme de l’enfant.

A la suite de l’intervention d’un médecin consulté à l’époque, la mère s’était excusée auprès de sa fille de ses confidences inopportunes, ce qui ne l’avait pas empêchée de persévérer, comme si de rien n’était, en lui racontant, dans les détails, pourquoi elle et son père n’avaient plus de relations sexuelles depuis un certain temps. Cette forme de persévération qui fait juste semblant de tenir compte des points de vue de l’interlocuteur mais qui surenchérit dès que l’autre a baissé sa garde, est une stratégie perverse narcissique très fréquente (peut-être aussi dans d’autres domaines, comme par exemple en politique)

 

Coalitions

 

D’autres stratégies utilisaient, pour détruire la sexualité de l’enfant, des mises en scènes de coalition avec lui contre l’autre parent. Ainsi une grave crise conjugale avait-elle secoué le couple parental lorsque la patiente était adolescente. A cette occasion sa mère lui avait appris que son père avait eu une liaison ; Qu’elle aussi d’ailleurs avait eu un amant d’un soir, et qu’enfin les amis de ses parents qu’elle connaissait bien se trompaient réciproquement. Cette forme d’implication de l’enfant dans la vie sexuelle adulte eut pour effet de saccager ses idéaux sur la vie de couple.

On voit que ces confidences correspondent à une stratégie incestuelle particulièrement retorse ; elles appartiennent au genre qu’on pourrait appeler le « cadeau empoisonné ». En effet, recevoir une confidence d’un adulte est apparemment flatteur ; en réalité, ce type d’épanchement détruit le développement sexuel de l’enfant.

 

D’autres mécanismes incestuels

 

Au fil de son traitement, la patiente évoqua des stratégies incestuelles de plus en plus directes visant la captation de la sexualité de l’enfant.

En effet, elle raconta que sa sexualité était l’objet constant de l’intérêt de ses parents. Ils ne lui en dépeignaient qu’une image terrifiante, en fonction des risques de grossesse et de SIDA. C’était eux qui se préoccupaient à outrance des précautions qu’elle aurait du ou devait prendre, qui l’interrogeaient sans relâche à ce sujet, lui téléphonant de l’étranger pour qu’elle n’oublie pas de se protéger ou de prendre sa pilule. Le préservatif était d’ailleurs devenu le centre de controverses « passionnées » entre elle et ses parents. Mais elle, de son côté, l’employait aussi comme moyen de les choquer, de les inquiéter et de leur faire opposition. En refusant son utilisation, elle poursuivait la mise en acte de la violence destructrice dirigée contre sa sexualité et contre elle-même par ses parents.

 

Au registre de ces attaques directes appartiennent aussi ce que nous pouvons appeler des identifications abusives. Ainsi, en cours de traitement, la patiente en vint à réaliser avec colère que c’était sa mère qui avait convaincu le médecin de lui donner des hormones pour provoquer la venue des règles : cette mère s’était, en quelque sorte, approprié sa sexualité biologique, sexualité qui, dès lors, n’appartenait plus vraiment à la patiente.

 

Ces sortes d’ingérence dans sa sexualité pouvaient encore prendre la forme d’inductions incestuelles : « ma mère dit que mon premier ami ressemblait à mon père ; elle prétend qu’on cherche toujours son père dans son amoureux. Elle affirmait aussi que mon père était très jaloux de mon copain. » Par ce biais, la mère tente de banaliser l’idée de l’inceste, tout en en attribuant le désir aux autres.

 

Progressivement, il apparut que la patiente se trouvait enserrée dans un réseau de relations incestuelles extrêmement concret, dont elle ne pouvait plus se dégager. Ainsi sa mère s’était arrangée pour faire engager l’ami de la patiente dans son entreprise ; il travaillait même dans le bureau de la mère. De plus, elle avait procuré à sa fille un poste à temps partiel en tant que collaboratrice personnelle. Enfin, pendant les vacances, le père l’avait aussi engagée soit-disant pour qu’elle fasse la connaissance de ses relations professionnelles, ce qu’elle pourrait mettre à profit plus tard.

 

Toutes ces stratégies, au-delà des attaques du narcissisme, convergent vers l’attaque de l’identité sexuelle. « Chez nous, il nous arrivait souvent de nous retrouver, tous, nus, à la salle de bain. Alors que je prenais ma douche, mon père se rasait. C’était normal ; ça ne serait venu à l’idée de personne de fermer la porte. Ça aurait même été comme enfreindre une loi. A moi, ça ne me plaisait pas, mais mes parents ne pouvaient pas le deviner. Ça aurait du être à moi de leur en parler. »

Nous voyons ici l’inversion de la culpabilité typique de ce genre de situation.

 

La patiente révèle ainsi une nouvelle stratégie incestuelle : le paradoxe de « l’érotisation de la sexualité désexualisée » ; il s’agit d’une mise en acte d’une situation de proximité sexuelle concomitante avec le déni de toute sexualité. « En fait, il fallait faire comme s’il n’y avait pas de sexualité ; ça ne devait pas exister, il ne fallait pas la montrer »

Nous voyons là une forme d’attaque à la fois contre la sexualité et contre la pensée.

 

Généralités sur les mécanismes.

 

Si nous considérons maintenant l’ensemble des stratégies que nous venons de décrire, on peut dire qu’elles ont en commun les caractéristiques suivantes :

 

Elles sont toutes entièrement paradoxales (caché mais évident, sexuel mais non sexuel)(ça me rappelle l’autre pervers qui voulait me tripoter les seins tout en disant « c’est pas sexuel », MDR !)

Elles se perpétuent constamment et sont continuellement entretenues.

Elles concernent tous les membres de la famille, même si ce n’est pas évident ; rendent frères et sœurs complices.

Elles perdurent, identiques à elles-mêmes, de l’enfance à l’âge adulte

Elles se perpétuent de génération en génération.

 

Quelles sont les finalités de ces stratégies incestuelles ?

En premier lieu, on peut dire que, bien qu’elles utilisent la voie de la sexualité, c’est bien l’individu tout entier, en l’occurrence l’enfant, qui est visé.

 

Cet enfant se voit ainsi

Annexé, éviscéré

Attaqué dans son désir, sa capacité de penser

Mis en situation d’être responsable des attaques subies, qu’il doit même s’employer à réparer sa vie durant.

 

Ces manœuvres ont pour but de détruire la sexualité de l’enfant et en cela elles sont l’équivalent d’une forme de meurtre psychique. Nous pouvons souligner l’aspect éthiquement révoltant de telles dynamiques.

 

La dynamique perverse du jeu de projection-expulsion de la sexualité chez l’autre puis sa destruction, son annihilation ou sa maîtrise (jeu pervers incestuel) est probablement une source de plaisir pour les parents pervers.

 

Il s’agit néanmoins selon nous d’une stratégie antisexuelle, mise en œuvre par des parents qui manifestent ce que nous avons appelé une « phobie froide » (autrement dit, une aversion horrifiante de la sexualité mais sans angoisse).

 

Sous un angle encore plus global, on peut dire que ces stratégies servent une forme d’idéologie où les parents s’extraient de toute responsabilité ; ils ne sont pas plus parents que l’enfant n’est enfant. Les générations sont soit mélangées, soi, de façon opportuniste, inversées, de même que la responsabilité fondamentale de la création d’un enfant. En cela, on peut dire que les stratégies incestuelles sont des stratégies d’anticréation.

 

Conclusion

 

La compréhension des mécanismes de l’incestualité jette un jour nouveau sur différents symptomes psychopathologiques et sexuels. Seules leur prise en compte et leur analyse permettront aux patients victimes de tels abus, de recouvrer non seulement leur sexualité dévastée, mais surtout leur dignité.

 

[…]

 

Meurtres psychiques (terme que j’employais lors de ma psychothérapie)

 

L’incestuel et l’inceste dans les familles d’origine

 

La grand-mère maternelle est décrite par la patiente comme une femme à poigne, mariée à un homme à ses yeux insignifiant et méprisable. Lorsque sa fille, la mère de la patiente, après quelques mois de fréquentation, avait décidé de rompre la relation avec son fiancé de 10 ans plus âgé qu’elle et déjà diplômé, la future belle-mère avait persévéré à l’inviter à la maison. La fille ne était tombée gravement malade, mais la mère s’était alliée au prétendant et les deux l’avaient finalement contrainte à se marier.

Cette coalition incestuelle avec le beau-fils se poursuit encore actuellement et s’est même intensifiée depuis qu’elle habite avec sa fille et son mari.

 

Du côté paternel, le couple des grands parents avait aussi été lié par une relation perverse. La grand-mère, une « battante », avait « sorti son journaliste raté de mari du pire alcoolisme ». Ils avaient vécu passionnément quelques années, avaient eu un enfant, mais le mari était mort brusquement. Elle s’était tout de suite remariée avec un « bon à rien ». Elle avait alors consacré toute sa vie à son fils qu’elle idolâtrait. Elle ne lui avait plus jamais parlé de son père, qu’elle avait gommé de leur existence, duquel il ne sait toujours rien et dont il n’a aucun souvenir.

 

Mère et fils ont encore actuellement une relation passionnée, et le père de la patiente lui a, à maintes reprises, affirmé qu’en se mariant, un homme « épouse toujours sa mère ». Elle avait compris qu’il lui confiait de la sorte, le secret d’une relation incestueuse et en était bouleversée, car elle l’avait ressenti comme une condamnation implicite du genre « toi non plus tu ne t’en sortiras pas ».

 

Le décervelage ou l’interdiction de penser

 

Lorsque la patiente, femme cultivée et intelligente, parle de ses parents et de la dynamique familiale, son discours habituellement très finement nuancé et clairvoyant subit un changement impressionnant : sa pensée ne peut plus se développer librement, tant son fonctionnement est entravé par l’interdit de penser (équivalent pervers de l’interdit de l’inceste). Il obéit subrepticement à une logique folle (« subrepticement folle ») mais propre à exprimer la paradoxalité de l’idéologie familiale incestuelle.

 

Nous avons déjà vu que, dès l’origine, le couple parental s’était inscrit dans une dynamique perverse. Dans ce sens, le projet d’avoir des enfants avait tout de suite été un enjeu de pouvoir entre les époux : la mère avait accepté le mariage à condition de ne pas avoir d’enfants, mais le père l’y avait bientôt contrainte. Ce constat établi par la patiente mais, selon une notion très féconde de Racamier, il demeure « non-opérant ». En effet, elle affirme encore maintenant : « Mes parents s’aiment beaucoup. » Ou encore, accumulant les absurdités logiques : « Mes parents sont une entité indissociable, ils sont liés dans une relation de confiance. Ils n’ont jamais rien à se dire, n’ont pas de complicité (…) Mes parents se sont toujours bien entendus, actuellement ils sont comme deux vieux complices. Ils ont l’image de marque du couple idéal. Lorsque j’avais 10 ans, ma mère a voulu divorcer pour insatisfaction sexuelle, mais autrement ils s’entendent très bien. »

 

Ou encore, sans que cette assertion dépourvue d’affect conduise à une perception plus critique : « ils ont reporté leurs problèmes sur leurs enfants. »

 

Dans la description dine qu’elle fait de la dynamique du couple, tout en laissant transparaître son implication et son identification, même ambiguë, à un père masochique qui se pose en victime, elle ne relève pas pour autant la dimension perverse ni la violence : « Mon père s’est petit à petit laissé déposséder de tout. Il n’a aucun espace de liberté, il doit toujours être aux côtés de ma mère, qui ne vit que pour lui et par lui. Ils se suivent d’une pièce à l’autre ; lui n’a pas d’argent personnel, ma mère lui donne son argent de poche, et il peut garder la monnaie s’il fait des commissions. Il aime les livres mais ma mère ne lui en laisse acheter que d’occasion ; il aime bricoler mais elle ne le laisse plus le faire ni dans l’appartement ni même au garage. Il ne peut plus s’éloigner de la maison car la santé de ma grand-mère, qui vit avec nous, décline de jour en jour et mes parents ne la quittent pas. Ils s’enferment et s’isolent toujours plus.

 

Dans la description de ses parents apparaissent d’autres paradoxes et incohérences : « Mon père est l’homme le plus délicieux qui soit, très doux, aimable, gentil, sociable, charmant ; il fait du chantage au suicide et exerce sur nous des pressions énormes, il a tendance à boire ; il a toujours eu le rôle du bon samaritain envers ma mère qui a toujours été de santé fragile et envers nous le rôle du bon pater familias. »

 

« Ma mère ressemble à ma grand-mère, que j’aime beaucoup, elle a un caractère très fort, autoritaire ; elle assume tout, elle a toujours ce mauvais rôle, peu gratifiant. Elle est d’une violence extrême, comme un animal acculé. »

 

Ces fragments d’idées juxtaposées, reflètent des clivages et délabrements d’une pensée soumise au feu d’un décervelage.

 

Tiré de l’excellent : « saccages psychique au quotidient : perversion narcissique dans la famille » de Maurice Hurni et Giovanna Stoll.

 

Posté: 01:48, 4/11/2006
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La réaction des parents face aux souffrances de leurs enfants.

Isabelle Filliozat dans "Je t'en veux, je t'aime : Comment réparer la relation à ses parents"

 

La réaction des parents face aux souffrances de leurs enfants.

 

La plupart du temps, ils ne savaient pas. Responsables de la santé, de la protection, et de l’éducation, le parent a tendance à se vivre comme au centre de tout ce qui arrive à son enfant. Sa capacité à tolérer le sentiment de culpabilité va déterminer sa réaction à vos souffrances. S’il a conscience de vous avoir maltraité, soit il sera heureux de pouvoir en parler avec vous, de réparer et de se libérer de son sentiment de culpabilité. Soit refusant d’éprouver de la culpabilité, il tentera de vous faire taire (Note de moi : il m’apparaît que ya pas qu’avec les parents que ça se passe comme ça : c’est avec tout le monde. Que dire donc à ceux qui nient avoir fait du mal alors qu’on leur DIT qu’ils nous en font ou nous en ont fait… ?). Les parents (Note de moi : on peut remplacer par les « personnes » et ce dans tout le texte) les plus violents ont tendance à s’enferrer dans le déni, la culpabilisation de l’enfant (note de moi: on peut remplacer par « l’autre »), la dévalorisation.

