Description
le livre "le chantage affectif" de Susan Forward n'est plus édité en France.
Je vais donc éditer ici un certain nombre de ses chapitres afin que tous puissent les consulter.
Pour lire le livre dans l'ordre, commencer par Introduction1, puis Introduction2, etc....
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bien, nous y sommes...
J'espère que ce blog aidera de nombreuses personnes à comprendre comment marche le chantage affectif.
J'ai pris la décision de publier ce livre sur internet car quand j'ai demandé à Interéditions quand il serait réédité, il m'a été répondu en gros "jamais"...
je pense donc ne pas faire de tort "financier" à madame Forward, qui, si elle n'est pas d'accord pour que je publie des portions de son livre, ne manquera pas, je pense, de me le signaler...
j'espère simplement que cela sera utile. Pour lire le livre dans l'ordre à partir du moment où les entrées seront trop nombreuses, dans le menu, vous trouverez les chapitres à partir de l'introduction.
bienvenue à tous ceux venus s'instruire !
Ne cliquez pas sur les mots soulignés dans les articles, ce ne sont pas des liens que j'ai mis, ce sont des pubs mises là par les admins de blog gratuit, c'est naze.
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Posté: 10:54, 2/01/2007 dans Delires divers |
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la relation d'objet incestuelle.
La relation d’objet incestuelle.
C’est à partir de son pole le plus actif, car c’est le plus simple, que nous aborderons la relation incestuelle. Il existe un mode d’investissement spécifiquement incestuel. L’objet investi sur ce mode, tellement traité en ustensile qu’on hésite à le considérer comme un objet proprement dit, s’apparente à ce que nous avons coutume en psychanalyse d’appeler un objet partiel ou un objet narcissique, mais avec des particularités qui nous imposent de le décrire avec précision.
Il ne sera pas un objet plénier. Il ne sera pas investi dans son intégrité. Il ne sera pas ce que j’appelle un objet-objet. (j’use de ce terme d’objet-objet pour souligner le jeu qui se poursuit entre deux représentants d’objets, l’externe, qui se voit, et l’interne, qui se vit, l’un et l’autre se répondant sans cesse dans ce concerto à deux voix qui forme la musique de la psyché : la respiration de l’âme.)
L’objet incestuel ne sera pas entier : il sera partiel ; il ne sera pas intérieur : il sera un bouche-trou, obligatoirement présent. Mais, pour commencer, il sera adulé.
Une délégation narcissique, une idole à tout faire
Avant tout, la relation incestuelle est une relation narcissique. L’objet incestuel est investi telle une idole. Mais cet investissement n’est pas à perte : l’idole a impérativement pour fonction d’illuminer l’idolâtre en retour. Paré en secret (et ce secret est essentiel) de toutes les qualités qu’on lui prête, l’objet incestuel est ébloui et fasciné, avant que d’être finalement et à tous les sens du terme, confondu. Il incarne un idéal absolu. Il a tous les pouvoirs. Par-dessus tout il ne manque pas d’être paré du pouvoir, même s’il ne l’exerce pas, de procurer au parent la jouissance ***uelle. Fils, amant, et même père (ou fille, maîtresse et même mère), il ou elle sera tout cela et indistinctement. Quel fils, quelle fille résisterait à pareille adulation ? A une telle complétude ? Mais qui, pour finir, ne s’y perdrait pas ? Car on l’a vu, la question de savoir qui dans cette relation admire qui, cette question est plus qu’indécise : elle est biaisée.
L’objet incestuel est captif d’une projection narcissique envahissante :il a pour mission profonde et impérative, d’incarner à lui seul les objets internes qui manquent à l’auteur de l’idolâtrie narcissique. Telle mère n’a pas pu connaître et aimer son père ; elle a délaissé et perdu son mari ; elle n’a pas connu sa mère ; il lui en reste un vide intérieur intolérable ; et c’est l’objet incestuel (encore une fois fils, père et amant) qui va, qui peut, qui doit par délégation narcissique incarner ce monde intérieur absent ou dévasté. L’objet incestuel concrétisera donc donc la projection par cette mère de l’idéalité qui la fait survivre à la place des présences internes qui lui manquent. Quel périple ! Ou, plutôt, quel court-circuit ! Oui : le court circuit narcissique remplace les trajectoires libidinales.
Une présence de fétiche
Pour accomplir cette mission glorieuse et impossible, l’objet incestuellement investi doit remplir au moins deux propriétés essentielles :
1-Il ne devrait pas connaître d’autres origines que son investisseur : sa mère, si c’est elle, doit suffire ; certes le géniteur peut-il être exclu dès avant la naissance. Mais s’il reste présent, la mère incestuelle pousse son image au bord du fossé ; telle mère, dans ses propos envers ses enfants, pratiquait l’impasse sur la famille de son mari et ne faisait mention que de la sienne : voilà un père qui ne venait de nulle part ; au demeurant, tellement occupé, ce pauvre homme, qu’on ne pouvait compter sur lui. Voilà de l’antoedipe de bien mauvaise compagnie.
2-L’objet incestuel doit en réalité rester inamovible, immuable. Toujours présent, il devra se tenir incessamment disponible. Qu’il ne s’écarte pas ! Car sa présence extérieure et concrète est là pour pallier les absences intérieures. Il est là, dehors, pour combler un vide au-dedans. Du fait même de cette obligation de présence, la liaison incestuelle restera marquée à tout jamais par l’importance de la proximité physique : les échanges incestuels dépendent étroitement de la distance entre les partenaires et leur intensité sera inversement proportionnelle à cette distance (abolie dans les faits par le téléphone).
Que l’objet incestuel ne se mêle pas non plus de nourrir des intentions personnelles ou des dénis propres ! Non seulement miroir embellissant et source possible de jouissance mais substitut d’absence, et par là même preuve de pérennité, il est fait pour briller et non pour vivre à son compte. En vertu d’un paradoxe qui ne va pas nous surprendre, l’idole ferait peut-être mieux d’être morte : les morts au moins ne se sauvent pas, on les garde, on peut les encenser à loisir ; Ils ne risquent pas, à travers les inévitables signes de changement et de faillibilité que l’exercice même de la vie sème dans son sillage, de dénoncer l’idéalité qu’ils incarnent.
C’est ainsi que l’on voit certaines mères incestuelles atteindre une sorte de sérénité ou de sommet lorsque leur objet incestuel a cessé de vivre : ainsi deviennent-elles ces cultivatrices de deuil, de cimetières ou de mausolées que je décrivais dans « le génie des origines ».
Ou s’il n’est parfait, s’il n’est éternel, s’il n’est mort, qu’au mois il soit malade ! Si ce n’est le tombeau, qu’au moins ce soit l’asile ! C’est ainsi que certaines mères incestuelles – ou tout aussi bien certains pères – atteignent une sorte passablement sinistre d’apothéose au moment où leur enfant narcissique entre en psychose.