Comment peut-on se regarder dans la glace après avoir été trop cruel ? On préfère se convaincre qu’on ne l’a pas fait. C’est tout. Le fils, la fille, se fait des idées. Cela n’a jamais existé, c’était du fantasme.

 

Certains parents sont terrorisés par la perspective de perdre leur pouvoir sur leur enfant. L’enjeu pour eux est d’importance. Ils ont besoin de la soumission de l’enfant pour conserver leur sentiment d’avoir une place. Ils sont incapables d’aimer leur enfant et de se centrer sur ses besoins. Ils passent avant, malgré tout ce qu’ils estiment faire « pour eux ». Sans en avoir conscience, car ils s’inquiètent volontiers, voire se sacrifient pour leur progéniture. C’est de l’attachement, certes. C’est n’est pas obligatoirement de l’amour.

Quand Luigi a exprimé à son père son étonnement devant le fait qu’il ne lui posait jamais de questions sur sa vie, son père lui a rétorqué « je ne veux pas te poser de questions parce que ta vie ne m’intéresse pas. » Dont acte ! Pourtant, dans la lettre suivante, ce père écrit : « tu dis que je ne t’aime pas. Où as-tu trouvé ça, ou qui t’a raconté ça ? Un imbécile ! j’ai six photos de toi dans ma chambre ! »

 

Un peu plus loin : « Je peux te dire que tous les jours, je pense à toi au moins 3 ou 4 fois, c’est pas de l’amour ça ? ». Non, ce n’est pas de l’amour. Hélas, ce père ne le sait probablement pas. Il ne manque pas une occasion de montrer à son entourage combien il est fier de son fils. Il le regarde en photo. Mais face à lui, il ne sait que proférer des insultes et des critiques. Il l’appelle rarement autrement que « petit con ». Luigi en a été tellement blessé… la mère de Luigi ne nie pas les comportements abusifs de son mari, mais elle le défend en redéfinissant : « s’il se comporte ainsi, c’est par affection. S’il t’insulte, c’est parce qu’il ne sait pas dire autrement qu’il t’aime. »

 

Le sentiment d’amour se nourrit d’émotions d’amour. Pour éclore, ces dernières ont besoin d’instants d’intimité. La manifestation de l’amour, c’est la tendresse. Tendresse du contact physique, tendresse du regard, tendresse de la parole…

Ni la violence, ni le mépris, ni les humiliations ne font partie du vocabulaire de l’amour.

Toutes les réactions se rencontrent. Du refus total de coopération, en passant par l’agression : « tu es dans une secte, je vais te dénoncer. », « tu es folle », « tu as toujours été compliqué », « tu vas tuer ta mère », et jusqu’au rejet : « ne remets plus jamais les pieds dans cette maison. », « je te déshérite, tu n’auras rien, tu n’es plus mon fils. ». Ils résistent à toute tentative de déstabilisation de leur pouvoir.

D’autre parents réagissent par la distance : « tu fais ce que tu veux de ta vie, laisse nous tranquilles. » Ils ne nient pas, ils fuient simplement la relation. Par ces mots ils disent que leur blessure est bien trop grande pour qu’ils puissent en parler.

Doit-on insister ?

Nous sommes confrontés à la liberté de l’autre. Il a le droit de fermer son cœur, de refuser la relation. Et nous avons le droit d’avoir envie de cette relation et donc d’insister. Sans s’épuiser, et surtout sans attente de résultat.

 

Si vos parents n’ont pas conscience de vous avoir blessé. S’ils vous ont infligé des blessures en toute bonne foi, ils découvrent votre vérité. Soit ils réagissent par la stupeur et l’immédiat désir de réparer. Soit ils se sentent si coupables qu’ils risquent de se sentir angoissés. S’ils ont suffisamment de sécurité intérieure, ils vont chercher à vous écouter. Sinon, ils vont nier, refouler, ou jouer les victimes « je suis une mauvaise mère, je n’ai jamais rien fait de bon dans ma vie. ».

Certains oublient. D’autres n’ont pas eu conscience parce qu’en réalité ils n’ont jamais voulu frapper leur enfant, le détruire ou lui faire du mal… Ils l’ont fait sans être conscients de ce qu’ils faisaient parce que leur rage ne s’adressait pas à l’enfant mais à leur propre parent. Ils restent conscients (parfois) des blessures qu’ils ont reçu dans leur propre enfance, mais restent inconscients de ce qu’eux-mêmes ont fait subir. D’autres refusent de considérer la vérité de ce qu’ils ont fait subir à leur enfant parce qu’ils refusent de regarder ce qu’eux-mêmes ont subis dans leur petite enfance.

 

« Ma mère a mis ma lettre au feu en arguant : « tu m’as déjà dit tout ça. » chaque fois que j’ai attendu d’elle qu’elle me comprenne, j’ai souffert au centuple. Je n’avais pas écrit pour la convaincre, juste pour lui dire. Attendre d’elle un changement, ce serait me briser. ». N’attendez pas de changement de la part de vos parents. Préoccupez-vous de votre part de responsabilité dans la relation. De votre côté, vous faites ce qui est bon pour vous de faire, vous exprimez ce que vous avec à exprimer. Leur réaction est de leur responsabilité. Il est important de parler pour vous libérer de la dépendance. Après, la réconciliation n’est pas de votre seul ressort.

 

Certaines réactions sont émouvantes.

« tout d’abord, merci pour ta lettre si affectueuse et en même temps si empreinte de tristesse. Depuis que je l’ai reçue, j’ai essayé deux fois d’y répondre mais je m’en sens incapable pour le moment. C’est trop compliqué pour moi car il faut remonter bien loin dans le temps. J’ai été bloqué depuis mon enfance par une éducation très dure dans laquelle tout sentiment devait être apparemment banni ou simplement non manifesté. Cela ne m’empêche pas de t’aimer, mais il est certain que les échanges père à enfant étaient trop maigres. C’est dommage mais c’est ainsi. Je reconnais que j’aurais pu faire beaucoup mieux. Mille gros bisous, je t’aime de tout mon cœur. »

Ce papa est à l’écoute, il reconnaît les faits. Il ne parle pour l’instant que de lui et Annette est encore en droit d’attendre une phrase du style : « je mesure combien tu as manqué de contact avec moi, combien cela a du être difficile pour toi. » il faut du temps pour arriver à cette empathie. Ce papa montre son désir de réparer. Ses regrets sont palpables. Il se confronte à ses propres difficultés à entrer en contact avec ses émotions et à regarder le passé, mais il ne juge pas Annette…

 

Certains parents déforment les faits, à leur avantage en général. Ils reconstruisent une histoire qui protège leur image. Voici le témoignage de Pia :

« quant aux échanges de courrier avec ma mère, j’ai été surprise par sa réponse et je n’ai pas su poursuivre  le dialogue entamé (pas encore ?). l’image d’elle qu’elle m’envoyait ne correspondait en rien à ce que je connaissais et certains faits étaient déformés. Par exemple elle m’a dit qu’elle avait voulu que j’aille voir un gynéco alors que l’histoire était très différente : j’avais pris seule rendez vous et n’ayant pas de réveil personnel, je lui avais demandé la veille de me réveiller plus tôt pour pouvoir me rendre à ce rendez-vous. Elle m’avait fait une grande scène comme quoi elle avait tout raté, qu’elle aurait tant aimé que je lui en parle, qu’elle m’accompagne… et elle m’a accompagnée, finalement… j’avais seize ans. Je ne sais pas quoi penser de cette réécriture du passé. »

 

Certains parents manifestent une apparente bonne volonté mais restent encore trop prisonniers de leur égocentrisme. Ils n’arrivent pas à écouter leur enfant, à se centrer sur sa réalité. Ils se justifient sans cesse, répètent « je ne voulais pas », « ce n’était pas mon intention », « j’ai fait de mon mieux », « j’étais une bonne mère »,...

Je je je, ils ne parlent que d’eux. Ils se sentent coupables, s’excusent, incapables de se décentrer d’eux-mêmes, incapables de se centrer sur la réalité de l’autre. Cet égocentrisme marque une fixation dans la zone de dépendance à autrui et de profond manque de sécurité intérieure. Vous l’avez compris dans ces pages, les parents ne se protègent pas vraiment des agressions ou des accusations de leurs enfants, mais de leurs propres peurs de ne pas être « à la hauteur », de ne pas être aimés, de ne pas avoir de place…

Alors que j’insistais auprès d’une mère, pour qu’elle arrive à se centrer sur sa fille, j’eus la surprise de l’entendre dire soudain : « et moi ? ». Montrant ainsi la compétition de besoins dans laquelle elle était probablement depuis longtemps. Depuis toujours, malgré un apparent dévouement à ses enfants, cette mère passait en premier. Françoise, sa fille, était là pour ses besoins à elle. Sa fille était la mère. Françoise sentait bien confusément qu’elle prenait en charge sa mère, et que ses propres besoins n’étaient pas satisfaits. Cette séance lui a permis de confirmer qu’effectivement, elle n’avait pas de place en tant qu’individu, sa mère était trop carencée pour pouvoir la considérer comme une personne séparée d’elle.

 

Certains parents sont très déstabilisés de découvrir qu’ils n’ont pas été attentifs aux besoins de leurs enfants alors qu’ils ont le sentiment d’avoir toujours fait passer les besoins des autres et notamment des enfants avant les leurs. Il peut être extrêmement douloureux de prendre conscience qu’on n’a pas toujours vu son enfant, qu’on n’a pas toujours su l’accueillir, l’accompagner, l’écouter, lui parler… il est encore plus douloureux de le voir échouer professionnellement ou affectivement, tomber malade, sombrer dans la drogue ou mourir plutôt que de parler. Le sentiment de culpabilité leur est alors inévitablement renvoyé.

 

Nombre de parents ne savent pas qu’ils n’aiment pas leurs enfants. Ils confondent l’amour avec le fait de se faire du souci ou de se sacrifier… ils éprouvent de l’attachement, mais n’ont jamais ou peu ressenti l’émotion d’amour. Il est très délicat de les aider à en prendre conscience sans les culpabiliser. C’est une conscience qui peut être douloureuse, tout ce gâchis, ce temps perdu, mais c’est aussi une occasion de découvrir une nouvelle dimension à la relation. Et il n’est jamais trop tard pour être heureux.

 

Posté: 03:38, 28/10/2006 dans Autres extraits
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Je crée un nouveau blog pour mes délires...

En plus sur blog gratuit j'ai plus accès depuis 3 jours au langage html, ce que me gonfle prodigieusement (impossible d'ajouter quoi que ce soit au menu).

Ici, je me consacrerai aux extraits de bouquins psycho.

 

Sur l'autre, à ma vie quotidienne z'et pensées profondissimes que vous me connaissez...

Donc l'épisode 3 de mes zaventures tatooesques qui passionnent le mondentier (quand j'étais ptiote je croyais que c'était "mon dentier", et j'y comprenois quedtchi) (et comment que je me la pète encore, ça me fait un bien fou !) est publié : sur l'autre blog !

 

Rdv là baaaaaas !

 

biz à tous

 

Posté: 09:52, 25/10/2006 dans 0 Introduction
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Autour du tatoo de Tatooa - 2

3ème Episode :

Coup de Foudre. (avec un dragon, c’était prévisible, mais je fus surprite komême.)

 

 

Nous voilà donc le 11 Octobre. Je trépigne. C’est quand l’heure ? Bon allez, l’homamoi s’occupe du Tiboy, tout est paré, à part moi, ce coup-ci pas question de ressembler à une bourge nunuche, ah mais !

Bien sûr comme d’hab, je conduis vite, trop vite (mais bien, la preuve, chu toujours là pour vous en parler et le seul accident que j’ai eu de ma vie c’était juste après mon permis et j’étais dans mon droit, ah mais ! Je vois bien qu’aucun mec me croit (bande de moulés d’idées toutes faites, MDR !), pourtant c’est la vérité.). Forcément quand on conduit (trop) vite on arrive en avance. C’est ce qu’il m’arrive.

Fermé. Mardre de rougn !

Bon, y fé bo, ya un salon de thé, là, allez hopla, en terrasse je verrai dès que ça s’allumera.

Vous commencez à me connaître, je suis dans un salon de thé, donc je commande :  … Devinez koa ?

 

UN CAFE ! (vi je sais je faiche avec mon esprit de contradiction systématique et caractériel.)

Elé gentille la dame, a me sert de suite et je la paie de même. Elle s’est même pas aperçue qu’en fait j’ai commandé un café alors que j’en bois quasi jamais juste pour l’embêter parce qu’elle tient un salon de thé.

Ah bon comment ça le monde ne tourne pas autour de mon nombril ? ni autour de mon tatouage ? M’enfin ? ya un pont pas loin, faites gaffe…

 

Et paf j’ai même pas commencé que les lumières s’allument chez Titou. Ragl ! Je bois le kawa trop vite, ça brûle, elle avait tout prévu, kroforte la dame aussi, j’ai un verre d’eau, ouf ! Je me précipite chez Titou. Ah mais il se fout de mon gueule encore… Donc c’était pas les fringues, ça doit être ma tronche. Là j’y peux pas grand-chose…

 

-Euh, je me souviens plus, vous venez pour quoi ?

-hein ? ben pour le tatouage du dragon, tribal, là sur votre cahier, c’est marqué que vous deviez le faire pour aujourd’hui !!!!!!!!! M’enfin !!!?

-Ah oui. Je l’ai pas fini

Nan mais je cauchemarde ! ça fait deux semaines et trois billes que j’attends avec une impatience insoutenable pour tout le monde et il me sort la bouche en cœur qu’il l’a pas fini ? Je vais l’étrangler…

-Bon il me reste le corps à finaliser.

Aaaaaaah, il a commencé, au moins ça ! J’étais à deux doigts de l’assassinat à l’arme blanche (j’ai pas de flingue), ou noire, ça dépend de si c’est avant ou après le tatouage... Pfiu ! (défois j’ai le sang un brin vif… z’aviez pas remarqué chu sûre.)

Et là il me sort ZE dessin.

 

 

« …………. »

 

Chu restée sans voix pendant quelques secondes, ce qui est donc un moment d’anthologie, (pierre blanche, fête sur le calendrier et tout) parce que c’est très très très rare. On m’a obligée à fermer ma gueule toute mon enfance, maintenant je me rattrape. Et pas toujours dans la dentelle… m’enfin bon c’est une autre histoire.

 

 

-oah ! Mais il est super beau !? (vi le « ? » c’est que chu dubitative, là, tin quelle mécréante j’ai fait, la honte soit sur moi, sheïmonmi)

 

(Permettez, je fais une pause, ya Robbie Williams à la téloche (W9 Hits mais trop tard pour vous, gnek gnek), laissez moi prendre mon pied tranquille, je reviens après…) (ayé)

 

Bon donc j’en étais à mon illumination en voyant MON tatouage. A MOI LE MIEN PERSO EXCLUSIF que s’il le fait à d’autres je lui fume sa boutik. Il est bon Titou ! Il a lu dans mes pensées. Il a fait très exactement ce que je voulais sans le savoir.

Bon, j’avais fait un dessin moi aussi. Mais j’ai presque honte de lui montrer. Enfin pour le bas du dragon j’aimerais bien que ça ressemble alors je prends mon courage à deux mains et mon dessin dans l’autre (vous saviez pas ça, non plus, lol, ça peut être très pratik (vous vous en doutiez depuis que j’ai dit que chu extraterrestre, c’est ça ? Ah non c’est vrai je l’ai pas encore dit…)), et je lui montre. Il est diplomate aussi Titou. Décidément les apparences ça trompe énormément. Il me plait ce gars. Arf !

 

-il est sympa, tu l’as trouvé sur un T shirt non ? (tiens, on se tutoie, donc mon dessin ptet il est pas si nul. Enfin j’espère, hein, je sais pas j’ai pas osé lui demander.)

-Voui, sur un sweat. J’ai modifié les ailes parce que elles ne me plaisaient pas, et j’ai rajouté un Yin Yang comme je voulais. Mais maintenant que j’ai vu le tien je trouve qu’il est trop hérissé, celui là, trop agressif, le tien il est trop beau (chu une sale lèche botte ptin de sa race : en plus je le pensais. Chu la seule lèche botte sincère inzeworld, applause please). Mais le bas il est pas mal, peut-être tu pourrais t’en inspirer ?

-voui on verra, il est un peu trop noir, je crois. N’oublie pas que t’es une fille.

-Chu pas une fille, l’homamoi il l’a dit.

-Ah bon, t’es quoi alors ?

-Une extraterrestre.

Oups. Défois je ferais mieux de la fermer. Je le vois, il me prend pour une dingue. Ah non, il rikole. Todmême, un tatoueur, il doit en voir des pires que moua, des extraterrestres, non ? yen a même déki se font tatouer... ah non ça je vous raconte plus tard, j’ai dit…

-Bon alors on prend rendez vous pour la réalisation ?

-Mais je l’ai déjà, mon rendez-vous, je viens Jeudi après midi !!! (Yargla, angoissée terrible ) Pourquoi, tu peux plus , c’est trop tôt ?

-Ah si on peut, ya pas de problème, j’avais oublié, c’est tout, c’est pas pour rien que je marque tout. Bon ben c’est parfait. Je le finis. Tu auras du temps jeudi après midi ? Si il y a des modifs à faire, il faudrait pouvoir le faire avant quand même.

-vi, je me débrouillerai, ne t’en fais pas. On aura tout le temps. Bon, ben merci. Et à jeudi.

 

Chu sortie de là sur un nuage. J’en suis d’ailleurs toujours pas redescendue (si vous êtes vraiment très très très sages je vous raconterai pourquoi un jour). Enfin si, pendant 3 heures le jeudi après midi… mais ça aussi je vous raconte plus tard.

Je me suis arrêtée sur la route (bon non pas en plein milieu ! arf ! j’l’ai dit que je conduis bien non ?) pour téléphoner à l’homamoi et lui dire que MON tatoo était magnifique, magnifique, que j’étais trop top super contente… Bon il avait un client en ligne pas le temps de me parler je raccroche.

Beuuuuuuuuuuuuuuuuuh !

 

M’en fous j’vais le dire à ma meilleure amie, sur msn, dès que j’arrivois à la maison, NA ! Enfin si elle me fait couki bien sûr… là je sais pas comment j’ai conduit parce qu’il me semble après coup que la voiture est rentrée en pilotage automatique jusqu’à la maison… Mais à part ça je suis pas dangereuse en bagnole, non non !

 

Et ma copine elle était là ! J’ai pu exulter avec un témoin partial tout de mon côté, et défois, ya pas à tortiller, ça fait du bien ! Une Free total excite, ça fait du bruit. Pourrez lui demander…

 

Bon chu désolée pour les impatientes, la suite au prochain numéro !

(chu maîtresse es suspence, appelez moi Hitchcokette...)

WOUARF !

 

Posté: 11:01, 23/10/2006 dans Delires divers
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Différents genres de tatoos.

Tatoos genre "tribal".

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Tatoos genre "celtique"

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Tatoo genre "polynesien"

 

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Est-ce plus clair pour les non-initiés ???

 

 

 

 

 

 

 

 

Posté: 05:01, 21/10/2006 dans Photos
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Autour du tatoo de Tatooa - 1

Vol au dessus d’un nid de dragons

 

Parlons donc de mon tatoo…

Il n’a pas fini de faire couler mon encre virtuelle, çui là, je le vois venir gros comme une maison. (Comme un dragon c’était trop facile)

 

1er Episode :

-Allo ?

-Oui ?

-Euh, je suis bien chez Titou Tatoo ?

-oui. Vous avez de la chance, d’habitude je suis pas là le matin (hein ? mais il bosse quand alore ?)

-Vala, j’aimerai me faire faire un tatouage (tin chuikon, forcément si que je l’appelle c’est pour me faire tatouer).

-Vous savez déjà ce que vous voulez ?

-Ben euh, j’ai une idée, mais est ce que je pourrais passer pour voir vos flashs ?

-Ah, vous connaissez le vocabulaire, vous êtes tatouée déjà ?

-Voui, j’en ai déjà un (‘tin comment que je me la pète, en fait il est tout petit, lol). Je peux passer quand ?

-Quand vous voulez, je suis là tous les après-midi de 14H à 18H30 du mardi au samedi (‘tin chu tombée sur un faignant, c’est bien ma veine, mais qu’est ce que je vais foutre là bas…)

 

2ème épisode :

Bon allez, j’arrête de me tater, j’ai amené mon mari jusque là, c’est plus le moment de reculer.

Ouh pitin, c’est quoi ce typeeeeeeeee ???

Look babs, dreadlocks jusqu’à la taille, ongles rognurés jusqu’aux os ou presk… y se détourne à peine de son client pour nous regarder… Argl, mais quelle idée de me fringuer comme une bourge nunuche, je l’ai vu dans son œil, il se fout de moi d’avance. Bon chu aussi con que lui piske son allure me revient pas. Allons-y gaiement !

 

-Bonjour, je vous ai appelé avant-hier pour savoir quand venir voir les flashs, vous m’avez dit quand je voulais, alors me voilà. (raaaaaah il le voit bien que chu là, décidément chu nulle en dialogue ! Ma mère me l’avait dit… (je vous en parlerai un jour de ma mère, si vous êtes sages))

-Et bien bonjour, vous savez ce que vous voulez ?

-Je voudrais un dragon… Mais plutôt tribal, tout en noir. (Ah. Je vois une lueur d’intérêt dans son nyeu glauque.)

-Un dragon ? Et tout en noir ? Mais, comment dire, c’est un peu violent, pour une femme, non ?

-ouai je sais mais je veux un dragon (mardre maintenant que chu décidée, hein, va pas me la jouer paternaliste en plus, l’a pas intérêt à continuer sur ce ton sinon je me tire)

-Et vous voulez le faire où et de quelle taille ?

-de là à là… (c'est-à-dire un gros tiers haut de mon bras gauche).

 

Ayé, son nyeu a viré carrément brillant. Je l’intéresse pour de bon, yepeeeeee !!!

-bon, vous avez 3 catalogues dragons, là, sur la table, et il y en a aussi dans les livres, installez vous, et quand vous avez trouvé, vous me dites, pendant ce temps je prépare monsieur (l’autre veinard qui est là, lui, pour passer sur la table d’opération, chu kon je l’envie, je me souviens plus comment ça fait, de se faire tatouer, c’était en 2001, le premier)

 

Je cherche. Il cherche (l’homamoi). Nous cherchons…

-pas mal çui là… mais non.

-et çui là ? non.

(je vais pas tous vous les faire parce qu’on a passé les 3 catalogues plus les bouquins… A vue de nez, au moins 300 tatoos)

Rah tin je trouve pas, ya rien qui me plait, gargl, c’est moi qu’est difficile ou bien ?

Ça commence à m’inerfer grafe… Je reprends un catalogue…

 

Ah… AH ? AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ???? J’ai trouve, en repassant dans ce catatoologue, un dessin dont la forme me plait. J’l’avais pas vu çui là, c’est l’homme qui devait l’avoir, ce catatoologue là.

Seulement foilà, il est pas du tout tribal, le dragon en question. Voire même carrément dessin artistique à mettre en couleurs…

Beurk. Je veux pas d’un dragon pour minette…

 

Et là le tatoueur il sent que le suspens est fini (il est fort, hein ?)… il passe la tête par sa lucarne, ben vi, hein, dans la cabine de tatouage on peut pas regarder dedans (et vu ce qu’il va me raconter plus tard, hum, ça se comprend, lol…) et « Vous avez trouvé quelque chose ? »

 

-VOUI (triomphal). Mais il va falloir le travailler (beaucoup moins triomphal).

-oki j’arrive.

 

J’m’installe face à lui avé mon catatoulogue, toute gaite, et j’y dit « CELUI LA !.

Et là il me regarde avec un intérêt encore plus grand si c’était possible

-ah mais c’est un dessin de moi ça !

(tin j’ai fait pandanlemille sans le savoir, si c’est pas bo ça ! Kroforte je vous dis !)

Ayé, là, il est content, le courant passe.

-bon alors ya pas mal de boulot, il va falloir le « tribaliser », mais c’est tout à fait faisable. Il faut juste me laisser un peu de temps. Il est gros, vous êtes sûr de la taille ?

-(tout à fait sore, monseignore). Nan j’l’ai pas dit comme ça, mais ça revenait au même. Bon alors, comment ça se passe ?

-Ben je vais le redessiner, en tribal. Je pense que je vais faire des traits assez fins pour pas qu’il soit trop noir. Et il faudra qu’on se voit pour le finaliser, et ensuite on pourra passer à la réalisation.

-Bon, on peut se voir quand alors ? (pas pressée du tout la meuf, meuh noooon, juste ça fait 6 mois qu’elle réfléchit et là fodrait qu’il soit fait dans la minute… lol)

-Ben là, j’ai pas mal de boulot… je suis pris jusqu’au 11 octobre. Donc on se donne rendévous le 11 à 14H.

-QOAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA ??? vous pouvez pas avant ?

-Ah ben non, j’ai déjà du boulot, il faut que je le dessine, donc il me faut du temps…

Je louche sur son agenda dont il tourne les pages, effectivement, le bougre, toutes ses aprèmes sont prises… et le matin, ben il dessine, patate que je suis ! Forcément ! on peut pas être au four et au moulin, hein ! et en plus la boutik ils l’ont à deux, le matin c’est la pierceuse (nan elle s’appelle pas Blacké d’équerre) qui l’occupe… bon ben d’accore alors.

-Mais on prend aussi le rendez-vous pour le faire…

-Z’êtes sûre ?

(Tu parles que chu sûre. Si je pouvais je m’allongerai là de suite (nan pas pour ce à quoi vous pensez dégoutants, lala spisses de mal tournés du cerveau du slip, vous !!!) pour qu’il me le fasse le tatoo (je vous répète : à ce moment là j’avais oublié comment ça fait putin mal de se faire tatouer… Et vu comment il est pris le bonhomme, si je le prends pas maintenant, mon rendez-vous, chu bonne pour poireauter jusqu’en Novembre : HORS DE COUESTIONNE !!!). Bon ben le 13 Octobre alors. Z’êtes sûre que c’est un dragon que vous voulez ? (là en fait il regarde l’homamoi…, qui aquiesce. Z’avez remarqué ? super laconique mon homamoi. (pas toujours mais là c’était MON tatoo, MA décision, MON choix, et il m’a tout laissé gérer. Il est bien, hein ?))

-Oki, rendez vous le 11 Octobre alors. Bonne journée.

 

AYE ! C’est parti mon kiki ! Youpi !

(j’ai posé la question du prix, bien sûr, mais je vous passe ce chapitre là, sinon vous risqueriez de tomber par terre et de pas lire la suite, ce serait con pour vous… Enfin il me semble. Lol)

 

Posté: 09:51, 20/10/2006 dans Delires divers
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Gaelle, c'est rien que pour toi !

Nan c'est un gros mensonge, c'est aussi pour moi, pour m'amuser.

 

1)Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 18 et écrivez la 4ème ligne:
 

"La longue galerie qui s’enfonçait au cœur de la masse pierreuse était couverte de sinusoides phosphorescents…"

 

Les Technopères est une bande dessinée issue du monde de L'Incal. Scénario : Alejandro Jodorowsky; Dessin : Zoran Janjetov; Couleurs : Fred Beltran ...
vi en ce moment chu "Jodo" à fond les manettes...

 

2)Sans vérifier, quelle heure est-il?

17 H 30

 

3)Vérifiez:

17H 37 ! Aucun mérite, je sais à peu près because que je viens d’aller chercher mon fils à l’école, ce qui répond également à la question 7.


4)Que portez-vous?

Un Jean, un débardeur noir, des tongs, mon alliance, un bracelet, un collier en or, et un autre qui vient d’une boutique « heroic fantasy » inspiré de la broche du roi Theoden, (le seigneur des anneaux), cadeau surprise d'un voyage pro de mon homme... Et non sans fierté mon tatouage tout neuf « dragon Yin et Yang », et TOC ! (et mon zozio plus ancien aussi, d'ailleurs)

5)Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?

Bêtement, le blog de Gaelle, et paf qui vois je dans la liste ??? MOUA !!! Merci Gaelle ! lol !


6)Quel bruit entendez-vous à part celui de l'ordinateur ? 