On l’a bien compris : l’objet incestuel est une objet fétiche. Cette fonction narcissiquement fétichique, nous la retrouverons, car elle court tout au long de cet ouvrage. Mais le fétiche incestuel possède une propriété de plus : il est ***uel, il est source au moins potentielle de jouissance ***uelle (en cela il s’apparente au fétiche érogène, à cette différence près qu’il est une personne). Mais il est foncièrement impoersonnalisé. Nous dirons même : désobjectalisé.
La face obscure de l’objet non objet
Objet fétiche, objet partiel à propriété phallique, il n’est pas un objet plénier. Il est fixé dans cette position d’objet-non-objet que je décris pour caractériser tout objet à qui, en vertu de dénis puissants mais focalisés et sélectifs, sont soustraites certaines des qualités qui reviennent à l’objet proprement libidinal. C’est ainsi que l’objet-non-objet incestuel est interdit de désirs propres ainsi que de valeur narcissique propre. L’autonomie lui est interdite, sous ses diverses formes : autonomie de mouvements, et c’est ainsi que l’objet parfaitement fixé devient catatonique ; autonomie de désirs, et c’est ainsi que l’objet incestuel ne peut « tomber amoureux » sans risquer de crever la peau du narcissisme maternel : autonomie d’action, et c’est ainsi que l’objet incestuel se livre à des essais sans suite ; autonomie de jugement, et c’est ainsi que l’objet incestuel finit par s’abstenir de toute clairvoyance, si ce n’est pas éclairs.
Bref, s’il est au monde une sorte de relation où le lien libidinal est remplacé par la ligature, et le désir par la contrainte, c’est bien dans la relation narcissique incestuelle. Le contraste entre lien et ligature me paraît tellement essentiel que lui aussi nous le retrouverons à plusieurs reprises dans notre périple. De même retrouverons nous à plusieurs reprises un trait qui s’impose dès maintenant à notre regard : c’est celui de l’amalgame (confusion). L’objet incestuel reçoit sur la tête, non pas superposées, non pas même condensées, mais complètement amalgamées, des représentations et des fonctions normalement distinctes, mais dont ici la perspective est abolie. Cette production d’amalgame est très particulière et elle fiat preuve d’une remarquable et peu résistible puissance.
Extrait de "l'inceste et l'incestuel" de Paul Claude Racamier.
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Posté: 11:27, 28/11/2006 dans Autres extraits |
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« Je suis vacciné contre le bonheur »
« Je suis vacciné contre le bonheur » Tiré de "Etre heureux ce n'est pas nécessairement confortable", de Thomas D'Ansembourg.
"Premier double message contradictoire : Un vaccin en deux injections/injonctions.
Première injonction : « on n’est pas là pour rigoler ». (le bonheur est interdit).
« Faut se battre pour vivre ». Dans nos cœurs d’adolescents et de jeunes adultes, cette injonction s’est encodée comme un interdit. Dans cette optique fort préoccupée par le "faire" plutôt que par "l’être", le bonheur est comme interdit, trop suspect d’abandon, de laisser-aller : "tu ne peux pas être heureux, tu cesserais d’être vigilant, attentif, travailleur, performant." Dans cette optique également préoccupée de ce que tout s’obtienne dans l’effort, la peine et le mérite, le bonheur est suspect de contentement, de satisfaction, voire de narcissisme et d’égocentrisme, quand ce n’est pas de "déconnexion de la réalité" : "tu ne peux pas être heureux puisqu’il reste tant à accomplir.", "tu ne peux pas être heureux, puisqu’il y a au même moment, tant d’êtres malheureux de ce qu’ils vivent.", "tu ne peux pas être heureux, tu cesserais d’être généreux, ouvert aux autres, conscient des enjeux du monde.".
La confusion des sentiments et des valeurs qui se manifeste souvent par la culpabilité, vient ainsi corrompre les moments qui pourraient être pleinement consacrés à la joie. Entretenue par ce qui me semble être une tragique interprétation du message du christ, qui parait piégée par le mode de pensée binaire : "puisque Jésus nous invite à regarder l’au-delà de nos relations, de nos différences et des préoccupations de notre incarnation, c’est qu’elle ne vaut pas la peine. Attendons l’au-delà en nous méfiant de cette vie terrestre et en la décriant."
Dans cette optique donc, l’idée de se réjouir, à fortiori d’être heureux sur cette planète, est suspecte de matérialisme, de fuite ou d’aveuglement. Dans certains milieux, un être heureux est soit un "con", soit un égoïste, soit les deux ! La pensée binaire est piégeante. Si je caricature un peu, soit on est intelligent, donc hyperactif, catégorique, voire méchant, plein de soucis et dormant mal, soit on est heureux et forcément égoïste, ou idiot, inconscient ou simplet, en tout cas pas dans la réalité, et bien sûr alors qu’on dort bien…
De cette habitude de penser naît la peur d’être heureux et de le montrer. J’ai connu des personnes heureuses dans leur cœur mais qui n’osaient pas le montrer de peur de paraître idiotes, égoïstes, et déconnectées de la réalité.
« Cacher sa joie ».
La joie intense ferait-elle peur ? Parlez de vos conflits, de vos tracas, de vos maladies, de choses inexorables et sans espoir, et on vous écoutera avec sérieux. Parlez de votre amour pour tout ce qui est vivant, de votre confiance croissante en la vie, et de votre joie profonde, et on vous croira membre d’une secte ! Je parle d’expériences vécues. Ces attitudes ne sont pas contre vous ; elles sont simplement l’expression de ce que le système a peur du changement et se cramponne à sa continuité. Rappelez vous simplement pour vous donner de l’empathie que vous n’êtes pas là pour conforter le système dans ses certitudes. Vous êtes là pour être ou devenir joyeusement vous-même.
« Payer la facture ».
Parfois c’est la peur de payer la facture tôt ou tard qui nous empêche d’être heureux. Il s’agit là d’une croyance tragique qui à la peau dure. Or, si nous prenons la peine de regarder vivre les gens heureux, nous pourrions constater qu’ils sont vraiment heureux en profondeur (Je ne parle pas de façade de complaisance qui cache le mal être sous le masque gentil ni de l’attitude du boute en train qui peut dissimuler le clown triste, voire franchement désespéré), et même de plus en plus durablement heureux. Mais quelque chose fait que la plupart du temps nous ne voyons pas cette réalité là. Et cela, c’est le propre d’une croyance : nous enfermer dans une vision qui n’est pas la réalité et nous empêcher de voir ce qui est.
Je crois que la capacité de goûter un bonheur profond s’accroît et ne s’atrophie pas : plus nous goûtons ce bonheur profond, plus nous approfondissons notre capacité à le goûter, quoi qu’il advienne.