« Cleaning my closet »(I'm sorry mama) d’Eminem qui finit… Et Orson « no tomorrow » qui commence… lol !

Compil à la moi… Eklectik…


7)Quand êtes-vous sortie la dernière fois, qu'avez-vous fait ?

chu allée chercher mon fils à l’école, fo suivre un peu !!!

Et avant ça j’étais de permanence à ma bibal préférée !

Lol !!!!

 


8)Avez-vous rêvé cette nuit ?

cette nuit ? me souviens pas. La nuit dernière ? j’ai rêvé que j’arrivais à respirer en entrant dans du sable sur le dos (comme dans de l’eau), mais que ça m’angoissait tout de même un brin… lol ! (il semblerait qu’une bestiole me soit rentrée dans le nez pendant mon sommeil, et que je l’aie trucidée toujours dans mon sommeil, me suis retrouvée avec le drap tout sanglant et des bouts de chose non identifiée dont une mandibule et des pattes…c’est quasi « la marabunta » chez moi fo croire, sauf que je me laisse pas faire, même en dormant, chu kroforte… MDR !)

9)Quand avez-vous ri la dernière fois ?

En regardant Oggy et les cafards ce matin… Non, plus exactement en regardant mon mari se marrer en découvrant Oggy et les cafards…

10)Qu'y a t'il sur les murs de la pièce où vous êtes?

Un tableau « marine » peint par mon bop (ben vi, il a plein de défauts, mais il peint bien). Un masque africain qui vient du Kenya. Un autre masque africain dans un cadre qui fait également son ptit effet, çui là fo pas dire d’où il vient… Un paysage de Provence « cueillette de la lavande ». Un miroir qui vient du Maroc.  Eklectik, je vous dis…

11)Si vous deveniez multimillionnaire dans la nuit, quelle est la première chose que vous achèteriez ?

J’m’achète une île déserte et la bibal qui va avec… (connexion internet satellite aussi, fo pas trop déconni !) Epi j'y construirai des bungalows pour les cops... Epi le bar qui va avec aussi... Epi le voilier... un 12 mètres, hein, vala, ça serait biengue... Ah la première. Bon j'arrête alore.

 


12)Quel est le dernier film que vous ayez vu ?

En entier ? euh…Bon pas en entier c'était "Basic" avec Travolta... Fo que je me fasse la fin. Chaipokan...

Ah mais en lisant la question 23 je réalise toutacoussoudin que c'est le dernier film au cinoche... Ben alors c'était "nos voisins les hommes" : et j'étais MDRRRRR !!! Tin l'écureuil déjanté, Zamy, alors chu fan ! Preske autant que de Scrat...


13)Avez-vous vu quelque chose d'étrange aujourd'hui ?

ouaip (enfin, étrange, si on veut...)! J’ai arboré fièrement mon tatouage, ben ya que deux personnes qui m’ont dit « oah » ou « oh !? ». Les 5/6 autres connaissances croisées à l’école ont fait semblant de pas le voir… ça me fait marrer…


14)Que pensez-vous de ce questionnaire ?

ça m’amuse…

15)Dites-nous quelque chose de vous que ne savons pas encore :

Vous savez rien… lol ! donc je vous dis un truc : j’ai 41 ans. J'ai vécu dans le plus total aveuglement sur moi-même, sur le monde et sur les autres (forcément) jusqu'à 36 ans... J'ai commencé à me réveiller à cet âge déjà avancé. Et depuis 2 ans environ je fais ma crise de maturitescence...

16)Quel serait le prénom de votre enfant si c'était une fille ?

j’en ai une mais je vous dirai pas son prénom. Paf ! donc si j’en avais une autre, ça serait « première classe », ça m’a fait bien rikoli quand j’ai lu ça dans le dernier Brussolo que j’ai lu "le chant des sirènes par 30 mètres de fond", qu'est pourtant pas drôle du tout...

17)Quel serait le prénom de votre enfant si c'était un garçon ?

J’en ai un aussi et je vous dirai pas son prénom non plus, re paf ! Donc si j’en avais un autre, je l’appellerai « wagon non fumeur », toujours pour les mêmes raisons. Si vous voulez savoir pourquoi ya des noms pareils, z’avez qu’à lire le livre, na !

18)Avez-vous déjà pensé à vivre à l'étranger ?

Je pense qu’à ça, sauf que c’est pas l’étranger (enfin bon, si moukmouk a raison, mes projets tombent à l’eau, ce qui est le cas de le dire, piske la polynésie, ça sera sous l’eau). ou ptet si ils sont sages (fo me mériter) je pense à la Croatie…


19)Que voudriez-vous que Dieu vous dise lorsque vous franchirez les portes du paradis ?

 

«Installe toi, fais comme chez toi, ma poule »



20)Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde en dehors de la culpabilité et la politique, que changeriez-vous ?

Scuse Gaelle, je vais recopier ta phrase en la modifiant un peu : L'incapacité de l'individu moyen à se mettre dans la peau de son gosse, ne serait-ce que quelques minutes, de temps en temps.


21)Aimez-vous danser ?

J'aime beaucoup. Saloperie d’hernie ! (ça va mio... mais doucement...)


22)Georges Bush ?

(    *                                 )




23)Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ? :

 

« Les Experts, une série qui est un de mes péchés mignons : j'y ai appris, incidemment, qu'une jeune fille vierge pouvait devenir enceinte, "par frottement". Je n'ai pu m'empêcher de me demander si on avait transmis l'info au Vatican. Non parce que la théorie de la Vierge Marie en prend un sacré coup, mine de rien. » : moi je le savais-eu, j’l’avais lu dans un très bon thriller dont je me souviens plus du titre… ni de l’auteur d’ailleurs. Les experts, j'adore.

Grey's anatomy, c'était ça ma derniere série (enregistrée bien sûr).


24)Quelles sont les 4 personnes qui doivent prendre le relais sur leur blog ?

 

Pf, j’en sais rien moua, je veux forcer personne… de toute façon ya person qui vient voir mon blog alore…

Signé FreeCaliméro... Bon allez si j'ai une idée : Rome, Laandinha mais avant qu'elle passe, hem bon... AB6 si a veut, et mon captain Flam de mon coeur ! (bon, euh, promis je mets les liens vers vos blogs demain).

 

Donc je précise pour les celles qui ont rien compris : je vous passe le relais pour que vous répondiez à ce questionnaire, arfeu !

 

bisouuuuuuuus !

* : je pourrais devenir vulgaire... sisi je pourrais...

 

Posté: 06:10, 16/10/2006 dans Delires divers
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L'enfant du pervers.

 (extrait de "en finir avec les tyrans et les pervers dans la famille", d'Yvonne Poncet-Bonnissol)

 

L’enfant du pervers

 

Une famille formidable

 

Toute la difficulté pour l’enfant confronté à un parent pervers narcissique réside dans un paradoxe : sa souffrance est d’autant plus gigantesque que tous les signes extérieurs de son développement, ainsi que ceux relatifs à son milieu familial, non seulement ne laissent transparaître aucune faille, aucune souffrance, mais renverraient même l’image d’une famille quasi parfaite, dans laquelle l’enfant se développe et grandit dans l’harmonie sans jamais poser de problème.

Par conséquent, cet enfant n’a aucun moyen direct de crier son malaise, aucune accroche possible dans cette illusion d’harmonie et cette réalité factice, aucune place pour une quelconque révolte : le piège est bien ficelé, l’image renvoyée est lisse, socialement correcte. C’est un peu comme avoir un revolver braqué dans le dos et être obligé de faire bonne figure pour ne pas que celui qui le pointe tire. Ne surtout pas attirer l’attention sur la face cachée de la réalité.

 

Seul au monde

 

« le sentiment dominant, de loin, chez cet enfant, est celui d’un isolement profond et d’une immense solitude », précise Catherine Salobir, psychologue clinicienne. D’abord parce qu’il n’existe entre son parent pervers narcissique et lui aucune transmission, quelle qu’elle soit. Rien ne lui est dit, rien ne lui est jamais raconté, ou alors, bien « enrobé » et « lissé ». Il prendra conscience, au fil des années, qu’il y a des trous dans son histoire, parce qu’il n’y a jamais eu de véritable récit à ce sujet. Les bribes d’information que l’enfant finira par obtenir ne seront que celles qu’il aura pu glaner de ci de là, au fil des conversations dont il aura été le témoin avec certains proches de la famille, ou de recoupements que lui seul sera parvenu à établir. Le pervers narcissique ne se dévoile pas, il ne livre rien. Ainsi, tant sur le plan de son histoire personnelle que sur celui des connaissances générales, l’enfant comprend très tôt qu’il doit tout découvrir et apprendre par lui-même. Il sait qu’il devra grandir seul, ce qu’il aura beaucoup de mal à pardonner.

L’enfant a par conséquent du mal à se situer dans son histoire, à trouver sa place, comme si le lien de la filiation n’existait finalement que sur les registres d’état civil. Il éprouve même beaucoup de difficultés parfois à prononcer le mot « papa » ou « maman » ; il se fait alors expert dans le maniement de la périphrase afin d’éviter un mot qui fait si mal, qui représente tout ce qu’il n’a pas et qu’il n’aura probablement jamais. C’est là encore un paradoxe : son parent est bien vivant, mais en réalité, l’enfant se sent orphelin, à ceci près qu’il n’a aucune chance d’être adopté, ce à quoi il pense d’ailleurs parfois car cela signifierait enfin avoir un parent, c'est-à-dire quelqu’un qui sait que l’essentiel est dans le don et l’échange, quelqu’un qui « sait vivre ».

Le pervers narcissique vit avec son enfant, mais séparément ; ils ne partagent rien. Sécheresse absolue. Un gouffre infini les sépare. Vivant mais mort (peut-être de n’être jamais né), le parent ne sait pas ouvrir les portes de son cœur, symboliquement tenir chaud et envelopper.  C’est un langage qu’il ignore complètement et dont il ne veut rien entendre, préférant se réfugier dans une intellectualisation quasi systématique des évènements de la vie, qui lui permet habilement, car il s’agit en général d’un être brillant, de ne pas aborder les sujets sensibles tout en jouissant d’un pouvoir de fascination sur son entourage, qui se laisse, hélas, berner.

De cette mascarade, l’enfant est témoin, mais il a appris à dissimuler sa nausée et son chagrin. Sa plaie est à l’intérieur, comme sa solitude. Que son parent soit donc rassuré, pour l’heure tout semble – désespérément – normal.

 

L’enfant a le sentiment parfois d’être davantage un objet de décor posé là, au milieu de ce terrible théâtre, sans que l’on veuille voir qu’à l’intérieur de lui vibre une grande sensibilité et bouillonnent des émotions. A la célèbre question « objets inanimés, avez-vous donc une âme ? », cet enfant là s’empresserait de répondre « oui ! »

Le pervers narcissique ne présente son enfant aux autres qu’à travers son propre narcissisme, ce qui le valorise aussi. De fait, l’extérieur ne perçoit cet enfant qu’à travers la description qu’il lui en fait, et le méconnaît. Une fois encore, nous sommes dans le domaine de l’image, de l’apparence. L’enfant expérimente la solitude qu’il y a à ne pas être reconnu et compris, à peaufiner l’image du foyer parfait, comme un accessoire dernier cri qu’il est de bon ton d’afficher.

Il arrive néanmoins que certaines personnes proches de l’entourage familial parviennent à saisir quelque chose de cet enfant : capables d’une réelle écoute et de se faire leur propre idée sur lui, sans être influencés par le discours ambiant des parents, ils établissent avec lui une relation sincère et vraie, simplement parce qu’ils le regardent, lui.

Cette situation nouvelle procure à l’enfant un profond bien-être, même si, dans le même temps, cela ne fait qu’intensifier sa souffrance de réaliser que ses proches sont incapables de saisir au quotidien ce que d’autres, plus éloignés et plus anonymes, ont su percevoir.

Un dernier aspect du sentiment d’isolement est directement lié à l’autre parent, le conjoint sur lequel le pervers narcissique exerce une emprise considérable, pris dans une relation de soumission, avalé par celui qui organise et centre chaque instant de la vie autour de lui, devant abandonner presque totalement son rôle de parent pour se dévouer exclusivement à celui d’époux ou d’épouse. L’enfant est doublement orphelin de ses parents : il réalise l’impensable, il lui faut faire son deuil et surmonter l’anachronisme qu’il y a à vivre avec ceux qui sont déjà morts, qu’il doit déjà « enterrer ».

 

-         Qui suis-je ?

 

L’affirmation de soi est également très délicate pour l’enfant : n’ayant pas de place réelle, il a beaucoup de mal à se manifester autrement qu’à travers ce qu’il a compris de ce qu’il devait être. Il ne réclame jamais grand-chose, n’est quasiment jamais demandeur. Il sait qu’il doit se glisser dans le costume tristement étroit qu’on a confectionné pour lui, sinon il deviendra un étranger. Il n’y a pas d’espace pour la contestation, qui serait immédiatement étouffée et violemment réprimée. L’enfant perçoit très tôt, dans ce simulacre d’équilibre, l’intolérance de son parent à toute forme de différence, à tout ce qui ne lui ressemble pas. La singularité est taboue.

La discrète mais réelle dictature ambiante ne laisse évidemment pas de place à la discussion, à l’échange de points de vue différents, puisque rien ne doit risquer de menacer l’ordre établi et le sentiment de toute puissance que le pervers narcissique défend envers et contre tout. L’enfant sait que c’est ailleurs qu’il pourra vivre libre, qu’il doit pour l’instant se taire s’il ne veut pas être rejeté ou risquer de confronter son parent à son propre néant. Il ne s’oppose pas de front au pervers narcissique, il se réfugie souvent dans le silence, ce qui lui vaut alors d’être défini comme un enfant sage et bien élevé, un enfant modèle qui vient redorer bien malgré lui le blason du narcissisme du parent, qui, incapable de la moindre empathie, à aucun moment ne réalise l’artificiel de cette attitude.

Ce silence imposé verrouille chez l’enfant toute verbalisation des sentiments et des affects. La parole avec le pervers narcissique ne s’articule qu’autour de discussions où les émotions ne transparaissent jamais parce qu’elles sont dangereuses pour lui, risqueraient de l’affaiblir, de le rendre vulnérable et de lui faire perdre son pouvoir. Son discours, souvent empreint d’une culture à vertu protectrice, est toujours sérieux ». Sa parole, sa pensée, doit occuper tout l’espace, tant celui des autres que celui de leurs émotions. Ici, on ne s’épanche pas, on raisonne. Ici, on ne vit pas, on est mort.

 

Une île au milieu des gens

 

Le fardeau que supporte l’enfant du pervers narcissique a un impact sur ses relations avec le monde extérieur. Durant sa scolarité notamment, c’est un enfant qui saisit vite que l’échec serait très malvenu. Ceci n’est évidemment pas verbalisé clairement, mais véhiculé en filigranes, dans les pseudo-communications qui s’établissent occasionnellement avec le parent. Il se présente donc comme un enfant studieux, attentif, qui rapporte le plus souvent les bons résultats tellement attendus. Une faible note ou un comportement dissipé sont des luxes qu’il n’a pas les moyens de s’offrir. Toutefois, contre toute attente, ce carcan d’exigences permettra peut-être à l’enfant de tirer, pour lui-même cette fois, une grande satisfaction : la reconnaissance de certains de ses professeurs, reconnaissance qui prend toute sa valeur et tout son sens parce qu’elle est authentique – ce n’est pas pour sa propre image qu’un professeur est satisfait, mais pour son élève.

C’est pourquoi les années d’étude sont quelquefois particulièrement investies : il y fait l’expérience d’une singularité qui peut être valorisée et d’une identité qui peut être reconnue. Un véritable lien d’attachement peut même se créer avec un professeur, et jalonner ces années : cet échange dépassera même parfois le cadre des études.

Sur le plan relationnel, l’enfant dans sa famille témoigne d’une raideur forte vis-à-vis du contact physique. Les rares étreintes avec le parent ne sont pas chaleureuses, comme si l’enfant se préservait de manière inconsciente, d’une dangereuse contamination. Au quotidien, ce contact physique se réduit au strict minimum, comme s’il fallait mettre le plus de distance entre la vie et la mort. Il faut dire que le parent narcissique n’est pas lui non plus enclin au contact physique.

Sur le plan social, il ne sera pas facile à l’enfant de nouer des contacts avec les autres. D’avoir vécu auprès d’un parent intolérant à toute différence, systématiquement dans le jugement et préoccupé par l’apparence lui aura rendu difficile toute spontanéité et toute intégration dans un groupe : du temps lui sera nécessaire.

 

L’enfant du pervers narcissique, qui a appris à survivre à la tragédie des faux-semblants, a toujours eu en lui la connaissance intuitive et très précoce qu’il échapperait au piège de son parent et qu’il trouverait, dehors, la terre qu’il devait conquérir pour vivre libre (sauf si les manipulations font apparaître le monde extérieur comme dangereux, auquel cas il sera pris dans un filet de contradictions inconscientes plutôt paralysant).

Plus âgé, il « sait » qu’il est un rescapé, qu’il est passé à côté de ce qui aurait pu l’enterrer vivant, le rendre taciturne ou pire. C’est pourquoi il a parfois la rage de vivre chevillée à l’âme, la rage d’exister, de dire, de se dire, et surtout de partager, de transmettre. Dans ce duel ultra sophistiqué, le pervers narcissique n’est pas parvenu à mettre la voix de son enfant en échec, ni sa richesse, ni sa chaleur. L’immense solitude dans laquelle il l’aura fait vivre pendant des années aura fait naître un sentiment de force et d’indépendance, même s’il met du temps à se révéler. Il a grandi seul, est devenu fort et avide de liberté, lui qui a connu la prison. Il saura jouir de la vie d’une manière qui déplaira certainement à son parent, confronté à son propre vide et à son affligeante inconsistance. Tel est le destin d’un enfant parvenu à faire de sa souffrance l’œuvre d’art de sa vie.

Cependant, les enfants n’ont pas tous, face au drame d’avoir un parent pervers narcissique, ce potentiel de lutte et de survie. Pour la majorité d’entre eux, certains symptomes empreints de souffrance s’expriment très tôt : agressivité, terreurs nocturnes, troubles alimentaires, psychosomatisations, allergies… Toutes ces manifestations expriment une soif d’être aimé, regardé et entendu. Tyrannique, coléreux, agressif… Non, il n’est pas caractériel. Mais en révolte. Dans la constellation familiale du pervers narcissique, on constate que l’enfant est très tôt désigné comme l’héritier du parent pervers. C’est celui qui, généralement, est le préféré de ce dernier, comme s’il avait reconnu d’emblée celui qui serait digne de lui « succéder ». Alors peu à peu, une toile d’araignée perverse se tisse.

Que peut faire le parent « victime » face à cette situation ?

Souvent impuissant dans un premier temps, il lui faut, pour aider l’enfant, quitter son statut de victime en s’affirmant, car cette position est vécue par l’enfant comme une preuve de faiblesse qui soit l’obligerait à devenir protecteur hyper mature, soit venir comme son parent pervers.

Tant que le parent victime ne jette pas aux oubliettes son costume de Cosette, l’enfant peut s’identifier à celui qui semble être le plus fort, c'est-à-dire le parent pervers. Au fil des années, il apprend à verrouiller ses affects, à se créer une carapace et à vivre de temps en temps comme un héros ou un prince dans un monde de rêves et d’illusions.

 

Pervers ou perverses, apprenez à les reconnaître.

 

La peur rentrée de n’être personne.

 

Cet opportuniste n’est qu’un fantôme sans affect, un contenant à la recherche désespérée de son contenu, qui n’a pour énergie que la peur refoulée de n’être rien ni personne. Cet effroi intériorisé et refoulé de ne pouvoir compter que sur lui-même, est à la source de ses agissements. Cette terreur est à l’origine de ses abus, de ses actes tendant à instaurer dans une relation une logique de domination. Elle explique le trop grand intérêt que ce personnage réduit à une apparence trompeuse porte à lui-même : tel Narcisse, il cherche dans mille et un miroirs pathétiques ce qu’il est vraiment. Séduire, pour capter dans le regard du partenaire possible, les contours de cette âme et de cette profondeur affective qui n’ont pas pu se développer en lui. Victime d’un narcissisme négatif, le « bourreau » qui met le feu aux fondations de la relation, cherche en permanence à se rassurer sur ce qu’il est au quotidien, même si ses agissements de tortionnaire semblent énoncer le contraire.

Plus Narcisse voit son image se déliter dans le miroir de ses inquiétudes, plus il resserre l’étau, plus ses mots se font cassants, dévalorisants, plus il humilie, rabaisse, insinue le doute chez son partenaire, tant il fonctionne dans la dénégation. Plutôt projeter ses difficultés d’être sur l’autre, que d’affronter la question de la mésestime de soi et du « qui suis-je ? » ou du « connais toi toi-même ». Le comportement du tyran dans l’intimité décline l’énoncé : « ce n’est pas moi qui ne suis rien, c’est l’autre. » Ce qu’il faut décoder par : « Je doute, je n’existe pas, je fais donc douter l’autre de ce qu’il est pour me rassurer et me sécuriser. »

L’amoureux à tendance perverse narcissique passe sa vie à colmater  les brèches, à courir après lui-même sans jamais se rattraper. Il court, il court, à la recherche de celui ou celle qui apaisera ce doute d’autant plus fondamental qu’il est inconscient. Le partenaire, si sa problématique l’y condamne, subira le sort des victimes de Frankenstein, celui qui découvre avec horreur sa laideur, sa différence que la société condamne. Le pervers narcissique a connu dès l’enfance ses propres bourreaux, comme nous le verrons.

 

« miroir, mon beau miroir… »

 

L’interrogation anxieuse de l’être qui abîme l’autre et est incapable de vivre le lien amoureux ou intime se répète à l’infini. Dans les miroirs fantasmatiques où les clones de la belle-mère de Blanche-Neige et les copies de Don Juan sont en quête de restauration, ne défilent que des images pâles, sans consistance, sans état d’âme, sans autre sentiment qu’un amour inconsidéré de l’ego. Accrochées au fantasme de la toute puissance à laquelle une surprotection affective les aura empêché de renoncer, ces « figures de désastre » qui assassinent les sentiments d’autrui n’ont qu’un but : se plaire malgré, envers et contre tout, s’aimer à outrance, jusqu’au vertige, pour oublier la profonde détestation qu’elles ont d’elles-mêmes.

Dans les miroirs qui jalonnent l’existence de ces êtres condamnés à la solitude intérieure, se reflètent les visages de ceux qui sont coupés de leur vie affective, anesthésiés dans leurs sensations. Les handicapés de la vie, trop pleins d’eux-mêmes, s’y mirent, les yeux vides, le cœur empêché. Il n’y a de place pour personne dans la glace, sinon pour ce reflet rafistolé au jour le jour et qui les renvoie à leur vacuité.

Un Narcisse est quelqu’un qui croit  se trouver en se regardant dans le miroir. Toute sa vie est consacrée à chercher le reflet de ce qu’il croit être dans le regard de l’autre, qui n’existe pas en tant qu’individu, mais en tant que miroir.

Il fait toujours illusion pour fuir son vide. C’est pourquoi il envie ceux qui semblent posséder les choses qu’il n’a pas et désirerait. Il agit en propriétaire de ce qui ne lui appartient pas. Attention, ne vous méprenez pas, il manque de profondeur affective et n’arrive pas à comprendre les autres. Incapable d’aimer, il agresse même leurs sentiments de tristesse et de deuil. Ne pas parvenir à éprouver un sentiment dépressif est un trait fondamental de leur personnalité.

La question qui le mine et le pousse à abuser de l’autre, à l’envelopper dans la toile d’araignée qu’il tisse, jour après jour, pour le posséder, le soumettre, le vampiriser, est celle de la « vie, mode d’emploi » : comment faire pour s’éprouver vivant, pour s’en sortir avec son image ?

Le miroir demeure silencieux, face à ces embryons d’êtres dont le développement s’est arrêté dès l’enfance : comment répondre à une image qui s’accroche aux apparences, n’a pas les moyens d’aller au-delà du reflet, de la surface lisse ? Comment répondre au « tyran de l’affectif » que ses valeurs sont fausses, qu’il souffre d’un déficit d’être, qu’il confond les apparences et l’être, l’opportunisme et les sentiments humains ? Comment répondre à celui qui pille le partenaire de ses richesses morales ou matérielles tous azimuts, comme un voleur de grand chemin s’empare d’un butin, que les seules vraies jouissances sont celles de l’être et de l’échange, du partage, et du don de soi ? Narcisse n’a pas les moyens de la rencontre humaine : fixé au miroir, il redoute de voir disparaître les contours de son image, comme le narrateur du « Horla », de Maupassant, qui découvre avec horreur durant quelques secondes qu’il n’y a plus personne dans la glace…

 

Ecraser l’autre, cet « objet », cet étranger à soi, qui attire aussi bien qu’il effraie, est la tactique de cet apeuré de la vie qui doute tellement d’exister, qui a si peu d’autonomie psychique qu’il est prêt à tout. La peur est le ciment qui consolide les murs défensifs érigés dans l’intimité, cette intimité qu’il redoute inconsciemment et par-dessus tout, puisqu’il a peur de n’être personne, donc d’être dévoré. La relation amoureuse ne peut dès lors exister, quand la terreur de n’être rien en est le moteur. Tel un tigre, le partenaire handicapé se repaît de l’identité de l’autre qu’il traque et attaque pour se nourrir, sur le territoire des sentiments, non de sa chair, mais de ses qualités de cœur et d’âme. Il flaire les compétences, l’énergie de la vie, la générosité, les talents dont il s’empare d’un coup de patte plein de mépris : il pose sans le savoir un regard tellement négatif sur sa personne à l’identité fissurée, se déconsidère de telle manière qu’il ne peut ni estimer, ni respecter son partenaire. Aussi, bafouer l’amour revient-il à bricoler une meilleure image de soi, à greffer sur les ruines de l’autre. Cette méfiance vis-à-vis de lui-même et ce manque de confiance intérieure le poussent à toutes les transgressions, sur les routes de l’imposture, là où il s’efforce de restaurer l’image dévalorisée qu’il a de lui-même en épuisant au quotidien la proie qu’il n’a pas choisie par amour, mais dont il habite l’identité.

 

-Oui tu es la plus belle, mais…

 

Pourtant le conjoint tyrannique est le meilleur partout, il réussit tout ce qu’il entreprend, de son seul point de vue, bien sûr. L’autre en revanche a tout faux : mauvaise mère (mauvais père), mauvais(e) amant(e), issu(e) d’une famille qui le déclasse. Bref, le pervers attribue à son partenaire ses propres défauts. Mais il ne se remet jamais en cause. Cet agresseur retourne la situation, endosse le rôle de la victime et fait porter à l’autre la responsabilité de ce qui ne va pas. Il lui faut rabaisser l’autre pour acquérir l’estime de soi. Ce handicapé des sentiments multiplie les agressions et les pressions de toutes natures : le dénigrement (tu est vraiment nul(le), l’humiliation, la dictature de la pensée, la surveillance et le chantage à l’argent qui permet de faire la loi sur un conjoint dépendant.

Quand cet immature irresponsable se trouve placé devant un engagement, là il ne peut plus assurer. La relation de couple, le projet d’avoir un enfant ou encore l’achat d’une maison le pétrifient. Alors il commence à se démasquer et à devenir machiavélique. Dès lors qu’il sent sa proie lui échapper, il sort toute la batterie de sa violence rentrée.

 

Cette analyse surprendra les victimes sous l’emprise de ces êtres qui, faute d’être vivants, ne font que réagir, se défendre de tout ce qui est perçu comme différent, donc ressenti comme dangereux. Pour construire une relation amoureuse, encore faut-il être construit soi-même, et que les fondations existent. La confiance en ce visage de l’amour qui, soudain, surgit dans la vie, est alors possible, puisqu’elle s’assoit sur le terreau d’une estime et d’une confiance en soi.