Deuxième injonction contradictoire : « faut être heureux quand même avec ce qu’on a » (le bonheur est obligatoire)
Bonne morale et bonne logique obligent : comme on peut toujours trouver plus malheureux que soi, on est donc heureux. Dans cette logique, il n’est pas question de sentiment, mais de devoir : le devoir d’être heureux quoi qu’il advienne, comme si quelque chose d’aussi subtil et intime qu’un sentiment,-et à fortiori un état intérieur – pouvait se commander par décret ! dans cette logique, donc, basée sur l’avoir plutôt que sur l’être, la culpabilité vient encore une fois envenimer la conscience : « comment oserais-tu ne pas être heureux avec ce que tu as alors que tant de gens n’ont rien ? »
Que de personnes prises en tenaille dans cette culpabilité s’empêchent de faire leur grand nettoyage intérieur, alors que ce serait précisément l’occasion de retrouver leur profond bien-être ! Elles se mentent souvent en disant « tout va bien » alors que leur être entier crie « Rien ne va plus ! ».
Observons que cette injonction de bonne morale néglige le principe d’alternance.
C’est précisément la conscience et l’expression de la souffrance qui sont l’occasion de redevenir plus heureux, malgré l’inconfort des circonstances. Ensuite une certaine interprétation réductrice et cependant courante de la pensée positive prend le relais de la bonne morale : « la vie est toujours belle, et tout va bien. Il n’y a jamais de problèmes, que des solutions… » instaurant semblablement une sorte d’obligation culpabilisante (« je ne suis pas à la hauteur », « les autres y arrivent et pas moi, je devrais faire plus d’efforts ») et négligeant le principe d’alternance. Le risque de la pensée positive prise au premier degré est l’angélisme. En effet la vie n’est pas toujours belle, tout ne va pas toujours bien et nous mettons souvent bien du temps et vivons beaucoup de souffrances à mijoter dans le problème avant que n’émerge une solution. Il vaut mieux le savoir – c'est-à-dire être conscient du principe d’alternance – pour ne pas déchanter à la moindre embûche.
Enfin certains courants actuels semblent proposer un raccourci pour le bonheur intérieur. Ils présentent en effet le bonheur comme une évidence dont l’accès est immédiat, sans rendre du tout compte des étapes successives nécessaires. Cette vision donne une impression d’obligation mondaine, le dernier must à la mode qu’il ne faut pas manquer.
Je rencontre à l’occasion des personnes qui cheminent dans ces courants. Si j’ai, certes, de la compréhension pour leur élan, j’ai toutefois l’impression (vérifiées à maintes occasions) qu’elles espèrent pouvoir sauter les étapes et arriver à un stade d’éveil digne du Buddha sans faire tout le chemin de transformation et d’alchimie personnel qu’une telle démarche demande. Souvent elles se sentent déchirées, un peu honteuses, ou même coupables de ne pas y arriver. Souvent la vie dans sa vigoureuse sagesse, leur montre qu’elles ne feront pas l’économie du cheminement et de l’intégration des étapes. Et cela n’est pas un moment confortable.
Il peut arriver que ces personnes viennent en thérapie, bouleversées d’avoir pris la réalité en pleine figure. Séparation, divorce, deuil ou maladie, licenciement ou accident se sont chargés de leur enseigner que le bonheur n’est pas une idée mais une conscience et que celle-ci s’ancre et croit non par la pensée, mais bien par la connaissance née de l’expérience. Les belles notions dont elles émaillaient leurs conversations ne sont pas encore des fondations stables, posées pierre après pierre de leurs propres mains et sur lesquelles elles pourraient construire solidement leur lieu de vie pour y installer leurs habitudes et y allumer un foyer lumineux et durable. Ces notions ont été comme un feu d’artifice qui les a fascinées et réjouies un moment dans la nuit, pour les y laisser bientôt perdues. Heureusement il est toujours temps de recommencer avec autant d’idéal… et plus de réalisme !
Double injonction tétanisante et déchirante : Alors il ne reste plus qu’à conjuguer ces deux injonctions
1 on n’est pas là pour rigoler.
2 on doit être heureux quand même.
Nous obtenons ainsi un mouvement de cisaille qui casse l’élan de vie en instaurant dans le cœur de beaucoup d’entre nous non pas la confiance en soi et en la vie, mais le doute, voire la peur d’exister, d’être vivant,d’être soi et d’occuper pleinement sa place.
Cette double injonction à la fois déchirante et tétanisante crée une inhibition fondamentale encodée dans notre disque dur. Ce qui est tragique dans une telle double injonction, c’est qu’elle est à la fois généreuse dans son intention et implicite dans son expression, ainsi doublement dotée du pouvoir de s’imprégner incognito dans notre inconscient. Le piège est parfait, inconnu, invisible inusable.
J’ai cotoyé et cotoie toujours, tant des personnes qui sont inconscientes de ce double langage, et qui vivent dans ce piège sans s’en être rendu compte, que des personnes qui en ont bien pris conscience mentalement, mais qui n’ont pas encore trouvé la manière de transformer concrètement leur façon de vivre. Que d’énergie ainsi perdue à gérer cette tension, à tenter de résoudre cet interminable conflit intérieur, cette querelle intestine ! toute cette énergie pourrait être consacrée à penser et vivre autrement.
Deuxième double message contradictoire : un rappel en deux injections/injonctions.
Déjà le double vaccin, avec ses contre indications aussi fatales que méconnues, met à mal bien des vies. Ce serait encore peu de choses si ses effets tragiques n’étaient encore aggravés par un second double message qui vient, tel un rappel de vaccin, renforcer le processus de déchirure et de tétanisation. Ses deux composantes s’énoncent comme suit :
1 – il faut être le meilleur (la performance et le succès sont obligatoires)
2 – il ne faut pas se prendre pour le meilleur (la performance et le succès sont interdits).
Première injonction : « il faut être le meilleur ».
C’est le « sois parfait » proposé, entre autres, dans différentes méthodes de développement personnel. De nouveau cette injonction n’était pas forcément formulée clairement ni dans cette intention là pour le petit garçon ou la petite fille que nous avons été. D’ailleurs, si elle avait été aussi clairement dite, il nous aurait été sans doute plus facile de réagir.
Ainsi sa formulation était plutôt du genre « faut pas s’endormir sur ses lauriers » dès qu’on atteignait un succès. Pas le temps de s’en réjouir vraiment, ni, bien sûr, de se reposer.
En conséquences, que de vies usées, voire épuisées, par cette quête insatiable d’une perfection, par nature toujours hors d’atteinte, ou d’une performance pas toujours dans nos goûts ni dans nos capacités ! cette injonction – en nous fixant comme objectif en état vers lequel on peut tendre, certes, par élan et par plaisir, mais qui n’est pas forcément à atteindre- a jeté en beaucoup d’entre nous le poison de la frustration constante et l’un de ses corollaires, le poison de la compétition et de la comparaison : être le meilleur, avoir la meilleure place, courir plus vite, être plus aimé, ou plus reconnu, gagner plus d’argent, rouler plus vite, prendre les plus grandes part du marché, monter au plus haut poste… que de vies de femmes et d’hommes de couples et de familles, broyées et laminées dans cette course incessante de guerriers et de guerrières !