Pour le tyran des alcôves domestiques, le visage de l’autre ne l’engage aucunement. Piégé par son narcissisme négatif, fixé au stade du miroir lacanien, il ne peut devenir responsable, comme le dit le philosophe Lévinas, de ce visage qui signe la différence. Quand l’autre paraît, il est seulement question de le tenir à distance, de l’utiliser pour rehausser l’image de soi, de tordre le cou à une peur viscérale, consubstantielle : être annulé de la scène. C’est ce à quoi les personnes subissant l’ascendant des personnalités à tendance perverse narcissique doivent réfléchir : les apparences auxquelles le bourreau tient plus que tout sont infiniment trompeuses.

S’il écrase, c’est qu’il a peur d’être dominé. S’il ment, c’est qu’il se ment à lui-même pour croire en son vernis d’être. S’il attaque, c’est pour se protéger. S’il humilie, vexe, insulte, dévalorise, insinue le doute, c’est qu’il n’a aucune estime pour lui-même. Il passe sa vie à se maintenir la tête hors de l’eau en y noyant les autres. Il place son identité fracturée sous cloche, se déshumanise par peur d’être dévoré par autrui. Derrière la façade lisse qu’il offre, les coulisses sont autres. Le tortionnaire s’épuise à donner le change, il est également son propre bourreau.

 

Posté: 11:08, 11/09/2006 dans Autres extraits
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Quand le brouillard se dissipe 1

11 - QUAND LE BROUILLARD SE DISSIPE

 

Si vous avez commencé à employer les outils présentés au chapitre précédent, c’est que vous êtes déjà en voie d’acquérir de nouveaux modes de communication et de comportements. Le moment est donc venu de découvrir le moyen de « désensibiliser » vos points sensibles.

Peut-être avez-vous déjà enregistré quelques succès dans votre résistance aux pressions de l’autre et vous apercevez-vous des changements, autant chez vous que dans la relation. Vous savourez, avec une sensation de puissance retrouvée, cette réaffirmation de votre intégrité. Et pourtant, vous remarquez dans le même temps que certains des sentiments de peur, d’obligation ou de culpabilité qui vous ont tant gâché la vie n’ont pas disparu, loin de là. Tout se passe comme si un bel immeuble neuf se construisait à la place d’un vieux taudis mais que les insupportables locataires de la cave refusaient de partir.

 

Or, il ne faut pas vous en inquiéter. Les dispositions psychologiques ne se transforment pas du jour au lendemain. Tapis au fond de vous depuis très longtemps, les sentiments en question ont mis des années pour cristalliser sous la forme de points sensibles, et ils ne se laisseront pas expulser sans livrer combat. Mais c’est une lutte que vous allez remporter, car je vous montrerai des moyens directs et pratiques de refermer les plaies qui vous ont rendu si sujet au chantage affectif.

Je vous rappelle que, en dépit de mon recours à l’expérience de mes patients pour illustrer mes propos, rien ne vous empêche de faire tout seul les exercices et les techniques exposées.

 

Vieux sentiments, nouvelles réactions

 

Ceux qui ont lu mes ouvrages précédents, surtout « parents toxiques », seront peut-être étonnés de découvrir que le travail proposé dans ce chapitre ne suppose pas nécessairement un retour aux expériences lointaines qui sont à la racine des fragilités actuelles. Chacun porte, certes, les cicatrices de son passé, et on a généralement une idée, si vague soit-elle, de leurs auteurs, et des circonstances dans lesquelles elles se sont produites. Si, en outre, on s’est livré à une thérapie ou à un effort d’introspection, on a probablement su identifier les liens entre les blessures d’hier et les comportements d’aujourd’hui.

Mais comment se fait-il alors que, malgré cette lucidité, on se trouve toujours à la merci des maîtres chanteurs ? L’explication est que l’ont réserve, en quelque sorte, un traitement de faveur à ses blessures. On sabote son bien-être en cédant au chantage afin de fuir des sentiments génants plutôt que d’apprendre à les dépasser. Ce comportement rappelle celui de la personne qui, s’étant foulé la cheville, continue de boiter longtemps après l’accident, de peur de la douleur qu’elle pourrait éprouver en reprenant une démarche normale. Dans les passages qui suivent, j’évoquerai, comme auparavant certaines expériences de l’enfance. Mais l’essentiel à ce stade, c’est d’acquérir de nouvelles réactions à de vieux sentiments, de rester dans le présent en se concentrant sur les individus qui les ravivent aujourd’hui.

 

Avant d’aller plus loin cependant, je voudrais insister sur un point en particulier. Il est des situations qui réclament l’intervention de professionnels. Si vous souffrez de dépressions répétées, d’angoisses paralysantes, d’alcoolisme ou de toxicomanie ou encore de séquelles d’une enfance jalonnée de mauvais traitements, vous seriez bien inspiré de faire appel à l’une ou l’autre des nombreuses possibilités d’aide médicale ou psychothérapeutiques à votre disposition. Des thérapies de courte durée, de nouveaux antidépresseurs et des séminaires de développement personnel, pour ne citer que 3 exemples, ont bouleversé ce domaine au cours des 10 dernières années, si bien que, désormais, ceux qui cherchent de l’aide en trouvent.

 

Retour aux sentiments

 

Il y a de fortes chances pour que vous connaissiez déjà vos réactions lorsqu’un de vos points sensibles est touché. Peut-être faites-vous preuve d’un empressement maladif à l’égard des autres, ou vous êtes vous de suite reconnu dans le passage de ce livre sur le syndrome d’Atlas. Peut-être craignez vous la colère comme la peste. Mais quel que soit votre penchant, je vous demande de profiter du travail présenté dans ces pages pour essayer d’identifier les aspects du brouillard auxquels vous êtes le plus sensible. Il suffit pour cela de faire un inventaire rapide en cochant les éléments de la liste suivante qui s’appliquent dans votre cas.

Quand je cède à quelqu’un qui fait pression sur moi, c’est parce que :

 

            Je crains de le mécontenter

            Je redoute sa colère

            J’ai peur de perdre son amitié, son amour, ou même d’être abandonné

            Je le lui dois

            Je ne peux pas refuser compte tenu de tout ce qu’il m’a donné

            C’est de mon devoir

            Je me sentirais coupable si je ne cédais pas

            J’aurais l’impression d’être égoïste (froid, mesquin)

            Je me sentirais mauvais si je ne cédais pas.

 

Vous aurez remarqué que les 3 premières phrases concernent la peur, les 3 suivantes le sentiment d’obligation, et les 3 dernières la culpabilité.

Il se peut que la plupart d’entre elles, voire toutes, valent pour vous. C’était le cas d’Eve : elle craignait d’être mal vue des autres si elle cherchait à se dégager de l’étreinte étouffante d’Elliot, s’estimait redevable envers lui du fait qu’il subvenait à ses besoins économiques, et se sentait pétrie de culpabilité à la simple idée de le quitter.

Chez d’autres personnes, les points sensibles se résument plutôt à un seul sentiment dominant, même s’il faut reconnaître que, dans les faits, les trois états se chevauchent en partie. Ainsi, Elisabeth ne se sentait ni redevable ni coupable, mais elle avait peur des éclats dont Marc s’était montré capable. La liste que nous venons de voir devrait vous aider à déterminer lequel de vos points névralgiques est le plus à vif et les éléments du brouillard qui exigeront le plus d’efforts de votre part.

 

Désensibilisation, premier acte : la peur

 

La peur est le mécanisme primordial de survie qui a pour finalité de vous éloigner du danger. Elle relève à la fois de l’inné et de l’acquis, de l’instinct et de la raison. Face à deux hommes armés et encapuchonnés qui exigent votre argent, vous avez peur, de même que lorsque votre conjoint menace de vous quitter en embarquant les enfants.

Cela dit, nombre des craintes qu’on éprouve dans des situations de chantage affectif surgissent en prévision de périls qui n’existent pas forcément. Le maître chanteur tire intuitivement parti de ces peurs et les amplifie, même ! Des images de désastre se bousculent dans l’esprit de sa victime, acquérant une telle intensité qu’elles finissent par paraître réelles. On modifie donc son comportement afin de se protéger des coups que l’on attend d’un moment à l’autre. Voilà pourquoi il faut tout d’abord apprendre à se détourner de ces scénarii catastrophes que l’on a coutume d’échafauder et de mettre à leur place des options positives. Vous avez laissé votre imagination se déchaîner à votre détriment : l’heure est venue de la faire travailler en votre faveur.

 

La peur d’être mal vu

 

Cette crainte a beau sembler sans grande importance, elle est parfois source de souffrances affreuses. Dépassant de loin la simple envie de rentrer sous terre au moindre froncement de sourcils, la peur d’être mal vu fait partie du tissu même de l’image que l’on a de sa dignité personnelle. A partir du moment où l’on laisse définir son être par l’approbation et la désapprobation d’autrui, on ne peut que s’attribuer de graves défauts dès le premier signe de mécontentement.

Tout le monde aime à recevoir des éloges, au point même qu’ils peuvent sembler indispensables. Il y a longtemps, avant d’avoir fait mes études de psychothérapeute, j’étais comédienne professionnelle. Je me délectais des louanges et applaudissements que me valait parfois mon interprétation… et me précipitais dans l’abîme du désespoir quand elle ne les suscitait pas. J’évaluais la qualité de mon travail exclusivement en fonction du jugement d’autrui. Avec l’âge, cependant, j’ai fait une découverte merveilleuse. Ayant pris de nombreux risques au cours de ma vie, j’ai constaté que je peux supporter la désapprobation muette, dite, ou même la critique impitoyable à condition de garder le contact avec MON intégrité.

Je ne sous estime pas la difficulté de l’entreprise, surtout lorsqu’on se heurte à une opposition acharnée, mais je prétends néanmoins qu’elle n’a rien d’impossible.

 

Sarah notait une amélioration constante dans sa relation avec Franck depuis qu’elle avait attiré son attention sur les innombrables épreuves qu’il lui faisait subir.

 

            *Nos discussions ont beaucoup aidé, mais je n’arrive toujours pas à me libérer de l’idée que, sans son approbation, je ne serai jamais à l’aise avec mes décisions et avec moi-même. J’ai beau me répéter qu’il est temps de devenir adulte et de tourner la page, cela ne marche pas, j’ai surtout peur de finir comme ma mère, qui n’osait pas traverser la rue si elle n’avait pas l’autorisation préalable de mon père.

 

Posté: 04:52, 30/08/2006 dans 11 Quand le brouillard se dissipe
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Quand le brouillard se dissipe 2

Un courage d’un type particulier

 

Pour s’affranchir de la peur d’être mal vu, il faut d’abord parvenir à distinguer entre les opinions et les valeurs auxquelles on adhère véritablement et celles qui ont été imposées de l’extérieur, et ensuite savoir défendre ses idées et ses désirs, au besoin en bravant la désapprobation d’autrui.

C’est sur un ton très animé que Sarah me racontait qu’elle y avait justement réussi :

 

            *Vous m’avez demandé de penser aux meilleurs côtés de moi-même. Eh bien, en haut de la liste, j’ai placé ma vivacité et ma volonté de relever les défis. Or, comme c’est à travers mon travail que je donne libre cours à ces deux traits, il ne m’a pas fallu longtemps pour conclure que je devais développer encore mon activité professionnelle. Je tiens beaucoup à Franck, mais ma vie ne se résume pas à ma relation avec lui. Je lui ai dit que quelques minutes de réflexion lui montreraient à coup sûr qu’il aurait infiniment plus  de plaisir à vivre avec une femme qui se passionne pour son travail. Il a ronchonné un peu, mais j’ai néanmoins continué à lui répondre par des phrases non défensives, et il a compris que je n’entendais pas lâcher prise. Résultat : il l’a très bien intégré. J’ai l’impression d’être en vacances !

 

Eve vivait quant à elle, une situation assez différente. Contrairement à Sarah, qui avait à son actif une vie professionnelle en pleine expansion et une relation potentiellement solide, elle devait affronter bon nombre d’inconnues, sans compter la tâche de trouver un nouvel équilibre. Et pourtant, elle commençait elle aussi à maîtriser sa peur d’être mal vue.

 

            *Cela fait tellement longtemps que j’entends des voix qui me traitent d’imbécile ou de monstre froid et insensible. Mais j’ai décidé de ne plus me soucier autant de ce que pensent les autres, surtout parce qu’il leur arrive quelques fois de vous sortir des idées assez bizarres ! Il y en a même qui se demandent si l’holocauste a bien eu lieu…

 

Aux antipodes de la peur d’être mal vu se trouve la liberté de rêver et de mettre sur pied une vie qui vous appartient réellement. Sans minimiser les difficultés de cette voie, j’affirme néanmoins que chaque fois que vous prenez la résolution d’être seul maître à bord, à la manière de Sarah et d’Eve, vous faites un pas de géant vers une existence  fondée sur votre conception des choses, pas sur celle des autres. A partir de là, vous serez en mesure de « décrocher » de votre besoin excessif d’approbation.

 

La peur de la colère

 

Marc avait bien tenu sa promesse de faire un travail sur sa colère, mais Elisabeth ne tarda pas à comprendre qu’il n’était pas le seul à avoir des difficultés face à cette émotion.

 

            *L’autre soir, dit-elle, il a trébuché sur un jouet que les enfants n’avaient pas rangé, et il a commencé à jurer et à crier. J’étais dans une autre pièce et je savais que ses cris ne me visaient pas, mais rien que le son de sa voix a accéléré le battement de mon cœur. Il s’efforce vraiment de changer, et je pensais que tout s’arrangerait dès qu’il aurait appris à mieux maîtriser sa colère, mais je constate que je reste trop sensible. Je ne veux pas continuer jusqu’à la fin de mes jours à paniquer chaque fois que quelqu’un élève la voix.

 

Elisabeth ne redoutait pas de violences physiques. Elle avait certes entendu des invectives par le passé, mais elle n’avait jamais douté que les choses en resteraient là. Comment alors expliquer sa réaction viscérale à la moindre expression de contrariété ?

Pour mieux comprendre, je lui posai 3 questions :

 

            De quoi avez-vous peur ?

            Que peut-il vous arriver de pire ?

            Quel est votre fantasme de cette situation redoutée ?

 

 

            *Je crois qu’au fond j’ai peur qu’il me passe dessus comme un rouleau compresseur. C’est difficile à expliquer. J’ai un peu la sensation d’être aussi désarmée qu’une gamine de deux ans. Quand il se met en colère, je sens comme une vague de chaleur qui m’engloutit…

 

Le son des cris de Marc transportait Elisabeth loin en arrière. Cessant brusquement d’être une femme de 35 ans, elle redevenait une petite fille pour qui les cris signifient le danger. Il ne faut d’ailleurs pas s’en étonner, puisqu’elle avait grandi dans une famille où les hurlements annonçaient la nécessité de se mettre à l’abri.