Cela commence par l’école et se poursuit la vie durant et au galop par un parcours effréné entre la vie professionnelle, la vie de couple et de famille, et la vie sociale : la vie comme un parcours « à faire ». Nous aurons fait toutes les étapes avec sans doute la reconnaissance sociale habituelle… mais nous serons nous permis d’être vivants, présents, avec le bénéfice d’un profond contentement intérieur, à la fois croissant en nous et rayonnant autour de nous ?
Deuxième injonction : « il ne faut pas se prendre pour le meilleur »
Nous avons entendu « ne te mets pas en avant. Laisse les autres passer devant. Ne te prends pas pour meilleur que tu n’es » Nous avons encodé en nous « reste en retrait et doute de toi ». l’intention de cette injonction était vraisemblablement une invitation à la modestie, qui, si elle n’est pas fausse, est une valeur que j’apprécie particulièrement. La vraie modestie nous maintient dans la vigilance, dans la capacité salutaire de se remettre en question sans se dénier soi-même.
Le risque qui sous-tend cette dernière injonction, c’est de créer – ce qu’elle a fait chez bien des gens – le déni de soi, précisément. Et qui ne s’est jamais dit ou n’a jamais entendu dire ces petites phrases assassines du genre : « Comme je ne suis pas le meilleur je suis nul » « Même si j’ai de bons résultats je peux mieux faire et je me dois donc d’être insatisfait de ce qu’il reste à faire plutôt qu’heureux de ce qui est accompli ». « Mon opinion dérange ou ne vaut rien, je ferais mieux de laisser parler les autres. Les autres savent mieux, font mieux, sont mieux. » « S’exposer, s’exprimer, c’est risquer de ne pas être le meilleur, donc je reste en retrait. » « on ne m’accepte pas comme je suis, on va me critiquer. Personne ne m’aime. »
Ces petites phrases qui manifestent un tragique manque d’estime de soi, méritent notre attention vigilante : elles sont autant de jugements, de croyances ou de syllogismes simplistes qui enferment. Il m’apparaît que sans doute plus de 80% des consultations en psychothérapie ont trait finalement à l’estime de soi. Je dis finalement parce que la demande de départ est rarement de cet ordre.
Mais tôt ou tard dans la psychothérapie apparaîtra la question de l’estime de soi : « est ce que je me donne la place que j’attends désespérément qu’on me donne ? Est-ce que je m’apporte cette reconnaissance ou ce respect profond, inconditionnel, que j’attends désespérément qu’on m’apporte ? est ce que je m’aime comme je suis, c'est-à-dire en route, en construction, même en chantier, ou est ce que je continu à attendre d’être parfait et accompli pour commencer à m’aimer ? »
Je suis vraiment frappé de constater combien la blessure profonde de la plupart des gens qui consultent (et j’aurais tendance à croire qu’il en est de même, mais encore plus inconsciemment, pour celles qui souffrent en silence et ne consultent pas) a trait à l’estime juste et mesurée de soi-même. Le risque, quand nous ne prenons pas soin de cette blessure, c’est d’entrer malgré nous dans toute sortes de dépendances et de compensations douloureuses et pas forcément visibles, comme celle d’être accro au regard des autres, intolérants ou vulnérables à la moindre critique ou contradiction, incapables de solitude, ou au contraire, de vie en communauté, prisonniers d’une compulsion qui se manifeste par des achats intempestifs ou des aventures amoureuses à répétition.
« si je ne m’apporte pas à moi-même une reconnaissance juste et mesurée, je risque de passer ma vie à quêter désespérément à l’extérieur de moi une reconnaissance déplacée et démesurée. » De nouveau, travailler tous les jours à une juste estime de soi, cela suppose de développer sa propre capacité de se remettre en question et de regarder ses ombres, ce qui n’est pas confortable !!!
Conjuguer la double injonction :
Il suffit de combiner
«il faut être le meilleur » Avec « il ne faut pas se prendre pour le meilleur »
Pour obtenir une fois de plus un mouvement de cisaille qui casse l’élan de vie. Cette double injonction encode à son tour une inhibition fondamentale qui mène souvent à vouloir sans oser, à espérer sans entreprendre, à attendre sans transformer, à subir sans agir.
Décoder les doubles messages contradictoires : quitter la pensée binaire.
Nous avons souvent entendu, enfants, des phrases telles que : « sois gentil range ta chambre », « sois gentille aide moi », « sois gentil ramène de bonnes notes de l’école ». Cela c’est ce que nous avons entendu avec nos oreilles d’enfants. Toutefois, ce que nous avons encodé avec notre cœur d’enfant, dans notre petit disque dur « affectivo-psychico-sensoriel », est d’un tout autre ordre. Nous avons souvent encodé « je t’aime si… » (note de la copiste : perso, je ne suis pas sûre qu’on soit entièrement responsable de la façon dont on a « encodé » les messages…)
Alors que se passait-il dans notre cœur d’enfant lorsque nous ressentions ceci : « mais moi, je n’ai pas besoin de ranger ma chambre, j’aime mon joyeux désordre, j’exprime mon identité d’ado et cela ne veut pas dire qu’une fois adulte je n’aurais pas le goût de l’ordre… j’ai besoin qu’on me fasse confiance dans ma capacité d’évolution. »
Que se passait-il dans notre cœur d’enfant lorsque nous ressentions ces choses ? osions-nous les exprimer, confiants que nous serions écoutés, compris et respectés dans notre différence et notre identité?
(pour entendre cela sans croire que je prône de laisser les enfants faire n’importe quoi, il s’agit de se rappeler un des principes de la CNV: nos besoins ont plus besoin d’être reconnus que satisfaits ; autrement dit, le fait de reconnaître les besoins de l’autre ne veut pas forcément dire qu’on est prêt à les satisfaire. Reconnaître les besoins de l’autre, même s’ils sont différents des nôtres, fonde son identité et son altérité. Lorsque nous cessons d’être gentils, nous acceptons l’idée que reconnaître le besoin de quelqu’un ne veut pas dire démissionner du nôtre. Il s’agit plutôt de trouver ensemble une solution satisfaisante tant pour l’un que pour l’autre, sans dominer ni soumettre.)
La plupart du temps, nous nous serons écrasés pour être gentils et ne pas déranger, pour ne pas risquer de vivre du rejet, un renvoi ou le désamour. Ce besoin d’amour, de sécurité affective est absolument prioritaire pour l’enfant. J’ai rencontré des enfants battus ou victimes d’abus qui trouvaient toutes sortes de raisons pour excuser leurs parents et pour tenter de ne pas compromettre le lien affectif. Ils disaient par exemple « oui mais mon père avait de gros problèmes au travail. Son patron le faisait chi… donc c’est normal qu’il se fâche contre moi et qu’il me frappe. » « oui mais ma mère était malheureuse toute seule, il fallait bien qu’elle trouve un peu d’affection ! j’étais la seule personne proche. C’est normal ! »
Ces enfants là, il leur faut bien du temps pour reconnaître –quand ils y arrivent- et pour accepter la colère et l’indignation qu’ils portent en eux vis-à-vis de leurs parents. Il leur faut bien du temps pour quitter la vision binaire : « si je suis en colère contre mes parents, je transgresse le tabou qui veut qu’on aime toujours ses parents et je risque qu’ils ne m’aiment plus » et entrer dans une compréhension complémentaire.
« et je suis en colère contre mes parents, ET j’ai de l’amour pour eux, ET je tiens à leur amour. » et ce n’est, bien sûr, qu’au prix de cette colère rencontrée et exprimée en conscience qu’ils peuvent nettoyer la plaie et permettre à celle-ci de se cicatriser.
Nous n’avons, heureusement, pas tous été battus ou victimes d’abus. Toutefois, nous sommes souvent pris par cette loyauté aveugle qui nous fait craindre le désamour dès qu’il y a désaccord.
Désaccord n’est pas désamour.
Ainsi nous aurons appris non pas à écouter, à comprendre et à gérer nos frustrations, mais à les taire, quand ce n’est pas à les refouler complètement dans l’inconscient. Nous avons appris à faire les choses non pas par élan d’amour, mais par devoir ; non pas par joie de donner, mais par peur de perdre ; non pas par goût de contribuer, mais dans la crainte du rejet ; non pas dans la responsabilité, mais dans la culpabilité.
Nous aurons appris à serrer le couvercle de la cocotte-minute et à laisser le feu brûler en dessous jusqu’à explosion ou implosion ! Cela, c’est la mécanique de la violence observée |
Posté: 10:52, 15/11/2006 dans Autres extraits |
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Stratégies familiales (perversion narcissique)
L’antoedipisation de l’enfant
Progressivement, la patiente se rendit mieux compte de la dynamique familiale dans laquelle elle était impliquée. Elle en vint à nous livrer un récit qui démontre une première stratégie incestuelle. Nous l’avons appelée « l’antoedipisation de l’enfant » (Racamier 1989) : il s’agit de manipulation de l’histoire individuelle de l’enfant induisant l’inversion de la responsabilité des générations ; autrement dit, l’enfant se voit imposée une version falsifiée de ses origines, qu’il va reprendre à son actif. Pour la perpétuer, il n’aura d’autre choix que de contrecarrer en lui-même toute pensée autonome.
Voici, dans ce sens, le récit de la mère que la patiente rapporta « Déjà quelques mois après le mariage, j’étais déçue par ton père… ; comme ça n’allait pas bien entre nous, nous avons fait un enfant pour nous souder (il s’agit de la patiente). Mais tu es venue trop tôt, compliquant notre projet d’aller travailler dans un autre pays. Pendant la grossesse, j’ai beaucoup saigné et j’ai dû passer quatre mois couchée, pleine d’angoisse de te perdre, puis finalement tu es venue au monde 10 jours trop tard ! Nous avons du te laisser à l’étranger pendant un an et nous nous sommes énormément culpabilisés de t’abandonner, surtout car tu pleurais beaucoup. Plus tard encore, nous sommes partis à nouveau en voyage en te confiant, à ta grand-mère et nous étions de nouveau très culpabilisés parce que tu pleurais toujours et ne voulais pas dormir. »
En fait, dans le récit de la mère fait de l’enfance de sa fille, celle-ci n’a d’existence que par les répercussions fâcheuses que sa venue au monde a eues sur ses parents et dont elle est rendue responsable ; il ne contient que des faits, des attributions, des reproches et des attaques. On n’y décèle aucune tendresse, ni l’ombre d’un désir. L’attribution qui lui est faite de sa responsabilité d’être au monde et de ses conséquences pour les parents ne lui laisse aucun espace vital. Elle l’exclut de toute chronologie. Ses réactions émotionnelles sont simplement remarquées mais pas réellement prises en compte : seules existent celles de la mère.
Par cette mystification perverse, l’enfant n’a qu’un début, l’acte sexuel, mais pas d’origine psychique dans un désir partagé et assumé par les parents.
Cette thématique se retrouve dans d’autres stratégies, telles que les confidences sexuelles.
Les confidences sexuelles
Sa mère lui avait de tout temps beaucoup parlé des difficultés relationnelles et sexuelles de sa vie de couple. Elle lui avait confié, lorsqu’elle avait à peine 10 ans : « ton père a des problèmes pour jouir et autrefois il a dû consulter un sexologue. »
Cette confidence intempestive avait eu sur la patiente l’impact d’un véritable désaveu du père géniteur. Elle n’est de loin pas anodine et porte atteinte à l’un des fantasmes que Freud appelait originaires (la « scène primitive »), autrement dit à l’un des éléments essentiels du psychisme de l’enfant.
A la suite de l’intervention d’un médecin consulté à l’époque, la mère s’était excusée auprès de sa fille de ses confidences inopportunes, ce qui ne l’avait pas empêchée de persévérer, comme si de rien n’était, en lui racontant, dans les détails, pourquoi elle et son père n’avaient plus de relations sexuelles depuis un certain temps. Cette forme de persévération qui fait juste semblant de tenir compte des points de vue de l’interlocuteur mais qui surenchérit dès que l’autre a baissé sa garde, est une stratégie perverse narcissique très fréquente (peut-être aussi dans d’autres domaines, comme par exemple en politique)
Coalitions
D’autres stratégies utilisaient, pour détruire la sexualité de l’enfant, des mises en scènes de coalition avec lui contre l’autre parent. Ainsi une grave crise conjugale avait-elle secoué le couple parental lorsque la patiente était adolescente. A cette occasion sa mère lui avait appris que son père avait eu une liaison ; Qu’elle aussi d’ailleurs avait eu un amant d’un soir, et qu’enfin les amis de ses parents qu’elle connaissait bien se trompaient réciproquement. Cette forme d’implication de l’enfant dans la vie sexuelle adulte eut pour effet de saccager ses idéaux sur la vie de couple.
On voit que ces confidences correspondent à une stratégie incestuelle particulièrement retorse ; elles appartiennent au genre qu’on pourrait appeler le « cadeau empoisonné ». En effet, recevoir une confidence d’un adulte est apparemment flatteur ; en réalité, ce type d’épanchement détruit le développement sexuel de l’enfant.
D’autres mécanismes incestuels
Au fil de son traitement, la patiente évoqua des stratégies incestuelles de plus en plus directes visant la captation de la sexualité de l’enfant.
En effet, elle raconta que sa sexualité était l’objet constant de l’intérêt de ses parents. Ils ne lui en dépeignaient qu’une image terrifiante, en fonction des risques de grossesse et de SIDA. C’était eux qui se préoccupaient à outrance des précautions qu’elle aurait du ou devait prendre, qui l’interrogeaient sans relâche à ce sujet, lui téléphonant de l’étranger pour qu’elle n’oublie pas de se protéger ou de prendre sa pilule. Le préservatif était d’ailleurs devenu le centre de controverses « passionnées » entre elle et ses parents. Mais elle, de son côté, l’employait aussi comme moyen de les choquer, de les inquiéter et de leur faire opposition. En refusant son utilisation, elle poursuivait la mise en acte de la violence destructrice dirigée contre sa sexualité et contre elle-même par ses parents.