Mais, à l’instar de tant d’autres victimes du chantage affectif qui se mettent en quatre afin d’apaiser ou d’éviter la colère, Elisabeth confondait constamment passé et présent. C’est ainsi que, tout en lui demandant de centrer son attention sur les « rechutes » de Marc, je lui conseiller de parler un jour ou l’autre à son père et à son frère de la terreur qui l’envahissait si souvent pendant son enfance.

Personne ne vous apprend la manière de réagir à la colère d’autrui, et la plupart des individus ont, dans ce domaine, un répertoire assez limité. Face à un spécialiste de la vocifération, il convient d’attendre un moment de calme pour le prévenir en ces termes : « je n’admets pas que l’on me crie dessus. La prochaine fois que tu le feras, je quitterai aussitôt la pièce. »

De cette façon, vous vous placez d’emblée en position de force tout simplement en prenant une initiative dans votre intérêt. Mais attention : dès que l’incident se reproduit, il faut mettre à exécution votre menace pour montrer que ce n’était pas des paroles en l’air.

Au moment de vous retirer du champ de bataille, dites, sur un ton vigoureux, une phrase du genre « ça suffit ! » ou « arrête ton char ! ». Quand j’indiquais cette possibilité à Elisabeth elle me regarda, les yeux grands ouverts, et demanda : « Est-ce que je peux vraiment faire ça ?

-Pourquoi pas ? Répondis-je, vous avez mon autorisation.

On imagine souvent que la colère de l’autre s’emballera à tel point qu’il ne sera plus maître de lui et se livrera à des violences. (Notons quand même au passage que si vous redoutez réellement de recevoir des coups, vous n’avez plus rien à faire dans une relation avec cette personne.). Mais on pose rarement la question de ce qui se passerait si l’on réagissait avec une force, un aplomb et une détermination auxquels on n’a pas habitué l’autre. Dès lors, en effet, que vous quittez le rôle de l’enfant effrayé et que vous assumez pleinement celui de l’adulte que vous êtes, vous avez déjà commencé à vaincre votre peur de la colère.

 

Réécrivez l’histoire

Un exercice qui, d’après mon expérience, aide grandement les victimes du chantage affectif à affronter avec assurance la colère consiste à reconstituer un incident récent pendant lequel vous avez cédé par peur.

Fermez les yeux. Rappelez vous les mots que l’autre a prononcés, puis les vôtres. Evoquez l’angoisse, le battement de votre cœur, les jambes flageolantes, les images apocalyptiques qui se sont bousculés dans votre esprit lorsque vous vous figuriez la rage qui allait se déchaîner contre vous.

Ensuite repassez la scène, mais en la réécrivant à partir de la montée de la colère de l’autre. Annoncez-lui fermement : « Non, je ne céderai pas ! Arrête de faire pression sur moi ! » Répétez ces phrases jusqu’à ce qu’elles vous paraissent convaincantes, étant donné que l’on commence le plus souvent sur un ton hésitant. Ecoutez en le son, et remarquez la force accrue en vous. Oui, vous pouvez dire ces mots. Oui, ils vous investissent d’une puissance nouvelle.

Réécrivez autant d’incidents de chantage que vous voulez, et aussi souvent que vous le souhaitez, afin de libérer votre imagination et de vivre cette reconquête de votre pouvoir sur votre vie. Cet exercice prendra une importance particulière si vous subissez les pressions d’un bourreau, compte tenu des méthodes employées par cette catégorie de maîtres chanteurs : la peur est le principal outil de leur métier.

 

De l’utilité de jouer le rôle du maître chanteur

« Si la colère m’effraie à ce point, expliquait Elisabeth, c’est en partie parce que j’ai l’impression que la personne qui l’exprime disparaît. Il n’y a plus de Marc, mais seulement cette bouffée de rage qui me frappe. »

Je lui demandai alors de prendre momentanément le rôle du maître chanteur en me faisant une imitation de Marc sous son jour le plus terrifiant.

« Vous plaisantez, n’est ce pas ? Je ne peux pas faire ça, répondit-elle.

-Si, si. Oubliez un instant votre gêne et essayez pour vois ce qui se passe, lui dis-je. L’expérience de se trouver à la place d’un maître chanteur, ne serait-ce que pour quelques minutes, peut-être riche d’enseignements. »

Après un démarrage assez hésitant, Elisabeth se laissa peu à peu entraîner par ce jeu et finit par donner une interprétation très vivante d’une crise typique de son mari.

 

            *Tu crois pouvoir me quitter comme ça ? Eh bien, détrompe-toi : pas question que tu détruises notre famille. Si tu essaies, je te promets que tu le regretteras ! Tu n’auras pas un centime, et je ne laisserai pas non plus les enfants ! Tu m’entends !?

 

A la fin, Elisabeth se tout pendant un bon moment. Puis elle me dit :

 

            *Quelle expérience bizarre ! En proférant ces menaces, je n’avais pas du tout une impression de pouvoir. J’ai éprouvé au contraire un sentiment de terreur et d’impuissance, comme si on allait me priver de quelque chose qui me tenait à cœur et que le seul moyen d’éviter d’éclater en sanglots était de pousser des hurlements. J’ai eu l’impression d’être un enfant en colère qui crie parce qu’il ne trouve pas les mots pour dire ce qu’il ressent.

 

Si, en revanche, le maître chanteur dans votre vie exprime sa rage par un mutisme renfrogné, adoptez à votre tour ce comportement et observez ce qui vous arrive. Efforcez vous de ressentir votre peur de la colère et votre sentiment de faiblesse.

Quelle que soit la nature de la rage que vous cherchez à interpréter, vous découvrirez que celui qui a toujours semblé détenir le pouvoir n’est en réalité qu’un lâche. L’individu sûr de lui n’a nullement besoin de tyranniser autrui pour obtenir ce qu’il veut ou démontrer sa force. Et même si vous en étiez déjà conscient sur le plan rationnel, le fait de « devenir » cette personne pendant quelques instants vous permettra d’étoffer cette conscience en lui donnant une assise émotionnelle.

Que vous décidiez en fin de compte de maintenir votre relation avec l’autre ou pas, cette expérience vous aidera  à mieux affronter la colère. Tant le bourreau enragé que le boudeur sont au fond des enfants effrayés. Si cette conviction ne rend pas pour autant plus acceptable leur comportement, elle peut bien lui ôter une bonne partie de son caractère terrifiant.

 

Posté: 10:05, 29/08/2006 dans 11 Quand le brouillard se dissipe
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Quand le brouillard se dissipe 3

La peur du changement

 

Personne n’aime accomplir de grosses transformations dans sa vie. On se sent à l’aise avec ses repères habituels, pour démoralisants qu’ils soient, car on connaît au moins les comportements que l’on doit avoir et ceux qu’on attend des autres.

Maria avait beau être décidée à quitter Paul, elle redoutait terriblement l’avenir qui se dessinait.

 

            *J’ai peur d’être une femme divorcée dans ce vaste monde. J’ai peur de la douleur et du chagrin. De l’incertitude. De devoir recommencer ma vie. De ne pas savoir donner tout seule un sentiment de sécurité à mes enfants. J’ai peur de l’opinion des autres, qui risquent de me rendre responsable de tout et de m’accuser d’avoir gâché une situation enviable. Je suis presque tentée d’arrêter la procédure de divorce et de revenir à cette tristesse si familière. Au moins je connais la partition par cœur.

 

Maria jouait avec brio son rôle d’épouse soumise et de mère dévouée et savait se retrouver dans des situations habituelles. Or c’était justement l’attachement aux habitudes qui posait problème : elle avait du mal à leur tourner le dos. Dès que l’on envisage un changement important, on est gagné par la panique, celle dont se nourrissent les maîtres chanteurs les plus destructeurs. On préfère donc s’enfermer dans un mode de comportement connu et s’accrocher à une relation néfaste pour calmer des angoisses qui menacent de prendre le dessus.

Je révélai à Maria que j’étais restée des années malheureuse en ménage parce que je souffrais à l’époque des mêmes angoisses qu’elle.

« Je suis vraiment soulagée de l’apprendre, dit-elle, de savoir que je ne suis pas bizarroïde du fait que j’éprouve ces sentiments. »

Le maître chanteur tire parti de la peur universelle du changement en sortant des phrases comme celle-ci :

 

            Tu vas te sentir très seul sans moi

            Tu regretteras ta décision mais ce sera trop tard

            La femme célibataire trouve difficilement sa place dans notre société

            Comment peux-tu faire cela à nos enfants ?

            Tes propos me semblent tellement incohérents que je me demande si tu sais toi-même ce que tu veux.

            Tu n’as qu’à regarder tous ces divorcés malheureux.

 

Il n’y a pas de mal à lui avouer vos craintes, à condition de réitérer par la même occasion votre volonté de changer la situation. Exemple : « Tu as peut-être bien raison. Je sais que ce ne sera pas facile, mais je tiens malgré tout à demander le divorce. » Ou, dans le cadre d’une relation d’un autre type, vous pourriez vous contenter d’une réponse laconique du style : « C’est gentil de t’inquiéter comme ça. » Si l’autre s’obstine à brosser un tableau sombre de l’avenir auquel vous vous seriez, selon lui, condamné, il convient de revenir à la communication non défensive en disant : « Je n’ai plus envie d’en discuter. »

N’oubliez pas : vous avez, au même titre que l’autre, le droit de parler ou de ne pas parler de tel ou tel sujet !

 

Lorsqu’on décide de s’éloigner d’une personne qui joue un rôle important dans sa vie, on entre dans une période de crise, c'est-à-dire d’incertitude et de bouleversement affectif. Mais il ne faut pas réduire la crise à sa seule dimension de grave perturbation. Car pour peu qu’on l’affronte avec courage et intelligence, elle offre une occasion en or de se développer et de se construire une meilleure vie.

 

C’est le moment idéal pour se mettre à la recherche d’un groupe de personnes vivant des situations semblables à la vôtre. Commencez par interroger des amis ou des connaissances auxquels un stage ou une thérapie a  manifestement fait du bien. Une réserve cependant : assurez-vous que les membres de la structure dans laquelle vous pensez vous intégrer ne se contentent pas de se répandre en lamentations et de se raconter à qui mieux mieux leurs expériences malheureuses, mais qu’ils oeuvrent réellement à améliorer leur sort. Un groupe d’individus soucieux de s’entraider dans les moments difficiles et de retrouver ensemble leur assurance perdue dégage souvent une étonnante énergie réparatrice qui fait d’un besoin de changement un défi à relever plutôt qu’un ennemi à redouter.

 

La peur d’être abandonné

 

On pourrait presque qualifier la peur de l’abandon de mère de toutes les angoisses. Selon certains spécialistes, elle est génétiquement encodée et constitue le point d’arriver de toute les peurs qui se rapportent aux relations avec les autres, dont la peur d’être mal vu ou celle de la colère. Que l’on y voit un phénomène inné ou acquis, ou encore un mélange des deux, le fait est que tout le monde l’éprouve. Et, si certaines personnes supportent relativement bien cette peur, elle gâche la vie de bien d’autres. Lorsque, sous son effet, on capitule de façon répétée, même au mépris de ses propres intérêts, on communique en substance ce message : « je ferai tout ce que tu veux si tu promets de ne pas me quitter. »

Elise trouve un grand réconfort dans l’engagement de Jeff de ne plus partir à la suite d’une dispute sans lui indiquer l’endroit où il allait et la durée de son absence. Mais la peur d’être abandonnée qui l’habitait depuis tant d’années ne disparut pas du jour au lendemain.

 

            *Voilà ce qui continue de me bloquer. Si quelqu’un se fâche avec moi, je pressens qu’il va finir par me quitter, et c’est pour cela que je cède à tous les coups. Je sais que c’est de la lâcheté, mais je n’y peux rien.

 

Entre le déplaisir de l’autre et son départ définitif, il y a certes un gouffre logique mais, de toute façon, les idées noires n’obéissent pas à la logique. Pis, elles s’emballent facilement, transformant un simple désaccord en saut dans l’abîme.

Si, comme Elise, vous êtes vite entraîné dans un tourbillon d’images cataclysmiques, vous feriez bien de limiter consciemment le temps et l’attention que vous leur accordez.

 

Le robinet aux idées noires

 

J’aimerais que, au cours de la semaine à venir, vous consacriez du temps à vos peurs d’abandon. Donnez libre cours au « simulateur de catastrophes » en laissant défiler à toute allure les images les plus terrifiantes qui vous hantent. Mais seulement à une condition : que vous programmiez un minuteur pour qu’il sonne au bout de 5 minutes et que vous restreigniez à cette durée vos idées noires de la journée.

Vous n’avez qu’à considérer ces cinq minutes comme votre dose quotidienne de mauvais sang. A leur expiration, priez vos pensées négatives de bien vouloir regagner la sortie, comme on le ferait avec un visiteur importun. Si elles reviennent au cours de la journée, dites-leur qu’elles ont déjà eu l’audience promise et que vous les retrouverez le lendemain. Puis, tâchez de réduire progressivement le temps que vous leur accordez, de manière qu’il retombe, le cinquième jour, à une minute. Je sais bien que cela paraît simpliste, mais n’oubliez pas que tout sentiment remonte à une pensée, si éphémère soit-elle. On maintient ses angoisses en éveil du fait qu’on leur consacre une attention constante. En fermant le robinet, comme je vous le conseille, vous coupez en amont le flux pensée-sentiment-comportement et étendez votre maîtrise de la situation.

 

Le trou noir

Cet exercice de fermeture du robinet de nos idées noires aida Elise à éviter des dérapages irrationnels, mais elle n’avait toujours pas affronté son angoisse devant ce qu’elle appelait « le trou noir », cet abîme dans lequel elle craignait de tomber – sans pouvoir en ressortir- si Jeff la quittait. Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que j’entendais cette expression dans la bouche de mes patients. Il s’agit probablement d’un avatar contemporain et universel de l’enfer.

Aussi loin que remontaient les souvenirs d’Elise, le trou noir faisait partie des images qui passaient par son esprit. Connaissant intimement la terreur qu’il suscitait, elle ne tenait pas à franchir le seuil et à y pénétrer. Et pourtant c’était, je l’en assurai, exactement ce qu’elle devait faire.

« Je ne suis pas sûre d’y parvenir, dit-elle d’une voix hésitante.

-Si ce n’est pas pour aujourd’hui, ce sera pour quand ? demandai-je. Allez, donnez moi la main. Nous allons entrer ensemble dans le trou noir. Qu’est ce que vous y voyez ?

-Un endroit sombre et glacé. Pas de contact humain, pas de communication, rien que de l’isolement. Je suis coupée de tout le monde. Sans compagnie, les jours sont si longs… Les murs se referment sur moi… Personne ne m’aime, personne ne s’intéresse à moi, on ignore même que j’existe. »

Quand le seul autre choix possible semble être de tomber dans cet état sinistre décrit par Elise, qui n’opterait pas pour la capitulation ?

Par ailleurs, on s’expose aux pires manipulations dès lors qu’on met tous ses espoirs de survie affective dans un seul individu.

« Bien, dis-je à Elise, vous m’y avez conduite. Maintenant, je vous demande de me trouver la sortie.

-Oui, c’est ça, ironisa-t-elle. Il suffit d’un coup de baguette magique pour faire disparaître mes angoisses.

-Vous y arriverez, j’en suis certaine.

-Il n’y a que Jeff qui puisse me sortir de là.

-Je ne suis pas d’accord. Ce chemin-là, vous devez le trouver toute seule ou il ne vous servira à rien. Je ne cherche pas à minimiser l’importance de votre relation avec Jeff, mais ce n’est malgré tout qu’un des multiples éléments capables d’enrichir votre vie. Commençons donc par un effort d’imagination. Pour vous, ce serait quoi, le contraire du trou noir ? »

Elise ferma les yeux avant de répondre.

« Je vois devant moi les autres personnes qui comptent dans ma vie – ma famille, mes amis, quelques collègues sympas – et des activités que j’adore…. Attendez ! Je me souviens d’une journée très spéciale. J’ai douze ans et mon père vient de m’offrir mon tout premier cheval, un magnifique alezan doré à crins blancs. Je n’en revenais pas ! Un cheval pour moi toute seule ! Je me rappelle l’odeur du foin, le soleil sur mon visage… je crois bien que c’est le plus près que j’aie été du bonheur intégral.

-Et vous pouvez y retourner chaque fois que vous commencez à paniquer, lui dis-je. Quand vous le voulez, vous retrouverez tout le plaisir et toute l’exaltation d’alors. Surtout, vous vivrez d’autres journées tout aussi fabuleuses que celle-là. Vous avez un mari et d’autres personnes qui vous aiment, une bonne carrière, et une sensibilité hors du commun. Quels atouts extraordinaires ! Vous voyez ? Vous êtes tombée sans le savoir sur la sortie du trou noir. »

 

Des exercices de ce genre sont utiles chaque fois que la peur s’empare de vous.

Asseyez vous, fermez les yeux, et inspirez profondément 3 ou 4 fois de suite. Maintenant remémorez vous l’une de ces journées exceptionnelles de votre vie. Il s’agit peut-être d’un moment de votre enfance où vous n’aviez pas le moindre souci, ou alors d’un endroit merveilleux que vous avez visité et dont la beauté féerique a touché vos sens. Laissez votre esprit et votre corps absorber les images, les odeurs et l’ambiance de ce jour, jusqu’à ce que son souvenir vous calme. Pensez que vous pouvez toujours reprendre cet exercice afin d’illuminer le trou noir.

La peur de l’abandon qui se manifeste dans les relations amoureuses est la version adulte de celle qu’on a ressenti au cours de l’enfance, lorsqu’on était incapable de survivre tout seul. Malheureusement, nombre d’adultes continuent de croire qu’ils connaîtront une espèce de mort psychique si un être proche les quitte. Or, en réalité, le trou noir n’existe que dans l’imagination. C’est un mensonge qui se fait passer pour la vérité.

Les individus et les expériences qui vous apportent joie et bien être ont tendance à s’effacer de votre esprit dès que vous prenez peur. Mais elles restent à votre disposition, tant dans la vie réelle que dans le travail de la mémoire et de l’imagination. Si la peur vous fait l’effet d’une sombre rivière qui vous parcourt, il suffit d’y placer ces pierres de gué pour pouvoir la traverser.

 

Posté: 12:01, 28/08/2006 dans 11 Quand le brouillard se dissipe
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Quand le brouillard se dissipe 4

Désensibilisation, deuxième acte : l’Obligation.

 

Comme la vie serait simple s’il existait un barème de l’obligation qui déterminerait, à la manière des tranches d’imposition, la part incombant à chacun ! Grâce à un mode de calcul objectif, on n’aurait plus besoin de se torturer l’esprit pour savoir combien on doit à autrui. Et, pendant que l’on y est, pourquoi ne pas imaginer un ensemble de règles indiquant les plafonds et les planchers à ne pas dépasser, les situations dans lesquelles l’altruisme risque de faire plus de mal que de bien ou les moyens d’équilibrer obligations vis-à-vis d’autrui et engagements envers soi-même ?

Le sens du devoir n’est pas présent dès la naissance de l’individu : on l’apprend au contact de ses parents, à l’école, et plus généralement, par le biais de la culture ambiante. Par ailleurs, le fait d’être périodiquement bombardé de nouvelles règles n’arrange rien non plus. Après une longue période pendant laquelle l’altruisme et l’esprit de sacrifice passaient pour des qualités admirables, on a eu droit à la génération du « moi d’abord », qui applaudissait tout ce qui semblait relever de l’avancement individuel. Puis, ce fut de nouveau un grand mouvement de balancier, et vive la compassion ! Faut-il s’étonner de la confusion qui règne à l’heure actuelle ?

Il est tout sauf facile de retrouver l’origine des idées que l’on a faites siennes en matière d’obligation. En fin de compte d’ailleurs, cela n’a guère d’importance. Ce qui compte, c’est que l’on y adhère et que certaines de ces idées créent un terrain favorable au chantage affectif. Si vous partez du principe que les besoins des autres doivent passer avant les votres, si vous avez pris le pli de vous attribuer systématiquement la deuxième place, quitte à vous épuiser physiquement, moralement et financièrement, il est grand temps de remettre à plat vos valeurs et les modifier.

 

Où est-il écrit… ?

 

Un excellent moyen de remettre en cause les idées qui produisent tant de stress et d’amertume dans votre vie consiste à les écrire noir sur blanc. Commencez par dresser la liste des exigences de l’autre envers vous. Par exemple, Untel veut en substance :

            Que je laisse tout tomber pour l’aider

            Que j’accoure aussitôt qu’il m’appelle

            Que je m’occupe de lui sur le plan physique, affectif ou financier

            Que je me plie toujours à ses souhaits concernant les vacances ou les loisirs

            Que j’écoute le récit de ses problèmes quelle que soit ma disposition

            Que je le tire systématiquement d’affaire

            Que je n’accorde qu’une place secondaire à mon travail, mes amis, et mes centres d’intérêt.

            Que je ne le quitte jamais même s’il me rend malheureux

 

Réécrivez ensuite chaque phrase en la précédant de ces mots en majuscules : Où EST-IL ECRIT QUE JE DOIS…

Notez l’énorme différence entre l’affirmation « mon mari tien à ce que nous passions toutes nos vacances chez ses parents. » et l’interrogation « Où EST-IL ECRIT QUE JE DOIS me contenter de vacances qui ne me satisfont pas du fait que je me trouve avec la famille de mon mari ? »

Où EST-IL ECRIT en effet qu’il faut privilégier les besoins d’autrui au détriment des vôtres ? Que vous devez sacrifier votre bien-être afin de prendre en charge un parent exigeant qui serait parfaitement capable de se passer de vos soins ? Où EST-IL ECRIT ? Ces règles en apparence immuables qui vous empêchent de vous traite avec ne serait-ce que le quart des égards que vous réservez aux autres ne figurent sur aucune table de la loi. Elles n’existent que dans le système de normes et de valeurs qui ont été gravées dans votre esprit.

 

L’indispensable commutation de votre peine

 

Karine avait le plus grand mal à abandonner son sens du devoir vis-à-vis de sa fille, tant elle se flagellait à l’idée de porter l’entière responsabilité des malheurs de celle-ci. De toute évidence, il fallait qu’elle examine les racines profondes du sentiment de devoir qui la rongeait.

Se jugeant coupable d’un crime qu’elle n’avait pas commis – l’accident de voiture dans lequel son mari avait trouvé la mort -, Karine s’était condamnée à perpétuité dans une prison du devoir. Je lui demandai de chercher la définition du mot « accident » dans le dictionnaire. Elle se mit à m’en faire la lecture :

« C’est un évènement soudain, imprévu, et… »

Elle s’arrêta net, et je vis des larmes perler dans ses yeux. Puis elle reprit :

« …non voulu. »

Je lui conseillais de se répéter très souvent ces mots clés. Elle n’avait ni souhaité ni programmé cet accident : elle n’y était pour rien. Je lui rappelai par ailleurs que, en dehors de quelques auteurs de crimes particulièrement barbares, tous les condamnés finissent par sortir un jour ou l’autre de prison. Comment justifier dès lors son maintien en détention ?

Karine avait une vie intérieure riche. Outre les réunions des Alcooliques Anonymes qu’elle fréquentait assidûment, elle pratiquait le yoga et méditait tous les jours. Mais pour paradoxal que cela puisse paraître, son introspection ne lui avait pas permis d’aller jusqu’à se pardonner.

Je lui demandai d’évoquer une figure dotée du pouvoir requis pour la remettre en liberté et dont elle pourrait interpréter le rôle dans un jeu avec elle-même.

« Hum, dit-elle, je ne me vois pas très bien comme le Bon Dieu, mais je crois quand même avoir quelque part un ange gardien. Je pourrais interpréter son rôle.

-Parfait, répondis-je : maintenant que vous êtes votre ange gardien, vous allez asseoir Karine dans la chaise en face et faire ce qu’il faut pour la sortir définitivement de cet horrible cachot. Je veux que vous commenciez par dire « je te pardonne ». »

Les larmes déjà aperçues dans les yeux de Karine coulaient désormais sur ses joues.

 

            *Je te pardonne Karine. Tu n’étais pour rien dans la mort de ton mari. C’était un accident. Tu as été une bonne mère qui a élevé ses enfants dans l’amour et la sécurité, une fille dévouée et une superbe infirmière. Tu t’intéresses sincèrement aux autres mais il est temps de commencer à bénéficier toi-même de ta générosité. Je te pardonne, ma chérie, je te pardonne…

 

Karine n’avait jamais réussi à se dire ces mots, mais, dans le rôle de son ange gardien, elle put enfin se donner la validation et la libération dont elle avait besoin. Je ne saurais trop chaudement recommander cet exercice. Si l’image de l’ange gardien ne vous convient pas, vous pouvez interpréter le rôle d’une personne qui montre une grande affection à votre égard. L’essentiel est d’identifier le moment précis où a débuté votre enfermement dans la prison du devoir, puis d’en ouvrir la porte et de sortir.

La séance que nous venons de voir allait marquer un tournant pour Karine. Vers la fin, elle posa cette question : « OU EST-IL ECRIT que je dois dilapider ma retraite tout simplement parce que ma fille estime avoir besoin d’acheter tout de suite une maison ? »

Je lui dis qu’elle n’avait aucune raison d’hésiter à aider financièrement Mélanie tant qu’elle pouvait réellement se le permettre, et qu’elle était mue par l’amour et la générosité, et non par la peur de représailles. Elle m’avoua alors que la somme que Mélanie lui demandait – 25000 Francs – dépassait ses moyens, mais qu’elle serait prête à donner le tiers.

Quand je lui demandai ce qu’elle ferait si Mélanie protestait, elle sourit, prit une profonde inspiration, et me dit :

« Eh bien, ce ne sera pas la première fois, ni sans doute la dernière. Pour ma part, je me bornerai à lui dire que je ne peux pas donner plus et que, si elle veut à tout prix accuser quelqu’un, elle peut s’en prendre à vous, puisque c’est vous qui m’avez lancée dans cette dynamique de changement. »

Les individus deviennent des adultes et évoluent au cours de leur vie, mais leurs valeurs ne suivent pas toujours le mouvement. Comme Karine, vous avez le droit de vivre selon les principes auxquels vous adhérez librement et consciemment plutôt que de continuer à appliquer sans réfléchir ceux que vous aviez adoptés dans un passé lointain.

 

Jusqu’où pousser la générosité ?

 

Eve avait beau savoir qu’elle devait quitter Elliot, tous les éléments du brouillard la maintenaient dans la paralysie.

 

            *Il a tellement besoin de moi, puisque je fais tout pour lui. En plus, je lui suis redevable. Je n’arrive tout simplement pas à franchir le seuil de la porte.

 

Cette jeune femme belle et talentueuse avait renoncé à tant de choses afin de pouvoir s’occuper d’Elliot que son compte affectif se trouvait dangereusement à découvert. Coupés de ses amis, privée de ses activités qui lui avaient autrefois procuré du plaisir, ayant subordonné ses aspirations professionnelles à celles d’Elliot, elle vivait désormais dans un univers terriblement rétréci.

Plus vous avez de ressources personnelles, plus vous êtes à même de donner : ce n’est pas plus compliqué que cela. Dès lors que votre vie regorge de richesses – des êtres qui vous aiment et que vous aimez, une vie professionnelle et affective qui vous comble, des amis, des joies, des moyens financiers suffisants – vous pouvez beaucoup offrir sans courir le risque de compromettre votre bien-être. Si, à l’inverse, vous vous trouvez en instance de divorce, dans une situation professionnelle conflictuelle et avec des fins de mois difficiles, vous aurez peut-être du mal à consacrer du temps et de l’énergie à la satisfaction des besoins d’autrui. Et oui : vous ne pouvez sauver quelqu’un de la noyade si vous ne parvenez pas vous-même à maintenir la tête hors de l’eau.

 

Posté: 01:16, 27/08/2006 dans 11 Quand le brouillard se dissipe
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