Au registre de ces attaques directes appartiennent aussi ce que nous pouvons appeler des identifications abusives. Ainsi, en cours de traitement, la patiente en vint à réaliser avec colère que c’était sa mère qui avait convaincu le médecin de lui donner des hormones pour provoquer la venue des règles : cette mère s’était, en quelque sorte, approprié sa sexualité biologique, sexualité qui, dès lors, n’appartenait plus vraiment à la patiente.
Ces sortes d’ingérence dans sa sexualité pouvaient encore prendre la forme d’inductions incestuelles : « ma mère dit que mon premier ami ressemblait à mon père ; elle prétend qu’on cherche toujours son père dans son amoureux. Elle affirmait aussi que mon père était très jaloux de mon copain. » Par ce biais, la mère tente de banaliser l’idée de l’inceste, tout en en attribuant le désir aux autres.
Progressivement, il apparut que la patiente se trouvait enserrée dans un réseau de relations incestuelles extrêmement concret, dont elle ne pouvait plus se dégager. Ainsi sa mère s’était arrangée pour faire engager l’ami de la patiente dans son entreprise ; il travaillait même dans le bureau de la mère. De plus, elle avait procuré à sa fille un poste à temps partiel en tant que collaboratrice personnelle. Enfin, pendant les vacances, le père l’avait aussi engagée soit-disant pour qu’elle fasse la connaissance de ses relations professionnelles, ce qu’elle pourrait mettre à profit plus tard.
Toutes ces stratégies, au-delà des attaques du narcissisme, convergent vers l’attaque de l’identité sexuelle. « Chez nous, il nous arrivait souvent de nous retrouver, tous, nus, à la salle de bain. Alors que je prenais ma douche, mon père se rasait. C’était normal ; ça ne serait venu à l’idée de personne de fermer la porte. Ça aurait même été comme enfreindre une loi. A moi, ça ne me plaisait pas, mais mes parents ne pouvaient pas le deviner. Ça aurait du être à moi de leur en parler. »
Nous voyons ici l’inversion de la culpabilité typique de ce genre de situation.
La patiente révèle ainsi une nouvelle stratégie incestuelle : le paradoxe de « l’érotisation de la sexualité désexualisée » ; il s’agit d’une mise en acte d’une situation de proximité sexuelle concomitante avec le déni de toute sexualité. « En fait, il fallait faire comme s’il n’y avait pas de sexualité ; ça ne devait pas exister, il ne fallait pas la montrer »
Nous voyons là une forme d’attaque à la fois contre la sexualité et contre la pensée.
Généralités sur les mécanismes.
Si nous considérons maintenant l’ensemble des stratégies que nous venons de décrire, on peut dire qu’elles ont en commun les caractéristiques suivantes :
Elles sont toutes entièrement paradoxales (caché mais évident, sexuel mais non sexuel)(ça me rappelle l’autre pervers qui voulait me tripoter les seins tout en disant « c’est pas sexuel », MDR !)
Elles se perpétuent constamment et sont continuellement entretenues.
Elles concernent tous les membres de la famille, même si ce n’est pas évident ; rendent frères et sœurs complices.
Elles perdurent, identiques à elles-mêmes, de l’enfance à l’âge adulte
Elles se perpétuent de génération en génération.
Quelles sont les finalités de ces stratégies incestuelles ?
En premier lieu, on peut dire que, bien qu’elles utilisent la voie de la sexualité, c’est bien l’individu tout entier, en l’occurrence l’enfant, qui est visé.
Cet enfant se voit ainsi
Annexé, éviscéré
Attaqué dans son désir, sa capacité de penser
Mis en situation d’être responsable des attaques subies, qu’il doit même s’employer à réparer sa vie durant.
Ces manœuvres ont pour but de détruire la sexualité de l’enfant et en cela elles sont l’équivalent d’une forme de meurtre psychique. Nous pouvons souligner l’aspect éthiquement révoltant de telles dynamiques.
La dynamique perverse du jeu de projection-expulsion de la sexualité chez l’autre puis sa destruction, son annihilation ou sa maîtrise (jeu pervers incestuel) est probablement une source de plaisir pour les parents pervers.
Il s’agit néanmoins selon nous d’une stratégie antisexuelle, mise en œuvre par des parents qui manifestent ce que nous avons appelé une « phobie froide » (autrement dit, une aversion horrifiante de la sexualité mais sans angoisse).
Sous un angle encore plus global, on peut dire que ces stratégies servent une forme d’idéologie où les parents s’extraient de toute responsabilité ; ils ne sont pas plus parents que l’enfant n’est enfant. Les générations sont soit mélangées, soi, de façon opportuniste, inversées, de même que la responsabilité fondamentale de la création d’un enfant. En cela, on peut dire que les stratégies incestuelles sont des stratégies d’anticréation.
Conclusion
La compréhension des mécanismes de l’incestualité jette un jour nouveau sur différents symptomes psychopathologiques et sexuels. Seules leur prise en compte et leur analyse permettront aux patients victimes de tels abus, de recouvrer non seulement leur sexualité dévastée, mais surtout leur dignité.
[…]
Meurtres psychiques (terme que j’employais lors de ma psychothérapie)
L’incestuel et l’inceste dans les familles d’origine
La grand-mère maternelle est décrite par la patiente comme une femme à poigne, mariée à un homme à ses yeux insignifiant et méprisable. Lorsque sa fille, la mère de la patiente, après quelques mois de fréquentation, avait décidé de rompre la relation avec son fiancé de 10 ans plus âgé qu’elle et déjà diplômé, la future belle-mère avait persévéré à l’inviter à la maison. La fille ne était tombée gravement malade, mais la mère s’était alliée au prétendant et les deux l’avaient finalement contrainte à se marier.
Cette coalition incestuelle avec le beau-fils se poursuit encore actuellement et s’est même intensifiée depuis qu’elle habite avec sa fille et son mari.
Du côté paternel, le couple des grands parents avait aussi été lié par une relation perverse. La grand-mère, une « battante », avait « sorti son journaliste raté de mari du pire alcoolisme ». Ils avaient vécu passionnément quelques années, avaient eu un enfant, mais le mari était mort brusquement. Elle s’était tout de suite remariée avec un « bon à rien ». Elle avait alors consacré toute sa vie à son fils qu’elle idolâtrait. Elle ne lui avait plus jamais parlé de son père, qu’elle avait gommé de leur existence, duquel il ne sait toujours rien et dont il n’a aucun souvenir.
Mère et fils ont encore actuellement une relation passionnée, et le père de la patiente lui a, à maintes reprises, affirmé qu’en se mariant, un homme « épouse toujours sa mère ». Elle avait compris qu’il lui confiait de la sorte, le secret d’une relation incestueuse et en était bouleversée, car elle l’avait ressenti comme une condamnation implicite du genre « toi non plus tu ne t’en sortiras pas ».
Le décervelage ou l’interdiction de penser
Lorsque la patiente, femme cultivée et intelligente, parle de ses parents et de la dynamique familiale, son discours habituellement très finement nuancé et clairvoyant subit un changement impressionnant : sa pensée ne peut plus se développer librement, tant son fonctionnement est entravé par l’interdit de penser (équivalent pervers de l’interdit de l’inceste). Il obéit subrepticement à une logique folle (« subrepticement folle ») mais propre à exprimer la paradoxalité de l’idéologie familiale incestuelle.
Nous avons déjà vu que, dès l’origine, le couple parental s’était inscrit dans une dynamique perverse. Dans ce sens, le projet d’avoir des enfants avait tout de suite été un enjeu de pouvoir entre les époux : la mère avait accepté le mariage à condition de ne pas avoir d’enfants, mais le père l’y avait bientôt contrainte. Ce constat établi par la patiente mais, selon une notion très féconde de Racamier, il demeure « non-opérant ». En effet, elle affirme encore maintenant : « Mes parents s’aiment beaucoup. » Ou encore, accumulant les absurdités logiques : « Mes parents sont une entité indissociable, ils sont liés dans une relation de confiance. Ils n’ont jamais rien à se dire, n’ont pas de complicité (…) Mes parents se sont toujours bien entendus, actuellement ils sont comme deux vieux complices. Ils ont l’image de marque du couple idéal. Lorsque j’avais 10 ans, ma mère a voulu divorcer pour insatisfaction sexuelle, mais autrement ils s’entendent très bien. »
Ou encore, sans que cette assertion dépourvue d’affect conduise à une perception plus critique : « ils ont reporté leurs problèmes sur leurs enfants. »
Dans la description dine qu’elle fait de la dynamique du couple, tout en laissant transparaître son implication et son identification, même ambiguë, à un père masochique qui se pose en victime, elle ne relève pas pour autant la dimension perverse ni la violence : « Mon père s’est petit à petit laissé déposséder de tout. Il n’a aucun espace de liberté, il doit toujours être aux côtés de ma mère, qui ne vit que pour lui et par lui. Ils se suivent d’une pièce à l’autre ; lui n’a pas d’argent personnel, ma mère lui donne son argent de poche, et il peut garder la monnaie s’il fait des commissions. Il aime les livres mais ma mère ne lui en laisse acheter que d’occasion ; il aime bricoler mais elle ne le laisse plus le faire ni dans l’appartement ni même au garage. Il ne peut plus s’éloigner de la maison car la santé de ma grand-mère, qui vit avec nous, décline de jour en jour et mes parents ne la quittent pas. Ils s’enferment et s’isolent toujours plus.
Dans la description de ses parents apparaissent d’autres paradoxes et incohérences : « Mon père est l’homme le plus délicieux qui soit, très doux, aimable, gentil, sociable, charmant ; il fait du chantage au suicide et exerce sur nous des pressions énormes, il a tendance à boire ; il a toujours eu le rôle du bon samaritain envers ma mère qui a toujours été de santé fragile et envers nous le rôle du bon pater familias. »
« Ma mère ressemble à ma grand-mère, que j’aime beaucoup, elle a un caractère très fort, autoritaire ; elle assume tout, elle a toujours ce mauvais rôle, peu gratifiant. Elle est d’une violence extrême, comme un animal acculé. »
Ces fragments d’idées juxtaposées, reflètent des clivages et délabrements d’une pensée soumise au feu d’un décervelage.
Tiré de l’excellent : « saccages psychique au quotidient : perversion narcissique dans la famille » de Maurice Hurni et Giovanna Stoll.
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Posté: 01:48, 4/11/2006 |
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La réaction des parents face aux souffrances de leurs enfants.
Isabelle Filliozat dans "Je t'en veux, je t'aime : Comment réparer la relation à ses parents"
La réaction des parents face aux souffrances de leurs enfants.
La plupart du temps, ils ne savaient pas. Responsables de la santé, de la protection, et de l’éducation, le parent a tendance à se vivre comme au centre de tout ce qui arrive à son enfant. Sa capacité à tolérer le sentiment de culpabilité va déterminer sa réaction à vos souffrances. S’il a conscience de vous avoir maltraité, soit il sera heureux de pouvoir en parler avec vous, de réparer et de se libérer de son sentiment de culpabilité. Soit refusant d’éprouver de la culpabilité, il tentera de vous faire taire (Note de moi : il m’apparaît que ya pas qu’avec les parents que ça se passe comme ça : c’est avec tout le monde. Que dire donc à ceux qui nient avoir fait du mal alors qu’on leur DIT qu’ils nous en font ou nous en ont fait… ?). Les parents (Note de moi : on peut remplacer par les « personnes » et ce dans tout le texte) les plus violents ont tendance à s’enferrer dans le déni, la culpabilisation de l’enfant (note de moi: on peut remplacer par « l’autre »), la dévalorisation.
Comment peut-on se regarder dans la glace après avoir été trop cruel ? On préfère se convaincre qu’on ne l’a pas fait. C’est tout. Le fils, la fille, se fait des idées. Cela n’a jamais existé, c’était du fantasme.
Certains parents sont terrorisés par la perspective de perdre leur pouvoir sur leur enfant. L’enjeu pour eux est d’importance. Ils ont besoin de la soumission de l’enfant pour conserver leur sentiment d’avoir une place. Ils sont incapables d’aimer leur enfant et de se centrer sur ses besoins. Ils passent avant, malgré tout ce qu’ils estiment faire « pour eux ». Sans en avoir conscience, car ils s’inquiètent volontiers, voire se sacrifient pour leur progéniture. C’est de l’attachement, certes. C’est n’est pas obligatoirement de l’amour.
Quand Luigi a exprimé à son père son étonnement devant le fait qu’il ne lui posait jamais de questions sur sa vie, son père lui a rétorqué « je ne veux pas te poser de questions parce que ta vie ne m’intéresse pas. » Dont acte ! Pourtant, dans la lettre suivante, ce père écrit : « tu dis que je ne t’aime pas. Où as-tu trouvé ça, ou qui t’a raconté ça ? Un imbécile ! j’ai six photos de toi dans ma chambre ! »
Un peu plus loin : « Je peux te dire que tous les jours, je pense à toi au moins 3 ou 4 fois, c’est pas de l’amour ça ? ». Non, ce n’est pas de l’amour. Hélas, ce père ne le sait probablement pas. Il ne manque pas une occasion de montrer à son entourage combien il est fier de son fils. Il le regarde en photo. Mais face à lui, il ne sait que proférer des insultes et des critiques. Il l’appelle rarement autrement que « petit con ». Luigi en a été tellement blessé… la mère de Luigi ne nie pas les comportements abusifs de son mari, mais elle le défend en redéfinissant : « s’il se comporte ainsi, c’est par affection. S’il t’insulte, c’est parce qu’il ne sait pas dire autrement qu’il t’aime. »
Le sentiment d’amour se nourrit d’émotions d’amour. Pour éclore, ces dernières ont besoin d’instants d’intimité. La manifestation de l’amour, c’est la tendresse. Tendresse du contact physique, tendresse du regard, tendresse de la parole…
Ni la violence, ni le mépris, ni les humiliations ne font partie du vocabulaire de l’amour.
Toutes les réactions se rencontrent. Du refus total de coopération, en passant par l’agression : « tu es dans une secte, je vais te dénoncer. », « tu es folle », « tu as toujours été compliqué », « tu vas tuer ta mère », et jusqu’au rejet : « ne remets plus jamais les pieds dans cette maison. », « je te déshérite, tu n’auras rien, tu n’es plus mon fils. ». Ils résistent à toute tentative de déstabilisation de leur pouvoir.
D’autre parents réagissent par la distance : « tu fais ce que tu veux de ta vie, laisse nous tranquilles. » Ils ne nient pas, ils fuient simplement la relation. Par ces mots ils disent que leur blessure est bien trop grande pour qu’ils puissent en parler.
Doit-on insister ?
Nous sommes confrontés à la liberté de l’autre. Il a le droit de fermer son cœur, de refuser la relation. Et nous avons le droit d’avoir envie de cette relation et donc d’insister. Sans s’épuiser, et surtout sans attente de résultat.
Si vos parents n’ont pas conscience de vous avoir blessé. S’ils vous ont infligé des blessures en toute bonne foi, ils découvrent votre vérité. Soit ils réagissent par la stupeur et l’immédiat désir de réparer. Soit ils se sentent si coupables qu’ils risquent de se sentir angoissés. S’ils ont suffisamment de sécurité intérieure, ils vont chercher à vous écouter. Sinon, ils vont nier, refouler, ou jouer les victimes « je suis une mauvaise mère, je n’ai jamais rien fait de bon dans ma vie. ».
Certains oublient. D’autres n’ont pas eu conscience parce qu’en réalité ils n’ont jamais voulu frapper leur enfant, le détruire ou lui faire du mal… Ils l’ont fait sans être conscients de ce qu’ils faisaient parce que leur rage ne s’adressait pas à l’enfant mais à leur propre parent. Ils restent conscients (parfois) des blessures qu’ils ont reçu dans leur propre enfance, mais restent inconscients de ce qu’eux-mêmes ont fait subir. D’autres refusent de considérer la vérité de ce qu’ils ont fait subir à leur enfant parce qu’ils refusent de regarder ce qu’eux-mêmes ont subis dans leur petite enfance.
« Ma mère a mis ma lettre au feu en arguant : « tu m’as déjà dit tout ça. » chaque fois que j’ai attendu d’elle qu’elle me comprenne, j’ai souffert au centuple. Je n’avais pas écrit pour la convaincre, juste pour lui dire. Attendre d’elle un changement, ce serait me briser. ». N’attendez pas de changement de la part de vos parents. Préoccupez-vous de votre part de responsabilité dans la relation. De votre côté, vous faites ce qui est bon pour vous de faire, vous exprimez ce que vous avec à exprimer. Leur réaction est de leur responsabilité. Il est important de parler pour vous libérer de la dépendance. Après, la réconciliation n’est pas de votre seul ressort.
Certaines réactions sont émouvantes.
« tout d’abord, merci pour ta lettre si affectueuse et en même temps si empreinte de tristesse. Depuis que je l’ai reçue, j’ai essayé deux fois d’y répondre mais je m’en sens incapable pour le moment. C’est trop compliqué pour moi car il faut remonter bien loin dans le temps. J’ai été bloqué depuis mon enfance par une éducation très dure dans laquelle tout sentiment devait être apparemment banni ou simplement non manifesté. Cela ne m’empêche pas de t’aimer, mais il est certain que les échanges père à enfant étaient trop maigres. C’est dommage mais c’est ainsi. Je reconnais que j’aurais pu faire beaucoup mieux. Mille gros bisous, je t’aime de tout mon cœur. »
Ce papa est à l’écoute, il reconnaît les faits. Il ne parle pour l’instant que de lui et Annette est encore en droit d’attendre une phrase du style : « je mesure combien tu as manqué de contact avec moi, combien cela a du être difficile pour toi. » il faut du temps pour arriver à cette empathie. Ce papa montre son désir de réparer. Ses regrets sont palpables. Il se confronte à ses propres difficultés à entrer en contact avec ses émotions et à regarder le passé, mais il ne juge pas Annette…
Certains parents déforment les faits, à leur avantage en général. Ils reconstruisent une histoire qui protège leur image. Voici le témoignage de Pia :
« quant aux échanges de courrier avec ma mère, j’ai été surprise par sa réponse et je n’ai pas su poursuivre le dialogue entamé (pas encore ?). l’image d’elle qu’elle m’envoyait ne correspondait en rien à ce que je connaissais et certains faits étaient déformés. Par exemple elle m’a dit qu’elle avait voulu que j’aille voir un gynéco alors que l’histoire était très différente : j’avais pris seule rendez vous et n’ayant pas de réveil personnel, je lui avais demandé la veille de me réveiller plus tôt pour pouvoir me rendre à ce rendez-vous. Elle m’avait fait une grande scène comme quoi elle avait tout raté, qu’elle aurait tant aimé que je lui en parle, qu’elle m’accompagne… et elle m’a accompagnée, finalement… j’avais seize ans. Je ne sais pas quoi penser de cette réécriture du passé. »
Certains parents manifestent une apparente bonne volonté mais restent encore trop prisonniers de leur égocentrisme. Ils n’arrivent pas à écouter leur enfant, à se centrer sur sa réalité. Ils se justifient sans cesse, répètent « je ne voulais pas », « ce n’était pas mon intention », « j’ai fait de mon mieux », « j’étais une bonne mère »,...
Je je je, ils ne parlent que d’eux. Ils se sentent coupables, s’excusent, incapables de se décentrer d’eux-mêmes, incapables de se centrer sur la réalité de l’autre. Cet égocentrisme marque une fixation dans la zone de dépendance à autrui et de profond manque de sécurité intérieure. Vous l’avez compris dans ces pages, les parents ne se protègent pas vraiment des agressions ou des accusations de leurs enfants, mais de leurs propres peurs de ne pas être « à la hauteur », de ne pas être aimés, de ne pas avoir de place…
Alors que j’insistais auprès d’une mère, pour qu’elle arrive à se centrer sur sa fille, j’eus la surprise de l’entendre dire soudain : « et moi ? ». Montrant ainsi la compétition de besoins dans laquelle elle était probablement depuis longtemps. Depuis toujours, malgré un apparent dévouement à ses enfants, cette mère passait en premier. Françoise, sa fille, était là pour ses besoins à elle. Sa fille était la mère. Françoise sentait bien confusément qu’elle prenait en charge sa mère, et que ses propres besoins n’étaient pas satisf | | |